«C'est une blague!»
Suisse à 10 millions: Ignazio Cassis prévoit un doublement des frontaliers

Le ministre des Affaires étrangères s'engage dans la campagne de votation. Si l'initiative des 10 millions était acceptée, le nombre de frontaliers doublerait, dit-il.
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Le conseiller fédéral Ignazio Cassis affirme que le nombre de frontaliers doublerait si l'initiative de l'UDC était acceptée.
Photo: keystone-sda.ch
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Simone Steiner

Le suspense est à son comble concernant la votation sur l'initiative populaire de l'UDC «Pas de Suisse à 10 millions! (initiative pour la durabilité)». Alors que les sondages annoncent des résultats très indécis, le Conseil fédéral se fait du mouron. A tel point que le ministre des Affaires étrangères, Ignazio Cassis, a décidé de prendre les choses en main. Problème: son principal argument ne repose sur aucune donnée statistique concrète.

C’est dans les colonnes du «Tages-Anzeiger« que le conseiller fédéral a choisi de plaider pour le «non». Il utilise l'argument des frontaliers au Tessin, affirmant que l'acceptation du texte aurait d'importantes conséquences. Comme ils ne compteront pas parmi les 10 millions d'habitants, les gens iraient simplement s'installer dans les pays voisins. «En cas d'acceptation de l'initiative, le nombre de frontaliers doublerait», avance le ministre des Affaires étrangères.

Un doublement entraînerait des défis

Cela serait problématique pour le Tessin. Aujourd'hui déjà, le canton italophone doit faire face aux conséquences de la forte présence de travailleurs frontaliers, ce qui pèse notamment sur les infrastructures de transport. Aux heures de pointe, il y a des bouchons sur les routes et les trains sont bondés.

De plus, les nombreux spécialistes étrangers exercent une pression sur le niveau des salaires au Tessin, qui restent bien inférieurs à la moyenne suisse. Mais le coût de la vie est tout de même considérable: à titre d'exemple, les primes d’assurance-maladie y sont parmi les plus élevées du pays.

«C'est simplement une blague!»

La sortie d'Ignazio Cassis a immédiatement fait bondir le conseiller national UDC Piero Marchesi. «C'est tout simplement une blague!», déclare-t-il à Blick. Selon lui, Ignazio Cassis a perdu de vue les dynamiques à l'œuvre dans son canton d'origine.

«La libre circulation des personnes est à l'origine de la forte augmentation du nombre de frontaliers», argumente Piero Marchesi. Avant l'entrée en vigueur de l'accord entre la Suisse et l'UE, environ 35'000 frontaliers étaient employés dans son canton. Aujourd'hui, en revanche, 80'000 «frontalieri» travaillent au Tessin.

Le conseiller national UDC pointe également du doigt le taux de chômage, rappelant qu'en 2025, 13% des jeunes de 15 à 24 ans (selon les critères de l'OIT) n'avaient pas de travail. «Nous devons redonner un avenir à notre jeunesse», dit-il. Selon lui, ces derniers partent en Suisse alémanique ou en Suisse romande parce qu'ils y sont mieux rémunérés.

Il n'est pas évident de savoir si l'initiative des 10 millions ferait effectivement doubler le nombre de frontaliers. On ne trouve en effet aucune base statistique appuyant l'affirmation d'Ignazio Cassis. De son côté, le rapport du Secrétariat d'Etat aux migrations (SEM), qui s'est penché sur les effets de l'initiative de l'UDC sur l'immigration, part du principe qu'elle n'aurait aucune influence sur ce point.

«L'économie a besoin de main-d'œuvre étrangère»

«Je ne sais pas si le nombre va doubler», déclare la conseillère nationale des Vert-e-s Greta Gysin. Mais pour elle, il est clair que la Suisse continuera à avoir besoin de main-d'œuvre étrangère. «Avec le départ à la retraite des baby-boomers, le manque de personnel qualifié va encore s'accentuer».

C'est pourquoi, soit le nombre de frontaliers augmentera, soit les personnes resteront moins de douze mois chacune en Suisse, ce qui resterait possible selon l'initiative. «L'économie trouvera un moyen de faire venir de main-d'œuvre de l'étranger si elle en a besoin.» Greta Gysin reconnaît les charges que représente le recours aux frontaliers. «Ils constituent un tiers de la population active du Tessin. Cela pèse sur les infrastructures, notamment aux heures de pointe, et augmente la pression sur les salaires», dit-elle.

Tout comme Ignazio Cassis, elle est cependant d'avis que l'initiative des 10 millions n'apporte pas de réponse à ces problèmes. «Il faut plus de protection salariale pour que le travail au Tessin reste attractif et que moins de jeunes soient obligés de s'exiler pour avoir de meilleures perspectives.»

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