Rencontre avec l'ambassadeur de l'UE à Berne
«Le peuple suisse apprécie tant la libre circulation des personnes que la voie bilatérale»

Blick est allé rencontré l’ambassadeur de l’UE en Suisse, Andreas Künne. Ce dernier salue le rejet d'une «Suisse des 10 millions» dans une interview mêlant droits de douane sur l’acier, éclats de rire et football.
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L'ambassadeur de l'UE, Andreas Künne, salue le rejet suisse de l'initiative des 10 millions.
Photo: Philippe Rossier
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Raphael Rauch

Monsieur l'Ambassadeur Andreas Künne, pour qui avez-vous croisé les doigts lors du match de la Coupe du monde: pour la Suisse ou pour la Bosnie, candidate à l'adhésion à l'UE?
En tant qu'ambassadeur de l'Union européenne (UE), je croise les doigts pour toutes les équipes de l'UE. Nous en avons dix en lice, et je suis convaincu que cela peut aboutir. Je soutiens bien sûr aussi la Suisse. Le football est un bel exemple des avantages de la libre circulation des personnes: 17 joueurs de l’équipe nationale évoluent dans des clubs de l’UE.

Qui est votre favori: l’Espagne, ou votre pays d’origine, l’Allemagne?
En tant qu’Allemand et Autrichien, ces deux équipes me tiennent particulièrement à cœur.

Les Autrichiens sont plus appréciés en Suisse que les Allemands. Vous arrive-t-il parfois de jouer délibérément la carte autrichienne?
Je suis ambassadeur de l’UE, un point c’est tout. J’ai souvent entendu dire que la vie était difficile pour les Allemands en Suisse. Je n’en ai jamais fait l’expérience, bien au contraire.

Bon, dans la «bulle» bernoise…
Je me rends souvent en dehors de Berne. J’étais récemment à la Fête fédérale de tir à Coire. J’ai beaucoup aimé cette expérience, et j’ai pu m’essayer au tir à la carabine à air comprimé sous la supervision d’un expert, mais je n’étais pas très précis.

En revanche, vous avez remporté une victoire dimanche: la Suisse a rejeté l’initiative des 10 millions.
Ce vote montre que le peuple apprécie tant la libre circulation des personnes que la voie bilatérale.

Lundi, le président de la Confédération Guy Parmelin et la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen se sont rencontrés à Genève. Parmelin a-t-il ri?
C’est une légende de croire que le président de la Confédération, Guy Parmelin, ne rit pas à Bruxelles! Les rencontres qui ont eu lieu jusqu'à présent avec la Commission européenne se sont déroulées dans une ambiance chaleureuse, tout comme celle de lundi à Genève.

Quel était le message principal, mis à part: «Nous maintenons le cap!»
C’était précisément le message, et il est très important. La Suisse reste un partenaire fiable et prévisible.

D’autres pays, à l'instar du Canada, comme l’Islande, la Norvège et le Liechtenstein, souhaitent renforcer leurs relations avec l’UE. Pourquoi?
Le monde est en pleine mutation. Les années 2020 ont bouleversé bien des choses: nous avons connu la pandémie de coronavirus, puis la guerre d’agression impérialiste menée par la Russie contre l’Ukraine, la crise énergétique, la crise des chaînes d’approvisionnement, ainsi qu’un partenariat transatlantique qui s’est fragilisé. Le nombre d’autocraties augmente, l’ordre fondé sur des règles est soumis à une pression croissante.

Et c’est pour cela que l’UE gagne en popularité?
De nombreux Etats reviennent aux fondements de la construction européenne: un projet de paix garantissant la sécurité et la stabilité. Cela est devenu bien plus important que de simples considérations économiques. En août, l’Islande se prononcera sur la reprise des négociations d’adhésion à l’UE – ce qui contraste quelque peu avec l’agitation qui règne dans le débat suisse.

L’UDC parle d’un «traité d’assujettissement».
Nous avons négocié pendant 14 ans et, au bout de 14 ans, nous sommes parvenus à un résultat qui est véritablement le meilleur possible.

L’UDC affirme que: «Nous pouvons continuer à nous débrouiller comme nous l'avons toujours fait et n’avons pas besoin de nouveaux accords prévoyant un tribunal d’arbitrage.»
Les accords bilatéraux III sont un atout pour la Suisse. Ils garantissent une sécurité juridique qui n’existait pas jusqu’à présent. En cas de litige, la Suisse et l’UE se réunissent et s’accordent sur une solution.

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On raconte beaucoup d’absurdités au sujet de la transposition du droit européen
Andreas Künne, ambassadeur de l'UE en Suisse
»

L'UDC critique la transposition automatique de la législation.
Le droit n’évolue pas parce que nous voulons tout réglementer, c’est un mythe! Notre économie est innovante, la technologie évolue très rapidement, c’est pourquoi de nouvelles lois et de nouveaux règlements sont nécessaires. On raconte beaucoup d’absurdités au sujet de la transposition du droit européen. Par exemple, que des inspecteurs de l’UE se rendraient désormais sur les marchés fermiers suisses. C’est tout simplement faux. Il ne s’agit pas d’un renforcement des contrôles, mais d’une meilleure coopération.

Selon les derniers sondages, les accords bilatéraux III bénéficieraient d’une majorité parmi les électeurs. Pourquoi mettez-vous en péril le capital sympathie en imposant des droits de douane punitifs sur l’acier?
L’Europe est inondée d’acier provenant d’outre-mer, fortement subventionné et donc bon marché. Or, l’acier est essentiel pour nos économies. Nous en avons besoin pour l’industrie automobile et l’industrie de l’armement. L’acier est un élément central de notre capacité de défense. Nous devons donc nous protéger contre cet acier fortement subventionné. Des discussions intensives sont en cours à ce sujet entre la Suisse et l’UE, et je suis très confiant quant à l'issue positive de ces négociations.

Cela signifie-t-il que l’UE fait des concessions pour la Suisse?
Je pars du principe que nous trouverons une solution satisfaisante pour les deux parties. Il est également évident qu’à moyen terme, nous devrons discuter ensemble des moyens de nous protéger mutuellement contre cette surproduction mondiale et contre les prix de dumping.

Pourquoi la Suisse devrait-elle à l’avenir prendre en charge les chômeurs frontaliers de l’UE?
La réforme dont vous parlez n’est pas une «Lex Suisse». Il s’agit d’une réforme interne sur laquelle nous avons travaillé pendant dix ans au sein de l’UE. Elle vise à améliorer l’équilibre entre les systèmes de sécurité sociale. Les frontaliers ne concernent qu’une petite partie de cette réforme. Celle-ci ne vise pas la Suisse et n’est pas non plus dirigée contre elle. C'est une question d'équité. Les frontaliers cotisent à la caisse de chômage suisse. Il est donc tout à fait juste que celle-ci intervienne lorsqu'une personne se retrouve au chômage.

Pour la Suisse, le statu quo est plus avantageux: elle perçoit les cotisations chômage, mais n’a rien à verser en contrepartie.
Mais ce n'est pas juste. Quiconque paie une assurance doit pouvoir en bénéficier en cas de sinistre.

En 2021, le Conseil fédéral a rompu les négociations avec l’UE. Par la suite, Bruxelles s’est montrée disposée à accorder tout de même la clause de sauvegarde. Cela signifie-t-il que la rupture des négociations en valait la peine?
Le passage de l’accord-cadre à une mise à jour de la voie bilatérale par le biais d’un paquet d’accords a ouvert de nouvelles perspectives. Mais ceux qui en tirent la conclusion qu’il faut rejeter une nouvelle fois cet accord dans l’espoir d’en obtenir un encore meilleur ne tiennent pas compte de la réalité. Le monde a radicalement changé depuis 2021.

Que ferait l’UE si le peuple rejetait l'ensemble des accords?
Restons dans la métaphore routière: les accords bilatéraux III sont une autoroute à plusieurs voies régie par un code de la route. Sans celui-ci, on se retrouverait sur une route de campagne cahoteuse, voire dans une impasse.

La Suisse débat actuellement de la question de savoir si les entreprises qui embauchent des étrangers doivent verser une prime.
Ce genre d’idées semble parfois tout à fait intéressant… jusqu’à ce qu’on y regarde de plus près. Pourquoi les hôpitaux ou les maisons de retraite devraient-ils payer davantage pour le personnel qualifié? Cela ne ferait qu’alourdir encore davantage les coûts de santé. J’ai du mal à imaginer qu’une telle prime soit compatible avec la libre circulation des personnes.

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