Tobias F.* aurait abusé de 15 jeunes enfants âgés de un à quatre ans dans plusieurs crèches. Les faits auraient débuté à Winterthour en 2020, mais la procédure y a été suspendue.
L’homme a ensuite changé de canton. En mars 2023, il a été engagé comme chef de groupe dans une crèche du canton de Berne, où il aurait poursuivi ses agissements.
«Il semblait très agité»
Un couple dont les enfants fréquentaient cette structure bernoise a pris contact avec Blick. Les parents se disent choqués, en colère et inquiets. Une question les hante: leurs enfants pourraient-ils aussi être concernés? La crèche leur a assuré que le prévenu ne travaillait pas les jours où leurs enfants étaient présents. Une réponse qui ne les rassure pas. «Les équipes peuvent être modifiées à tout moment et cela n’est pas forcément documenté. Pour nous, cela ne prouve rien», expliquent-ils.
Les parents disent aussi avoir eu des échanges directs avec Tobias F.: «Il semblait très agité», confie la mère. Le père ajoute: «Je l’ai trouvé négligé dans son apparence.» Le fait que, selon les premières informations, les victimes seraient en majorité des filles ne les apaise pas. «On n’arrête pas d’y penser. Et si nous avions eu deux filles au lieu de deux garçons?» s’interroge le père.
Par une connaissance, la mère a appris ce que vivent les familles directement touchées. Certaines ont reçu un courrier du ministère public leur donnant accès au dossier, y compris à des vidéos. «On leur a conseillé de ne pas les regarder», raconte-t-elle.
Deux ans sans nouvelles
Les parents de la crèche bernoise disent avoir été informés une première fois à la mi-février 2024, quelques jours après l’arrestation. «Une réunion extraordinaire a été organisée. On nous a dit que la police était intervenue auprès de Tobias F.. On a tout de suite compris qu’il manquait à l’appel», explique le père. Les familles concernées devaient être contactées.
Puis plus rien. «Pendant près de deux ans, la direction ne nous a donné aucune information», affirme la mère. «Même lors des réunions habituelles, le sujet n’a jamais été abordé.» Ce n’est que peu avant la médiatisation de l’affaire que la directrice a envoyé un courriel. Elle y indiquait que le procès devait débuter fin avril. Il a depuis été repoussé à une date indéterminée.
Pour les parents, ce message arrive trop tard. «Cela ressemble à une tentative de se décharger de ses responsabilités», estiment-ils. Ils dénoncent une communication défaillante. «Informer à la dernière minute après deux ans, juste avant que l’affaire sorte dans les médias, ce n’est pas acceptable. Ils essayaient simplement de se justifier.»
Personne n'a rien vu
Contactée par Blick, la crèche a répondu par l’intermédiaire de son avocat, Emanuel Zloczower. Celui-ci affirme: «Ni l’équipe, ni la direction pédagogique, ni la direction, ni les parents n’ont remarqué quoi que ce soit d’anormal avant l’arrestation.»
Il explique aussi que la crèche n’a pas eu accès au dossier. «Dans ces conditions, elle ne peut pas se prononcer sur la manière dont les faits ont pu se produire malgré les mesures de sécurité en place.» Selon lui, le fait que les parents n'aient été informés que tardivement est dû au fait que la crèche elle-même n'a pas reçu d'informations. L’établissement n’a pas non plus déposé plainte, faute de connaître précisément les accusations.
Présemption d'innocence
Mais la crèche de Winterthour aurait pourtant eu connaissance de premiers soupçons. «Comment une personne déjà suspectée peut-elle simplement retrouver un poste dans un autre canton?» s’indigne le père. Les parents jugent la situation incompréhensible. «Il faudrait un système d’alerte dans la profession pour éviter ce genre de cas», estiment-ils. La crèche bernoise assure, de son côté, ne pas avoir été informée de ces antécédents.
Selon André Kuhn, cette situation s’explique notamment par la présomption d’innocence. Une interdiction d’exercer ne peut être prononcée qu’après une condamnation définitive.
Des spécialistes appellent néanmoins à renforcer la prévention. «D’un point de vue professionnel, il faut développer des systèmes d’alerte supplémentaires», souligne Dominik Galliker, directeur de l’organisme Beforemore, spécialisé dans la prévention des abus sexuels sur mineurs.
*Nom connu de la rédaction