Un moment d'égarement, un verre de trop ou simplement l'envie d'une nouvelle aventure: une liaison peut remettre en question un équilibre qui semblait encore solide quelques instants auparavant. Pour de nombreux couples, une relation sexuelle hors du cadre de la relation bouleverse totalement la dynamique existante. Après l'infidélité, la personne qui a trompé son partenaire se retrouve alors confrontée à une question difficile: faut-il avouer?
Si certains défendent une honnêteté sans compromis, d'autres la déconseillent. Leur argument? Les aveux servent parfois davantage à soulager la conscience de la personne infidèle qu'à préserver le bien-être du partenaire, tout en risquant de provoquer des blessures durables, voire irréparables.
Mais existe-t-il une bonne manière d'agir? Et cette bonne réponse existe-t-elle seulement? Nous avons posé la question au psychologue Ben Kneubühler.
Pourquoi est-ce qu'on en vient à tromper son ou sa partenaire?
Ben Kneubühler: Dans la plupart des cas, l'infidélité est moins liée à une quête de sexe qu'à un manque sur le plan affectif. Les personnes trompent souvent leur partenaire lorsqu'elles ne se sentent plus vues, valorisées ou désirées au sein de leur relation. L'infidélité constitue alors fréquemment une forme de protestation silencieuse face à la solitude affective ou au sentiment de n'être plus qu'un simple rouage dans le quotidien du couple. Il est rarement question de la seule infidélité en elle-même, mais plutôt de ce qui l'a précédée et de ce qui a fait défaut dans la relation. Je tiens également à préciser que le terme «infidélité» ne s'applique pas aux couples qui choisissent, après en avoir discuté ouvertement, de ne pas vivre une relation sexuellement exclusive.
Les infidélités surviennent-elles surtout dans les relations de longue durée?
Elles y sont plus fréquentes, car au fil des années, des blessures souvent invisibles, un manque de contact ou une distance sexuelle se sont insinués. Beaucoup de couples se perdent dans le quotidien, dans la routine. Lorsque la proximité émotionnelle et physique diminue, un vide se crée. Et c'est précisément dans ce vide que quelqu'un d'autre s'immisce – ce n'est pas prévu, mais ce n'est pas non plus tout à fait le fruit du hasard.
Faut-il avouer une aventure d'un soir ou non?
Cette question est souvent abordée sous un angle moral. Pour ma part, je la considère plutôt à travers le prisme de la psychologie des liens affectifs. Si l'aventure d'un soir s'inscrit dans un schéma récurrent – autrement dit si elle traduit une forme d'aliénation ou un conflit plus profond –, alors un dialogue honnête me paraît nécessaire. Je ne partage pas l'idée selon laquelle il vaudrait mieux garder le silence au motif que les aveux ne serviraient qu'à soulager la culpabilité de la personne infidèle. Après tout, avec qui ce soulagement devrait-il être recherché, sinon avec la personne directement concernée et la plus proche de soi? Au final, il s'agit d'une décision personnelle, qui dépend du niveau de confiance au sein du couple, de la solidité du lien et de la manière dont chacun évalue les avantages et les inconvénients d'une telle démarche.
Qu'en est-il d'une liaison? Faut-il avouer ou non?
Contrairement à une aventure d'un soir, une liaison implique généralement bien davantage: des liens se créent, des mensonges s'accumulent et une énergie émotionnelle considérable est investie. Dans une telle situation, il n'existe souvent, à long terme, guère d'autre issue que la vérité – du moins si le couple souhaite retrouver une véritable intimité. L'honnêteté peut être douloureuse, mais elle constitue souvent le seul pont permettant de reconstruire la complicité.
Une infidélité ne signifie-t-elle donc pas automatiquement la fin d'une relation?
Non, pas nécessairement. Il s'agit sans aucun doute d'un tournant dans la relation. Mais le fait qu'il conduise à une séparation ou qu'il ouvre la voie à un changement dépend en grande partie de la manière dont le couple gère ce qui s'est passé. J'ai accompagné des couples pour lesquels l'infidélité a constitué une rupture douloureuse, mais aussi salutaire.
Cela peut-il même renforcer une relation?
Oui, c'est possible, à condition que le couple ne cherche pas uniquement à réparer les apparences, mais s'attaque également aux causes profondes du problème. Après une telle crise, de nombreux couples ont, pour la première fois, de véritables discussions sur leurs besoins, leur vulnérabilité ou encore leur intimité. Cela peut permettre de créer un lien plus profond que celui qui existait auparavant. Mais le chemin est souvent difficile et exige beaucoup de courage, d'honnêteté et, bien souvent, un accompagnement.
Souvent, la vie sexuelle s’essouffle dans les relations de longue durée. Est-ce là le moment le plus dangereux?
C'est en tout cas un signal d'alarme. Lorsque la sexualité disparaît, il est rarement question d'un simple problème physique. Cela traduit souvent un affaiblissement du lien émotionnel. Dans la thérapie de couple centrée sur les émotions, nous ne considérons pas la sexualité avant tout comme une technique ou une pulsion, mais comme l'expression d'un lien affectif. Lorsqu'une personne ne se sent plus en sécurité, reconnue ou désirée dans l'intimité, elle a tendance à se replier sur elle-même. Par ailleurs, la sexualité peut aussi contribuer à renforcer ce lien émotionnel. Il est donc regrettable que cette ressource ne soit pas davantage utilisée.
Qui est le plus souvent infidèle, les hommes ou les femmes?
Autrefois, les statistiques montraient que les hommes étaient plus souvent infidèles. Aujourd'hui, les chiffres tendent à s'équilibrer. Plus intéressante encore est la manière dont l'infidélité se manifeste: selon le cliché, les hommes seraient davantage concernés par l'infidélité physique, tandis que les femmes se tourneraient plus souvent vers une infidélité émotionnelle. Cette distinction tend toutefois à s'estomper. Ce qui demeure, en revanche, c'est un point commun: un besoin insatisfait de lien, de reconnaissance et de proximité.
Que conseillez-vous aux couples dont l'un des membres a été infidèle?
De ne pas réagir dans la précipitation. Qu'il s'agisse d'une séparation, d'un pardon ou d'un nouveau départ, ces décisions demandent du temps. Plus qu'une décision immédiate, il est d'abord essentiel de comprendre ce qui s'est passé – non seulement ce jour-là, mais aussi dans la dynamique globale du couple. Ensuite, il faut ouvrir le dialogue, non seulement sur l'infidélité elle-même, mais aussi sur ce qui l'a rendue possible. Dans ce processus, il est souvent utile de se faire accompagner par une personne qui comprend les mécanismes émotionnels à l'œuvre dans le couple.
Comment rétablir la confiance après une infidélité?
En se montrant tel que l'on est réellement. Il ne s'agit pas seulement d'exprimer des remords, mais aussi de faire preuve d'une profonde sincérité: «Je vois que je t'ai blessé.e et je veux comprendre ce que nous pouvons faire pour que tu te sentes à nouveau en sécurité.» La confiance ne se reconstruit pas par les mots, mais par l'expérience. Par la fiabilité. Et par ce message implicite: «Tu comptes pour moi.»