Un homme sort d'une voiture, les mots fusent. Il répète à plusieurs reprises: «Je connais mon chien!» Puis, d'un pas décidé, se dirige vers un panneau d'affichage et arrache l'avertissement qui y était placardé: «Attention, chien très agressif». Avant de remonter dans sa voiture et de s'en aller, l'automobiliste ajoute: «Tu es un crétin!»
Cette scène s'est déroulée à la mi-mars dans la station de ski de Flims, dans le canton des Grisons. Johannes Gujan, 34 ans, est l'homme qui a placardé l'affiche. Originaire de la région, il est lui-même propriétaire de chiens. Quant à l'automobiliste Liam R.* et sa femme Julia R.*, ils sont une vraie source d'irritation pour Johannes Gujan.
En effet, le couple possède un American Bulldog. Une race de chien soumise à autorisation dans certains cantons, voire même classé parmi les chiens «listées». Mais dans le canton des Grisons, ils ne souffrent d'aucune restriction.
La différend entre les propriétaires d'animaux remonte à un certain temps, mais elle n'a véritablement pris de l'ampleur qu'au 21 novembre dernier. Selon Johannes Gujan, ses deux lévriers auraient failli être attaqués par l'American Bulldog – le «chien de combat», comme il l'appelle – au milieu de Flims.
C'est un mur qui aurait empêché le chien de s'en prendre aux deux lévriers espagnols, nommés Falla et Fragolina, toujours selon Johannes Gujan. Pour lui, il s'agit là d'une question de vie ou de mort «Faut-il vraiment en arriver à une morsure, voire à la mort des chiens?»
Courriers de lecteur et affichage alarmant
L'homme de 34 ans aurait alors décider de prendre les choses en main. Il publie un courrier de lecteur dans le journal local «Ruinaulta», doté d'un titre parlant: «Des 'Chiens de combat' à Flims». Et dans le même temps, se lance dans l'affichage d'avertissements à travers le village.
Son engagement pour cette cause a fait parler de lui. «J'ai reçu un appel du chef de la police de Flims». Celui-ci lui aurait fait clairement comprendre que cela ne se faisait pas. Néanmoins, le policier a admis que la campagne d’affichage n’était pas illégale, raconte Johannes Gujan.
Pour autant, la police n’est pas restée inactive. Lorsque Gujan a souhaité publier un nouveau courrier de lecteur dans le journal local pour mettre à nouveau en garde contre le chien, on lui a répondu qu’il n’y aurait plus d’autres publications à ce sujet. Blick a pu consulter un e-mail dans lequel la rédactrice en chef écrit: «J’ai reçu plusieurs appels téléphoniques cette semaine de la part de la police cantonale et du service vétérinaire des Grisons à ce sujet.»
«Le propriétaire du chien a reçu un avertissement»
«La police cantonale des Grisons a pris connaissance de l’affaire, a mené des investigations et a effectué un certain travail de médiation», écrit Roman Rüegg, porte-parole de la police cantonale, en réponse à la demande de Blick. La police ne précise pas si et dans quelle mesure un policier aurait pu exercer une influence sur les citoyens et sur le journal.
Interrogé à ce sujet, le Service de la sécurité alimentaire et de la santé animale des Grisons indique que le chien en question n’était pas fiché jusqu’à il y a un peu moins d’un an. «En mars 2025 et en novembre 2025, l'administration a reçu deux signalements de la part du même propriétaire de chien concernant un comportement agressif. Ni les chiens impliqués ni les personnes n'ont été mordus lors des incidents signalés.»
Les vérifications d'usage ont ensuite été effectuées: «Le propriétaire du chien a reçu un avertissement.»
Ce n'est pas le chien lui-même qui pose problème
Blick a pu s'entretenir avec une autre propriétaire de chien de la région. Alexandra P.* qui raconte anonymement une rencontre avec l'animal en août 2025: «Le chien s'est jeté sur moi, mais de face. Comme une furie».
Il ne s'est rien passé de plus, mais le choc aurait été profond. «Je n’ai vraiment rien contre cette race, mais on dirait que les propriétaires prennent plaisir à faire peur aux gens.» Le chien lui-même n’est pas le problème, affirme la femme: «Il a besoin d’une éducation expérimentée et compétente. Et c’est ce qui lui manque.»
Jolanda Griffin, 78 ans, raconte elle aussi avoir vécu des scènes désagréables avec le chien et sa propriétaire. Cette retraitée était autrefois éleveuse. Elle possède un chow chow nommé Fujian. «Je me sens encore humiliée aujourd'hui», affirme-t-elle.
Elle soutient qu'en 2017, lors d'une promenade avec son chien, encore tout jeune, la propriétaire de l'American Bulldog se serait approchée très près d'elle, et, suite à une altercation verbale, aurait désigné du doigt le chow chow et ordonné à son chien: «Attrape-le».
La propriétaire de l'American Bulldog aurait ensuite giflé Griffin, alors âgée de 70 ans. «Ma plainte a été classée sans suite faute de témoins», affirme cette dernière.
Mais qu'en disent les deux propriétaires du chien controversé? Ils ne souhaitent pas s’exprimer. Ils soutiennent que cette dispute de ridicule et ont transmis à Blick la copie d’une plainte pénale contre Johannes Gujan – pour diffamation et autres délits présumés. Le couple soupçonne l'homme de mener une campagne personnelle à leur encontre. Blick est aussi directement menacé de poursuites judiciaires.
*Noms d'emprunts