Le marché de l'emploi sous pression
Pharma, banques, informatique: les secteurs où le chômage frappe fort en Suisse

Le chômage progresse en Suisse, surtout dans la pharma, la banque et l’informatique. Malgré les suppressions de postes, le marché du travail reste réceptif.
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Rundstedt Suisse a sorti son «Baromètre du marché du travail 2026». Il y indique que le chômage progresse en Suisse.
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Riccarda Campell

Le chômage progresse en Suisse. En décembre, le nombre de demandeurs d’emploi inscrits auprès des ORP a augmenté de 5740 par rapport au mois précédent, pour atteindre 231'624 personnes. Une reprise rapide n'est pas à l'ordre du jour, selon les chercheurs en conjoncture, qui se projettent sur l’année en cours. 

Pour autant, Pascal Scheiwiller refuse de céder au pessimisme. «Il n’est pas question de noircir le tableau. Le marché du travail reste réceptif», affirme le CEO de Rundstedt Suisse. L’agence de placement a publié mercredi son «Baromètre du marché du travail 2026». Blick en présente les principales conclusions.

Le secteur pharmaceutique sous pression

Dans l’industrie pharmaceutique et les sciences de la vie, les licenciements se multiplient. Avec 30%, cette branche est la plus touchée par rapport aux autres, selon l’étude de Rundstedt. Novartis prévoit ainsi de supprimer plusieurs centaines de postes dans le canton d’Argovie d'ici à 2027. 

L’objectif affiché est de rester compétitif grâce à une automatisation accrue. Les banques et les assurances sont elles aussi sous pression. Helvetia Baloise, par exemple, prévoit de supprimer 1800 emplois dans toute la Suisse au cours des trois prochaines années. Chez UBS également, des suppressions de postes sont en cours.

Le secteur informatique n’échappe pas à cette tendance. Une analyse de Swissstaffing, l’association des services de l’emploi, confirme que les besoins en personnel diminuent. «La pénurie de main-d’œuvre dans l’informatique est terminée», indique le rapport. En cause, des investissements croissants dans l’intelligence artificielle, qui remplacent une partie du travail humain.

Des licenciements souvent invisibles

Restructurations, suppressions de postes, licenciements collectifs. Ces termes apparaissent de plus en plus fréquemment dans les médias. Les licenciements liés à des réductions de personnel ont progressé par rapport à l’année précédente et restent, avec 41%, le motif de licenciement le plus courant. Un phénomène frappe toutefois les observateurs: de nombreux licenciements passent sous le radar de l’opinion publique.

D’une part, tous les licenciements collectifs ne sont pas rendus publics. D’autre part, nombre de suppressions d’emplois restent en dessous des seuils légaux et ne sont donc pas officiellement qualifiées de licenciements collectifs, bien qu’elles soient tout aussi brutales pour les personnes concernées. A l’inverse, les licenciements pour manque de performance reculent. Une logique s’impose: lorsqu’un emploi est menacé, les salariés travaillent de manière plus prudente et plus appliquée.

Moins de place pour les jeunes, plus d'obstacles pour les seniors

Diplômes en poche, excellents résultats académiques, mais réponses négatives à répétition. Pour les jeunes adultes bien formés, l’entrée sur le marché du travail devient plus compliquée. En 2025, la recherche d’un emploi a duré en moyenne 3,2 mois, contre deux mois l’année précédente. 

L’une des explications tient à l’intelligence artificielle, qui reprend des tâches auparavant confiées à des profils juniors. Parallèlement, les entreprises évaluent chaque nouveau poste avec davantage de rigueur, ce qui allonge les processus de recrutement. Malgré ces difficultés, les moins de 30 ans ne représentent que 2% des licenciements.

A l’autre extrémité du marché, la situation est bien connue. Les plus de 50 ans sont ceux qui mettent le plus de temps à retrouver un emploi. En moyenne, leur recherche dure 7,3 mois, soit plus que dans tout autre groupe d’âge. Ils sont également, depuis des années, surreprésentés parmi les personnes licenciées. En 2025, leur part atteint 41%, alors qu’ils ne constituent qu’un peu plus d’un tiers de la population active. L’expérience ne protège donc pas contre la perte d’emploi.

Le réseautage est moins important

«Les relations ouvrent des portes», dit-on souvent. Sur le marché du travail actuel, cette maxime ne se vérifie plus que partiellement. Selon le rapport de Rundstedt, les embauches via des contacts personnels reculent nettement. Leur part passe de 43% l’année précédente à 35% en 2025. Près d’une embauche sur deux se fait désormais par le biais d’annonces classiques. Les entreprises privilégient ce canal, qui leur permet de cibler les profils recherchés et de mieux maîtriser le processus de sélection.

Le réseautage n’a toutefois pas disparu. Il reste un atout pour les demandeurs d’emploi. Ceux qui activent leur réseau arrivent souvent mieux préparés et comprennent davantage les attentes et les procédures des employeurs.

Le marché du travail reste malgré tout réceptif

Un secteur en difficulté ne signifie pas nécessairement une impasse professionnelle. En 2025, plus de la moitié des personnes licenciées ont retrouvé un emploi dans une autre branche. Un taux élevé pour la Suisse, où les parcours professionnels sont souvent étroitement liés à un domaine spécifique. Les cadres rencontrent en revanche plus de difficultés à se repositionner.

Les métiers artisanaux, comme menuisiers, électriciens ou travailleurs du bâtiment, restent très demandés. «Ces professions ne peuvent pas être remplacées par l’intelligence artificielle», souligne Swissstaffing. Les perspectives sont également favorables dans l’accompagnement des seniors, notamment à domicile, ainsi que pour le travail temporaire.

Pascal Scheiwiller se veut rassurant. «Cette année encore, le marché du travail restera équilibré.» Même les personnes aux profils jugés difficiles mettent en moyenne «seulement» dix mois à retrouver un emploi, un délai proche de celui observé l’an dernier. Les principaux obstacles restent l’âge avancé, une longue ancienneté dans la même entreprise ou un déficit de compétences. En cas de ralentissement massif des embauches, ces profils seraient généralement les premiers touchés. Or, ce scénario ne s’est pas concrétisé. «Les recrutements se poursuivent et les postes sont pourvus», conclut-il.

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