Un syndicat tire la sonnette d'alarme
Le projet de loi de Karin Keller-Sutter pour UBS «menace 10'000 emplois en Suisse»

La syndicaliste Natalia Ferrara juge que le débat sur le lobbying d'UBS et les dons aux partis est mal orienté. La vice-présidente de l'Association du personnel bancaire estime qu'un durcissement des règles pourrait menacer environ 10'000 emplois en Suisse.
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Pour Natalia Ferrara, vice-présidente de l'ASEB, le renforcement de la réglementation des banques serait risqué pour les employés.
Photo: Philippe Rossier
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Ulrich Rotzinger

«Le débat autour du lobbying d'UBS et des dons aux partis politiques prend une mauvaise tournure», déclare Natalia Ferrara. La vice-présidente de l'Association suisse des employés de banque (ASEB) s'exprime désormais dans la polémique concernant le lobbying d'UBS et les dons aux partis politiques – polémique lancée par la conseillère fédérale Karin Keller-Sutter lors d'une interview pour Blick.

La ministre des Finances y avait formulé une critique inhabituellement acerbe des puissants efforts de lobbying d'UBS visant à empêcher un durcissement de la réglementation des fonds propres. Avec cette «Lex UBS», le Conseil fédéral entend éviter qu'une autre grande banque ne soit renflouée avec l'argent des contribuables en cas de crise.

«Nous n'avons pas besoin de menacer»

Une déclaration de Karin Keller-Sutter en particulier a provoqué des remous au sein de la direction d'UBS: «J'entends des parlementaires s'inquiéter d'une éventuelle réduction des contributions d'UBS à leur parti. Une telle pression est difficile à gérer.»

Les parlementaires craignent-ils que leurs partis perdent des dons sous la pression exercée en coulisses par des collaborateurs d'UBS? «Nous pensons que nos arguments sont solides et que nous n'avons besoin de menacer qui que ce soit, a déclaré ce mercredi le CEO d'UBS Sergio Ermotti pour Blick. Je n'ai d'ailleurs pas entendu de telles accusations jusqu'à présent. Je souhaite surtout que le débat retrouve un niveau plus constructif.»

Des milliers d'emplois en danger

C'est également ce que souhaite la syndicaliste Natalia Ferrara. Sa principale préoccupation concerne les 120'000 employés de banque en Suisse. Selon elle, le Conseil fédéral n'a pas étudié l'ampleur de l'impact d'un durcissement de la réglementation sur le marché du travail dans le secteur financier. «Le fait est qu'il s'agit de milliers d'emplois!» Selon elle, le Conseil fédéral ne doit pas aggraver la situation avec des dispositions réglementaires excessives.

«Avec chaque réglementation supplémentaire, nous avons observé jusqu'à présent en Suisse une suppression d'emplois dans le secteur bancaire, souligne Natalia Ferrara. Pour réduire les coûts, on s'attaque en premier lieu au personnel.» Ou alors, on assiste à une délocalisation de la main-d'œuvre suisse qualifiée vers des pays étrangers moins chers.

De plus en plus de postes disparaissent dans le secteur financier suisse. «L'année dernière, le taux de chômage dans ce secteur a augmenté plus que la moyenne, et pas seulement à cause de la fusion d'UBS avec Credit Suisse. La situation est complexe, en particulier pour les collaborateurs plus âgés et de longue date», explique la vice-présidente de l'ASEB.

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Nous craignons que jusqu'à 10'000 emplois en Suisse soient en jeu
Natalia Ferrara, vice-présidente de l'Association suisse des employés de banque
»

Il est toutefois difficile d'estimer précisément le nombre de postes menacés par la réglementation. «Nous craignons cependant que jusqu'à 10'000 emplois en Suisse soient en jeu», précise Natalia Ferrara, dans le scénario extrême d’une délocalisation du siège d'UBS à l'étranger. Aucune intention de départ n'a toutefois été exprimée publiquement ces derniers mois.

Le Parlement et le géant bancaire doivent s'entendre

Jusqu'à présent, le Conseil fédéral ne s'est pas prononcé sur les conséquences de sa proposition pour les employés, selon la syndicaliste: «Nous comptons maintenant sur le Parlement. Il ne faut pas que les milliers d'employés de banque soient ignorés par les politiques!»

Mais Natalia Ferrara met également la grande banque devant ses responsabilités: «Nous avons exigé d'UBS un engagement ferme de préserver les emplois en Suisse. Elle doit défendre ses plus de 32'000 employés et s'abstenir de délocaliser des emplois.» La direction d'UBS a pris note de cette demande lors de sa dernière assemblée générale.

Aujourd'hui, rien n'est encore joué. Le projet de loi du Conseil fédéral sera bientôt débattu au Parlement. Natalia Ferrara privilégierait un compromis «typiquement suisse» en matière de réglementation, impliquant toutes les parties concernées.

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