A la surprise générale, l’initiative «200 francs, ça suffit!» visant à réduire drastiquement la redevance a été rejetée nettement dans les urnes dimanche 8 mars: 62% des votants s’y sont opposés. Mais après une campagne particulièrement tendue, la SSR ne peut pas simplement tourner la page et faire comme si rien ne s’était passé. Malgré ce soutien populaire, l’entreprise nationale reste sous pression et devra répondre à plusieurs attentes. Des changements seront inévitables. Tour d’horizon.
S'alléger administrativement
Avant la votation, la SSR avait déjà annoncé en novembre un vaste plan d’économies de 270 millions de francs d’ici 2029. Une première tranche de 125 millions devra être réalisée avant 2027. Ces économies tiennent compte de plusieurs facteurs: la baisse de la redevance de 335 à 300 francs décidée par le Conseil fédéral, l’extension des exemptions pour les entreprises, le recul des recettes commerciales ainsi que le renchérissement.
L’impact le plus important concernera les emplois. La SSR a indiqué que jusqu’à 900 équivalents plein temps pourraient disparaître d’ici 2029. Dans ce contexte, l’entreprise devra engager une transformation importante et gagner en agilité sans trop toucher à l’offre de programmes. L’un des axes évoqués consiste à alléger les structures administratives et à revoir certains processus internes.
A partir du 1er avril 2026, la SSR redimensionnera par exemple son comité de direction. Outre la directrice générale, l’organe comptera désormais sept membres, contre huit actuellement. L’entreprise est régulièrement critiquée pour la taille de ses structures et le nombre de cadres. La question d’éventuels doublons entre les unités régionales et l’organisation nationale devrait donc aussi être examinée.
Recentrer son mandat
Le mandat de prestations accordé par le Conseil fédéral qui définit les engagements et les responsabilités de la SSR est arrivé à échéance fin 2024. La validité de la concession a été prolongée afin qu’un nouveau périmètre soit élaborée après le résultat de la votation. Celle-ci devrait entrer en vigueur le 1er janvier 2029.
La réduction progressive de la redevance obligera la SSR à redéfinir ses priorités et son périmètre d’action. L’entreprise est parfois accusée de s’éloigner de sa mission d’information au profit de contenus de divertissement. La renégociation de la concession pourrait donc être l’occasion de réaffirmer le cœur du mandat de service public: garantir une information fiable et indépendante, tout en répondant aux attentes du public dans des domaines comme le sport ou la culture.
L’an dernier, la SSR a par ailleurs conclu un accord avec les éditeurs privés – à l’exception de Tamedia – afin de «renforcer la place médiatique». L’entreprise s’est notamment engagée à limiter la longueur de ses articles sur le web et à privilégier des formats audio et vidéo. La RTS devra donc respecter ces engagements, même si des tensions restent possibles, notamment en raison du développement de contenus numériques comme les podcasts.
Transparence de l’usage des fonds
Depuis plusieurs années, l’une des critiques récurrentes adressées à la SSR concerne la transparence dans l’utilisation de l’argent issu de la redevance. La campagne autour de la votation a remis cette question au centre du débat, notamment en ce qui concerne les salaires au sein de l’entreprise.
Les rémunérations de certains cadres supérieurs, directeurs ou figures médiatiques sont régulièrement jugées trop élevées par les opposants. Dans ce contexte, la SSR pourrait être amenée à communiquer davantage sur la structure de ses coûts et sur la manière dont les fonds publics sont utilisés.
L’enjeu dépasse la seule question des salaires. Avec la baisse programmée de la redevance, la SSR devra démontrer qu’elle gère ses ressources de manière efficace tout en respectant les objectifs d’économies annoncés.
Maintenir la proximité régionale
Durant la campagne, la SSR a beaucoup insisté sur un argument: une baisse trop forte de la redevance risquerait d’affaiblir la présence médiatique dans les régions. L’entreprise a notamment mis en avant l’importance de son réseau régional et de ses productions locales.
Après le rejet de l’initiative, les attentes restent fortes. La SSR devra continuer à garantir une couverture des réalités locales, notamment en Suisse romande, tout en s’adaptant à un contexte financier plus contraint. Maintenir des rédactions proches du terrain et des productions régionales restera donc un enjeu central.
Garantir un pluralisme
Pendant la campagne, certains opposants ont aussi reproché à la SSR un manque de diversité idéologique, allant parfois jusqu’à la qualifier de média «woke». Dans ce contexte, l’entreprise pourrait chercher à mettre davantage en avant son rôle de garant du pluralisme.
L’objectif sera de renforcer l’image d’un média capable de donner la parole à une large diversité d’opinions politiques, sociales et culturelles. La SSR devra toutefois trouver un équilibre délicat: prendre en compte certaines critiques sans céder aux pressions politiques qui pourraient remettre en cause son indépendance éditoriale.
Conclusion: une institution sous pression
Le rejet de l’initiative ne met pas fin au débat sur l’avenir de la SSR. L’entreprise reste confrontée à plusieurs défis simultanés: réduire ses coûts, réformer son organisation, maintenir une offre de programmes forte et préserver la confiance du public.
Les engagements pris durant la campagne devront désormais se traduire par des mesures concrètes. Les décisions prises dans les prochaines années, notamment dans le cadre de la nouvelle concession, seront déterminantes pour définir le rôle et la place du service public audiovisuel dans le paysage médiatique suisse.