C’est une idée pour le moins originale. Dans le canton de Vaud, le député socialiste Sébastien Pedroli a déposé un postulat demandant aux autorités d’investiguer l’existence potentielle de violences conjugales ou intrafamiliales en cas de maltraitance sur les animaux du foyer concerné.
Qui tabasse son chien tabasse sa femme? L’élu broyard refuse les généralités provocatrices et cite différentes sources scientifiques pour étayer sa proposition. Quid de la violence sur les animaux de rente? Les agriculteurs négligents sont-ils également visés? Pour faire le point, celui qui est par ailleurs avocat nous reçoit dans son étude payernoise en présence de Doudou, son adorable (mais bruyant) spitz nain de 4 ans et demi.
Sébastien Pedroli, selon vous, les animaux pourraient nous révéler des informations importantes, voire carrément vitales. Lesquelles exactement?
Ma réflexion part d’un principe de base concernant les violences conjugales: pour éviter le pire, il faut intervenir le plus rapidement possible. Malheureusement, beaucoup de victimes se cachent à cause de la pression, des menaces, de la honte... Il faut donc être sensible aux signes pour réussir à déceler ce qui est dissimulé. C’est cette logique qui explique pourquoi, lorsque des violences sur des enfants sont constatées, les autorités investiguent automatiquement pour découvrir s’il y a par ailleurs des actes répréhensibles du côté des parents. J’aimerais que la violence sur les animaux domestiques soit considérée comme une alerte tout aussi crédible.
D’après vous, il y a donc un lien clair entre la maltraitance sur les animaux domestiques et la violence conjugale. Sur quoi se fonde votre analyse?
Différentes sources scientifiques et médiatiques établissent que des violences sur les animaux domestiques peuvent révéler des violences dans le couple. Par exemple, Psychology Today conclut que la maltraitance animale constitue fréquemment une forme instrumentale de violence utilisée dans les contextes de violence domestique, servant à intimider, contrôler ou punir la victime humaine du foyer. Une autre revue systématique (Tomlinson et al., 2022) souligne que la violence envers les animaux est non seulement un indicateur de violence intrafamiliale, mais aussi un facteur aggravant qui augmente les risques pour les victimes humaines, notamment les femmes et les enfants. Pour résumer, les animaux sont aussi bien des outils de manipulation que des victimes... qui peuvent en cacher d’autres.
Vous insistez sur l’importance de ne pas généraliser. Pourquoi?
La violence sur les animaux domestiques n’est pas forcément une «passerelle». En clair: tous les auteurs de violence sur animaux ne tabassent pas leur femme. Pour imager, c’est un peu comme la marijuana et l’héroïne. Même si beaucoup d’héroïnomanes consomment ou ont consommé du cannabis, tous les fumeurs d’herbe ne vont pas forcément consommer un jour de l’héroïne. Cela peut être un bon indicateur mais il ne faut pas tirer de conclusion hâtive.
Que demandez-vous concrètement au Conseil d’Etat vaudois?
J’ai déposé un postulat qui demande plusieurs mesures. La principale: étudier la possibilité d’instaurer un protocole systématique obligeant les forces de police, les vétérinaires ou toute autre personne en contact avec les animaux, lors de tout signalement ou constat de maltraitance envers un animal domestique, à faire vérifier par les services compétents (police, Direction générale de l’enfance et de la jeunesse, etc.) l’existence potentielle de violences conjugales ou intrafamiliales dans le foyer concerné.
Comment votre idée a-t-elle été reçue par vos collègues au parlement?
Bien. Tout le monde, ou presque, s’accorde sur la nécessité de faire davantage pour endiguer les violences conjugales. Imposer aux vétérinaires de signaler aux autorités les suspicions de violences sur les animaux domestiques pour enclencher des recherches plus larges n’est pas une demande politiquement clivante. J’ai eu des soutiens de gauche comme de droite.
Et les vétérinaires, qu’en pensent-ils?
Pour être honnête, je ne les ai pas sondés. Je conçois que mes demandes, si elles étaient mises en œuvre par le Conseil d’Etat, pourraient engendrer du travail supplémentaire. Mais je suis convaincu que cela en vaudrait indéniablement la peine.
Vous ne mentionnez pas la violence sur les animaux de rente. Vous n’avez pas osé froisser les agriculteurs?
La cruauté envers les animaux au sens large est problématique. Néanmoins, mon postulat se concentre sur les animaux domestiques parce que ce sont eux que les études scientifiques évoquent. Concernant les agriculteurs, certains m’ont demandé si c’est la récente affaire de l’éleveur neuchâtelois (fin janvier, une dizaine de vaches et de veaux sont morts après avoir été laissés à l’abandon dans une ferme neuchâteloise par leur propriétaire en état d’épuisement, ndlr) qui m’a mis la puce à l’oreille et si, dans cette histoire, mon postulat pourrait s’appliquer. La réponse est non.
Vous êtes politicien et avocat. En vous appuyant sur votre double expertise, que faudrait-il faire pour aller encore plus loin contre les violences de genre?
C’est l’un des principaux combats de mon parti, le Parti socialiste. Nous voulons que la Suisse et les cantons s’inspirent de l’Espagne, qui est un pays pionnier dans la lutte contre les violences de genre. Cet Etat a consenti à des investissements massifs et a mis en place toute une série de mesures dédiées, comme des tribunaux spécialisés. Malheureusement, à Berne, la majorité de droite ne semble pas vouloir faire de cette problématique essentielle – on parle tout de même de la vie des femmes... – une priorité.
Sans aller aussi loin, n’existe-t-il pas d’autres leviers d’action?
En tant qu’avocat, je constate qu’il y a encore énormément de progrès à faire dans l’accueil, la prise en charge et l’écoute des victimes. On pourrait parler de la création d’une brigade spécialisée qui s’occuperait de tous les cas du genre, ce qui serait une excellente chose. Mais avant, il serait déjà bien de continuer à améliorer la formation des agents de police.
Cet article a été publié initialement dans le n°10 de «L'illustré», paru en kiosque le 5 mars 2026.
Cet article a été publié initialement dans le n°10 de «L'illustré», paru en kiosque le 5 mars 2026.
Vous, ou l'une de vos proches, êtes victime de violences de la part d'un partenaire ou d'un proche? Voici les ressources auxquelles vous pouvez faire appel.
En cas de situation urgente ou dangereuse, ne jamais hésiter à contacter la police au 117 et/ou l'ambulance au 144.
Pour l'aide au victimes, plusieurs structures sont à votre disposition en Suisse romande, et au niveau national.
- Solidarité Femmes Bienne
032 322 03 44
9-12h et 14-20h
Mercredi: 14-20h
Samedi: 10-12h
Dimanche: 17-20h - Solidarité Femmes et Centre LAVI Fribourg
info@sf-lavi.ch
026 322 22 02 9-12h et 14h-18h
Ligne de nuit 19h-7h
Weekends et jours fériés: 11–17h - AVVEC Genève
info@avvec.ch
022 797 10 10 - Au cœur des Grottes, Genève
022 338 24 80
Lu-Ve 8h30-12h - Ligne d’écoute en matière de violence domestiques Genève
0840 11 01 10 - Centre d’accueil Malley Prairie, Lausanne
021 620 76 76
Non—stop - Maison de Neuchâtel SAVI
savi.ne@ne.ch
032 889 66 49 - SAVI La Chaux-de-Fonds
savi.cdf@ne.ch
032 889 66 52 - Unité de médecine des violences (UMV)
Consultation médico-légale - Bureau fédéral de l’égalité
- LAVI. Aide aux victimes d’infractions
- Fédération solidarité femmes Suisse
- Brava – ehemals TERRE DES FEMMES Schweiz
076 725 91 21
Lundi à Mercredi 14h-16h
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