Hans Kölliker est probablement l'un des nonagénaires les plus en forme du canton de Berne. A 99 ans, il conduit encore pour se promener en forêt, gère lui-même ses factures et a récemment échangé avec son assurance maladie ainsi qu'avec la Direction bernoise de la santé au sujet des coûts de soins, qu'il juge étonnamment élevés, facturés par son EMS.
Cet article est tiré du «Beobachter». Le magazine sans œillères qui vous aide à économiser du temps, de l'argent et des nerfs.
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Cet ancien agriculteur et ouvrier d'usine vit en maison de retraite depuis maintenant trois ans. «J'y suis entré par choix, pas par obligation», explique-t-il. Il se dit satisfait de l'établissement, saluant la qualité des repas et la gentillesse du personnel. C'est pourquoi il ne souhaite pas que nous révélions le nom de l'EMS situé dans la région de la Haute-Argovie.
Soudain, les soins coûtent trois fois plus cher
Pendant longtemps, la maison de retraite facturait à Hans Kölliker 364,25 francs par mois pour des soins de niveau 1. Cette somme couvrait notamment des contrôles occasionnels de sa tension artérielle ou de son poids, ce qu'il jugeait tout à fait normal.
Mais depuis septembre dernier, ses frais de soins ont fortement augmenté. L'établissement lui facture désormais 728,50 francs supplémentaires par mois. Selon la direction, cette hausse est liée à un nouveau système d'évaluation des besoins en soins, qui a entraîné son passage du niveau 1 au niveau 2. Le responsable lui aurait expliqué ce reclassement sur un grand écran dans son bureau, sans toutefois parvenir à le convaincre.
Même si l'assurance maladie en rembourse une partie, Hans Kölliker doit aujourd’hui payer 497,55 francs de sa poche chaque mois, contre 66,65 francs auparavant. Pourtant, il affirme pouvoir toujours se lever, se laver et prendre ses médicaments seul, comme avant.
Un risque de déshydratation
Le centre pour personnes âgées confirme au Beobachter utiliser une nouvelle version du logiciel d'évaluation des besoins en soins, après une mise à jour vers le système RAI LTCF. L'établissement affirme toutefois que le classement de Hans Kölliker au niveau de soins 2 est correct et qu'il a été vérifié avec une conseillère spécialisée. Selon la direction, l'augmentation des coûts s'explique par des besoins en soins plus importants.
La maison de retraite justifie notamment ces prestations par un suivi lié à l'hydratation. Le personnel fournirait «des mesures régulières de préparation et de soutien» pour éviter une déshydratation. Concrètement, des boissons sont mises à disposition de Hans Kölliker et le personnel lui rappelle de boire lors des visites dans sa chambre. L'établissement précise que cela ne remet pas en cause son autonomie pour d'autres tâches du quotidien, comme se laver, se lever ou prendre ses médicaments.
Le président du conseil d'administration du centre ajoute, presque avec gêne: «Ce n'est pas nous qui fixons les règles du jeu. Nous pouvons seulement essayer de les appliquer correctement.» Hans Kölliker juge ces règles absurdes. «On me facture 728,50 francs par mois pour un verre d’eau deux fois par jour et un rappel de boire suffisamment. Avouez que c'est difficile à comprendre!»
La faute du logiciel?
Il arrive régulièrement que des résidents d'EMS reçoivent des factures jugées excessives. L'an dernier, de nombreux cas de hausse contestée des besoins en soins ont été signalés après l'introduction d'un nouveau logiciel d'évaluation des soins nécessaires. Face à ces dérives, l'association Curaviva et l'association Prio Swiss ont publié ensemble une directive entrée en vigueur le 1er janvier. Son objectif? Eviter que des résidents paient des soins dont ils n'ont pas réellement besoin.
Cette directive ne s'applique toutefois pas au cas de Hans Kölliker. Curaviva rappelle que les prestations de soins sont encadrées par la loi, tout en soulignant que la catégorie liée aux «soins de base généraux pour manger et boire» reste formulée de manière très vague dans l'ordonnance sur les prestations.
De son côté, Prio Swiss conseille à Hans Kölliker de demander à son établissement une justification écrite et détaillée de l'évaluation de ses besoins en soins. Et c'est précisément ce qu'il compte faire.