7000 sauvetages en 35 ans
De Zermatt au Mont-Rose, ce pilote est l'ange gardien des Alpes

Avec 7000 missions de sauvetage à son actif, Robi Andenmatten, est un héros des airs depuis 35 ans. Ce pilote d'Air Zermatt dédie sa vie à secourir en montagne, où chaque intervention est un défi.
Le pilote Robi Andenmatten effectue sa 7000e mission de sauvetage.
Photo: Pascal Scheiber

En bref

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  • Robi Andenmatten, pilote d’hélicoptère de Zermatt, a accompli sa 7000e mission de sauvetage dans le Valais. A 55 ans, il survole glaciers et montagnes pour secourir des alpinistes en détresse à 4 554 mètres d’altitude
  • L'ange gardien des Alpes a débuté sa carrière à 18 ans aux Etats-Unis et est devenu un pilier des secours en montagne. Les interventions d’Air Zermatt ont triplé, avec plus de 2200 missions dans le Valais en 2025
  • Malgré les dangers du métier, il prévoit de continuer jusqu’à 60 ans. Dix amis ont péri en service, mais il reste passionné par les montagnes et espère maintenir sa chance jusqu’à sa retraite
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Pascal Scheiber

«Quel est le type de la blessure?» demande Robi Andenmatten aux commandes de son hélicoptère, au-dessus du glacier de l'Allalin. Un grésillement se fait entendre dans le casque. «Traumatisme crânien et blessure au visage. Du sang coule de l’oreille», répond une voix depuis le lieu de l’accident.

Robi Andenmatten vole à 200 km/h entre Zermatt (VS) et Saas-Fee (VS). «Je connais cet itinéraire aussi bien que celui qui mène de mon lit aux toilettes», sourit-il. Il abaisse doucement le levier qu’il tient dans sa main gauche, l’hélicoptère perd de l’altitude. C’est sa 7000e mission de sauvetage!

Il fait atterrir l’hélicoptère à côté du parking P4 à Saas-Fee. L’ambulancier Louis Gruber descend le premier, suivi du médecin urgentiste Eric Haffner. Une cycliste a chuté dans le village et elle roulait sans casque. Louis Gruber et Eric Haffner s'occupent d'elle, puis la chargent sur une civière à bord de l'hélicoptère. Robi Andenmatten observe la scène. A peine l'équipage est-il de retour à bord que le pilote reprend la parole à la radio: «Je décolle.»

Du «petit pilote» au pilote record

Dès son enfance, Robi Andenmatten rêvait de voler. Il a grandi à Zermatt, où il entendait jour et nuit le vrombissement des hélicoptères au-dessus du village et les regardait voler autour du Cervin. «Pour moi, les pilotes d’hélicoptère étaient des dieux, se souvient Robi Andenmatten. Leurs missions de sauvetage étaient un véritable spectacle.»

Le fait que son père, guide de montagne, ait accompagné le tout premier sauvetage d’Air Zermatt au Breithorn l’a inspiré. A 18 ans, il décide d’obtenir sa licence de pilote aux Etats-Unis, car elle est moins chère et que sa mère vivait à Los Angeles. Deux ans plus tard, il décolle pour la première fois à Zermatt. Surnommé «notre petit pilote», aujourd’hui, il rit de son ancien surnom.

A l'hôpital de Viège, les hélicoptères atterrissent sur le toit.
Photo: Pascal Scheiber

35 ans plus tard, 7 minutes après avoir décollé de Saas-Fee, Robi Andenmatten pose l’hélicoptère sur le toit de l’hôpital de Viège. Il regarde le médecin urgentiste et les ambulanciers transporter la blessée aux urgences. Au cours de sa carrière, le nombre d’interventions de sauvetage annuelles d’Air Zermatt a triplé. L’année dernière, la compagnie a effectué plus de 2200 missions dans le Valais.

«Les gens ne sont pas plus imprudents aujourd’hui, mais ils sont beaucoup plus nombreux – comme partout», explique Robi Andenmatten. Autrefois, les sauveteurs en montagne de Zermatt effectuaient principalement des interventions en haute montagne. Aujourd’hui, les accidents de la route, les évacuations ou les transferts de patients font aussi partie de leur champ d’intervention.

Si Robi Andenmatten a pu effectuer autant d’interventions en 35 ans dans le Valais, c’est parce que un hélicoptère est essentiel dans cette région montagneuse. En plaine, une simple ambulance suffirait. Sur le toit de l’hôpital de Viège, l’alarme retentit sur sa tablette et lui signale sa prochaine intervention. Serein, il monte dans le cockpit, démarre le moteur et vérifie les informations sur sa mission. «C’est comme ça, mon quotidien: voler d’une intervention à l’autre.» Au bout de 90 secondes, la turbine est suffisamment chaude pour décoller et l’équipage est de retour dans l’hélicoptère.

«Ces enfants blessés m’ont brisé le cœur»

Robi Andenmatten survole le Fiescherfirn quand une veste rouge attire son attention. Des alpinistes en détresse se tiennent seuls sur les rochers gris, entourés de glaciers et de neige. Robi Andenmatten fait descendre le secouriste et le médecin urgentiste Eric Haffner au-dessus d’un rocher. Seul un patin de l’hélicoptère touche le sol, car un atterrissage complet est impossible sur cette surface. Le pilote fait demi-tour, atterrit sur le glacier à quelques centaines de mètres de là et attend.

«Prêt», entend Robi Andenmatten à la radio. Il repart. Pendant le vol, l’ambulancier Louis Gruber ouvre la porte arrière de l’hélicoptère. Le pilote Robi Andenmatten surveille l’altitude par la fenêtre de droite. Le patient, le médecin urgentiste et le spécialiste du sauvetage montent à bord. La porte se ferme et ils retournent à l’hôpital.

Même après 7000 interventions, la vue imprenable sur le Cervin continue d'émerveiller Robi Andenmatten.
Photo: Pascal Scheiber

Des interventions comme celles-ci font partie de la routine, mais «quand des enfants sont en jeu, j’ai beaucoup de mal à le supporter», reconnait Robi Andenmatten. Lui-même père de trois enfants, il se souvient de l’intervention qui a suivi l’accident de bus de 2012 à Sierre (VS ), qui a coûté la vie à 28 enfants et adultes. Il a transporté par hélicoptère les blessés graves à l’hôpital. «Ces enfants blessés m’ont brisé le cœur.»

Après l’incendie de Crans-Montana (VS), il a aussi héliporté des adolescents gravement brûlés vers les hôpitaux. «C’est terrible, cela montre à quel point notre système est fragile.» Pour lui, une chose est claire: «Si le médecin ou l’ambulancier n’a pas besoin de mon aide, je reste en retrait.» Et ce, pour son propre bien, car «les images d’enfants malades, blessés et souffrants me hantent jusque chez moi.»

«Il faut toujours avoir un plan»

Heureusement, les montagnes valaisannes lui permettent parfois de se changer les idées. Au-dessus de Bettmeralp (VS), Robi Andenmatten admire le Cervin comme s’il le voyait pour la première fois. A 55 ans, son enthousiasme pour le panorama n’a pas faibli. Jusqu’à ce qu’une voix sortant de la radio appelle l’équipe pour la prochaine intervention.

Deux alpinistes en détresse sont bloqués à la cabane Margherita, sur le Mont Rose, à 4554 mètres d’altitude. Ils se sentent mal, probablement à cause de l’altitude. En effet, à plus de 4000 mètres, l’air se raréfie, ce qui a également une influence sur les capacités de l’hélicoptère. L'équipage doit s'alléger. Robi Andenmatten retourne à la base pour faire décharger la civière et le matériel médical. «Ça me permet d'économiser plus de 200 kilogrammes», explique le pilote expérimenté.

Poids, vent, aire d'atterrissage: Robi Andenmatten passe en revue tous les scénarios possibles dans sa tête. «Il faut toujours avoir un plan», dit-il, car «le risque fait toujours partie intégrante de ce métier». Il garde toujours à l'esprit le danger mortel de son travail. Il y a des années, il a dû récupérer le corps d’un collègue pilote. «J’étais comme un robot, je me suis déconnecté de mon côté humain et je me suis contenté de fonctionner.» Cinq pilotes et cinq guides de montagne de son cercle d’amis ont perdu la vie dans l’exercice de leurs fonctions. «Je ne veux pas que ça se termine comme ça pour moi.»

Retraite à 60 ans

Et pourtant, Robi Andenmatten repousse ses limites: il parcourt près de 3000 mètres de dénivelé en volant de Zermatt jusqu’à la Capanna Margherita. La glace éternelle en train de fondre s’étend sous ses pieds. Son appareil ne reste pas une minute sur la piste d’atterrissage. Le vent souffle et le brouillard remonte le long de la paroi rocheuse escarpée sous le refuge. L’ambulancier Louis Gruber aide les alpinistes malades à monter à bord.

«
Jusqu’à présent, j’ai toujours eu de la chance: j’espère que ça continuera comme ça
Robi Andenmatten, 55 ans
»

Le regard vide, ils fixent la fenêtre de l'hélicoptère et restent silencieux. Depuis des heures, les deux Suisses sont en proie à des maux de tête et des nausées. La fin de leur calvaire approche. «Apportez un fauteuil roulant», demande Robi Andenmatten par radio aux assistants au sol. Il pose son appareil sur le sol de la base d’hélicoptères de Zermatt. Les alpinistes sont pris en charge par le médecin urgentiste. Fin de l’expédition.

A quand la fin de ces aventures pour Robi Andenmatten? «On ne s’arrête qu’à 60 ans», répond-il. Dans cinq ans, il prendra sa retraite. Plus de sauvetages, plus de formations, plus de vols touristiques. «Jusqu’à présent, j’ai toujours eu de la chance: j’espère que ça continuera comme ça.»

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