Suppression de postes en série
Swisscom dépouille ses clients mais régale ses actionnaires

Alors que le bénéfice de Swisscom plonge, l'opérateur de télécommunications annonce des mesures d'économie. Ses clients et employés passent à la caisse mais ses actionnaires engrangent les dividendes.
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Swisscom est premier opérateur du marché suisse des télécommunications, mais ses bénéfices diminuent.
Photo: PIUS KOLLER
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Ulrich Rotzinger et Dorothea Vollenweider

Il y a quelques jours, des millions de clients ont appris que le premier opérateur de télécommunications allait encore augmenter ses prix, déjà très élevés, dès le mois d'avril. Cette hausse rapportera à Swisscom «plusieurs dizaines de millions». En parallèle, le groupe majoritairement détenu par l'Etat promet à ses actionnaires une belle augmentation du dividende, passant de 22 à 26 francs. Si les objectifs sont atteints, ce sera même 27 francs par action. 

Près de 700 millions de francs entrent ainsi dans les caisses de l'Etat, soit près de 100 millions de plus qu'auparavant. «On fait passer des millions de clients à la caisse pour accorder aux actionnaires un montant à trois chiffres en millions», s'irritent des clients de longue date qui souhaitent rester anonymes.

Les employés licenciés furieux

Mais les clients de Swisscom ne sont pas les seuls à être en colère. «J'ai été licencié pour 'suppression de poste'», nous explique Daniel W.*. Ce quadragénaire travaillait dans l'extension du réseau comme chef de projet chez Swisscom. Mais depuis quelques jours, seuls les licenciements chez Cablex – la filiale de Swisscom – sont connus du public. En effet, la pression sur les prix dans l'extension de l'infrastructure menace de nombreux collaborateurs de Cablex.

«Ce n'est rien comparé à ce qui se passe actuellement chez Swisscom», affirme Daniel. D'après lui, «quelques centaines de postes» seraient sur le point d'être supprimés, d'ailleurs, des employés de Swisscom comme lui ont déjà été licenciés. Le bénéfice du groupe a plongé à 1,27 milliard de francs en 2025. C'est le plus mauvais résultat depuis 2011, à cause des coûts d'intégration du rachat de Vodafone Italia. Swisscom a annoncé jeudi des programmes d'économie de coûts qui ont également touché et touchent fortement les collaborateurs sur le marché national suisse.

575 postes en moins rien qu'en Suisse

Fin 2025, Swisscom employait 15'330 personnes à temps plein à travers la Suisse. Selon un porte-parole, ce chiffre représente une baisse de 575 postes en un an. L'entreprise reste vague sur les programmes de réduction d'effectifs en cours. Toutefois, le porte-parole confirme que d'autres postes de travail seront supprimés chez Swisscom. 

«La part croissante de la fibre optique au lieu du cuivre entraîne une réduction de la complexité technique dans les réseaux, ce qui se traduit par une baisse du taux d'assistance», explique-t-il pour justifier la diminution des emplois nécessaires dans le secteur de la clientèle privée. «Des postes sont également supprimés dans les domaines IT, où certaines technologies comme la 3G sont abandonnées, et des processus automatisés.» Worklink, la filiale de Swisscom, soutient les personnes affectées par ces changements: des spécialistes les aideraient à trouver des solutions de reclassement internes ou externes.

Selon ses propres indications, Swisscom réalise également des économies en simplifiant les processus de travail, en utilisant l'intelligence artificielle et en réduisant l'offre d'emploi. «Pour l'année 2026 en cours, nous nous attendons globalement à une baisse du nombre de postes», déclare son porte-parole. Un plan social s'appliquerait à chaque licenciement, avec des prestations supérieures à la moyenne et en tenant compte de la situation personnelle des collaborateurs, comme l'âge et les années de service.

«J'étais le plus jeune de l'équipe, je n'ai ni famille ni enfants, c'est pour ça que ça m'a marqué», explique Daniel, désormais à la rue depuis février. Bien qu'il ait fait des études de technique des systèmes et obtenu un diplôme postgrade, il a peur de ne plus trouver de travail. Et il n'est pas le seul: «Cette inquiétude est partagée par les 20 personnes licenciées qui étaient encore assises dans la même pièce que moi chez Worklink la semaine dernière.»

*Nom d'emprunt

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