C'est l'histoire d'un homme en lutte, qui fait passer son sens de la justice avant son argent, sa santé et ses relations personnelles. Le cas de Thomas Meier, domicilié à Bachs dans le canton de Zurich, n'a rien d'une histoire de héros. Il s'est battu pour ses enfants, mais a fini par perdre le contact avec eux.
Il s'est aussi opposé à son épouse, et leur mariage touche désormais à sa fin. «Nous sommes en instance de divorce. Les négociations sont en cours», confie l'entrepreneur horticole à Blick. Le divorce porte notamment sur l'argent, la maison et l'entreprise.
Le Zurichois mène ce combat depuis une dizaine d'années. Au centre du conflit se trouvent le lieu de scolarisation de ses deux enfants et la question de savoir s'il doit payer des frais de scolarité. L'affaire s'est tellement envenimée que Thomas Meier se retrouve aujourd'hui opposé aux autorités cantonales, aux tribunaux et même au Conseil d’Etat zurichois.
Humilié devant toute la classe
Tout a commencé de manière banale, avec une dictée non annoncée. Thomas Meier se souvient de l'année 2016, lorsque son fils était en deuxième année primaire à Bachs. «C’était la première dictée surprise de toute sa scolarité. L'enseignante l'a jugée tellement mauvaise qu'elle n'a même pas pu lui attribuer une note», raconte le père. Selon lui, l'enseignante aurait ensuite ridiculisé son fils et se serait moquée de lui devant toute la classe.
Ce jour-là, le petit garçon rentre à la maison en pleurant. «Il criait et ne voulait plus retourner en classe à cause de cette enseignante», raconte Thomas Meier. L'enfant commence aussi à souffrir de troubles du sommeil. «Chaque nuit, il venait dans notre chambre à cause de cauchemars et d'angoisses», affirme son père.
Thomas Meier demande alors un soutien pédagogique pour son fils. Il réclame aussi que «la psychologue scolaire soit présente lors d'un entretien avec le directeur». Mais, selon lui, «il ne voulait pas faire intervenir la psychologie», expliquant que «l'école de Bachs n'avait pas les moyens financiers pour cela» et que «lui-même ainsi que ses enseignants étaient tous expérimentés».
Finalement, le fils de Thomas Meier est transféré à l'école primaire de la commune voisine de Stadel, dans le canton de Zurich. Selon son père, l'enfant s'y sent rapidement mieux. «Il adorait sa nouvelle maîtresse», raconte-t-il. Quelques mois plus tard, la fille de Thomas Meier, âgée de près de deux ans de plus que son frère, est elle aussi transférée de l'école de Bachs à celle de Stadel. Son père explique cette décision en affirmant qu'«elle aussi a été victime de harcèlement».
Passer à la caisse
Problème résolu? Loin de là. La question de l'argent entre alors en jeu et l'affaire prend une ampleur insoupçonnée: des cadres de la Direction de l'instruction publique, dirigée par la conseillère d'Etat Silvia Steiner, se saisissent du dossier.
«On nous a soudain annoncé que nous devions payer des frais de scolarité pour la nouvelle école», explique Thomas Meier. Selon lui, cette demande est injustifiée: «La scolarité est obligatoire, le transfert était urgent et la nouvelle école n'était pas une école privée. Il est donc très clair que nous ne devons rien payer!»
Le Canton de Zurich voit toutefois les choses autrement. Dans une décision rendue par la Direction de l'instruction publique en août 2017, il est indiqué qu'une scolarisation des deux enfants à Bachs restait possible et raisonnable «pour des raisons purement scolaires». Le document affirme également que «le comportement des parents a contribué à attiser le conflit, qui a ensuite dégénéré».
Selon les autorités, il serait donc «abusif et contraire au droit zurichois de l'école publique» que des parents laissent volontairement un conflit s'envenimer afin de rendre la scolarisation dans leur commune inacceptable et d'obtenir ainsi un transfert gratuit dans une autre commune.
80'000 francs de litige
La décision est alors la suivante: si la commune de Stadel réclame des frais de scolarité, les Meier devront les payer. Et Stadel exige effectivement cet argent. Le montant total du litige s'élève à 80'000 francs, dont il faut déduire 14'000 francs déjà versés par les parents.
«Je conteste l'intégralité de cette somme», affirme Thomas Meier. Selon lui, ce montant ne représente qu'une petite partie du coût réel de cette bataille judiciaire qui dure depuis dix ans. «Notre préjudice matériel direct dépasse largement les 500'000 francs», affirme-t-il, évoquant les frais d'avocat, les procès et les coûts de procédure que sa famille a dû assumer.
Site internet et livre sur son combat
«L'affaire est allée jusqu'au Tribunal fédéral, explique le père de famille. Entre-temps, il y a eu sept procédures.» Thomas Meier ne mène pas son combat à l'abri des regards: Il a créé un site internet avec des chronologies, des vidéos, des documents. En parallèle, il rédige même un livre intitulé «Scandale scolaire à Zurich».
Un combat long, coûteux et acharné, dont Thomas Meier n'arrive plus à se détacher. Il mène cette bataille avec passion et persévérance, au point qu'elle est devenue autodestructrice. Comme il le reconnaît lui-même, ce conflit sans fin pèse chaque jour davantage sur sa vie. Il dit avoir des difficultés à se concentrer au quotidien et à dormir correctement la nuit. «Depuis deux ans, j'ai de la peine à payer mes factures et à honorer tous mes engagements», confie-t-il.
Selon lui, cette affaire n'a pas seulement vidé ses finances, mais aussi détruit son équilibre personnel. «Toute cette histoire me rend très triste. Elle affecte énormément ma vie de famille, explique-t-il. Mon mariage s'est brisé à cause de ce conflit.» Thomas Meier affirme être aujourd’hui «en miettes». «Je vais perdre ma maison et mon épouse, mais ce combat est nécessaire», ajoute-t-il.
Sa relation avec ses deux enfants est également rompue. Son fils est désormais en deuxième année d'apprentissage et sa fille prépare sa maturité. «L'escalade des tensions liées au divorce a éloigné mes deux enfants de moi.» Pourtant, il les comprend. «J'aurais fait la même chose à leur place.»
Ce que dit le canton de Zurich sur les accusations
La tristesse de Thomas Meier se mêle désormais à la colère. «Je suis en rogne contre la direction du Département cantonal de l'éducation de Zurich. Ils continuent de nous harceler avec leurs décisions et leurs procédures», affirme-t-il.
Ses accusations visent directement la conseillère d'Etat Silvia Steiner ainsi que sa secrétaire générale. «Ce sont elles les principales responsables de la ruine financière et sociale de ma famille», estime-t-il.
Blick a confronté la Direction de l'éducation aux accusations de Thomas Meier. Martin Peter, chef du service juridique de l'Office de l’enseignement primaire, a répondu que «les accusations formulées par M. Meier depuis Bachs occupent l'administration depuis une bonne dizaine d'années et ont déjà donné lieu à plusieurs décisions des tribunaux administratifs et fédéraux».
Martin Peter ajoute que «le Tribunal fédéral a clairement établi que la perception de frais de scolarité était légale». Il précise également que, «à la suite de la dernière décision du Tribunal administratif, de nouvelles procédures sont en cours afin de déterminer les frais de scolarité encore impayés». Pour cette raison, les autorités ne souhaitent pas faire davantage de commentaires.
«Je suis dans mon bon droit»
De son côté, Thomas Meier dit ressentir avant tout de l'épuisement. «Je n'en peux plus. Mes performances sont au plus bas, même dans mon activité d'entrepreneur», confie-t-il. Depuis un an, il explique être régulièrement invité à dîner par des proches de son entourage. «Mes parents, un client et deux connaissances m'aident. C’est un soulagement, car je ne parviens plus à couvrir tous mes besoins quotidiens.»
Sa dernière option: la faillite personnelle. «Je suis endetté à titre privé à hauteur de plusieurs dizaines de milliers de francs», affirme l'entrepreneur. «Si j’en arrive là, ce sera pour sauver mon entreprise.»
Malgré tout, abandonner n'est pas une option pour lui. « Je suis dans mon bon droit, assure Thomas Meier. Si j'abandonne maintenant, cela reviendrait à reconnaître que j'avais tort. Et le canton de Zurich aura gagné.»