Le commentaire de Solène Monney
La bataille de la SSR finie, place aux vrais défis des foyers

La réduction de la redevance SSR à 200 francs a été clairement rejetée dans les urnes. Ce vote envoie un message aux initiants qui promettaient davantage d’argent aux Suisses. Notre journaliste estime qu’ils ont visé à côté.
Les arguments des initiants n’ont pas convaincu, estime Solène Monney.
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Solène MonneyJournaliste Blick

La votation sur la SSR nous a tenus en haleine. Passera? Passera pas? Finalement, le suspense n’a pas duré bien longtemps dimanche 8 mars. A midi déjà, les premières projections étaient claires: la redevance à 200 francs ne passerait pas. Et le verdict final n’a laissé aucun doute. L’initiative a été rejetée par 62% des votants. Emballé, c’est pesé.

Huit ans après la claque infligée à l’initiative No Billag – rejetée à plus de 71% – le signal semble limpide. Les Suisses tiennent à la SSR et à ses unités régionales. Malgré les critiques, malgré les débats, malgré les tensions politiques, une majorité nette estime toujours qu’un média de service public mérite d’être financé collectivement.

Les arguments des initiants n’ont pas convaincu. Et encore moins le principal: «Davantage d’argent pour vivre, pour tout le monde!» Les Suisses ont préféré continuer à payer 135 francs de plus par an – bientôt uniquement 100 de plus – pour préserver un service public audiovisuel fort et indépendant. Même dans des cantons traditionnellement plus critiques, comme l’Argovie ou Schwytz, l’initiative n’a pas trouvé de majorité.

Le pouvoir d'achat, le vrai chantier

Ce vote dit aussi autre chose: les Suisses ne semblent pas prêts à affaiblir leur paysage médiatique. Dans un contexte où les rédactions se réduisent, où les médias locaux disparaissent et où la désinformation prolifère, beaucoup ont visiblement jugé qu’il ne fallait pas fragiliser davantage l’information.

Espérons maintenant que ce message sera entendu par la droite. Il serait sans doute temps de tourner la page et de s’attaquer aux dossiers qui trouent réellement le porte-monnaie des ménages. Car si 135 francs par année peuvent compter pour des foyers, d’autres thèmes pourraient redonner bien davantage de pouvoir d’achat.

A vouloir soulager le porte-monnaie des Suisses, les initiants auraient peut-être mieux fait de s’attaquer au vrai marronnier helvétique: les primes d’assurance maladie. Chaque automne, le même scénario se répète. Les primes augmentent, les budgets des ménages se tendent et une partie de la population se retrouve étranglée par cette facture mensuelle qui ne cesse de grimper. En 2026, rien que dans les cantons romands, 2,5 milliards de francs de subsides sont prévus – bien plus que le budget de la SSR. C’est là que se trouve aujourd’hui l’un des véritables défis politiques du pays. Sans oublier les loyers ou encore le prix de l’électricité.

La SSR sous pression

Il est important d’ouvrir le débat sur la redevance et de bousculer la SSR afin qu’elle ne se repose pas sur ses lauriers. C’est désormais chose faite. Elle sait qu’elle est scrutée et qu’elle devra tenir ses promesses face à des citoyens qui ont montré un réel soutien au service public. Elle ne peut pas les décevoir.

Aujourd’hui, un nouveau défi attend la SSR: économiser 270 millions de francs d’ici 2029. Un effort considérable qui pourrait menacer jusqu’à 900 postes de l’entreprise nationale. Elle n'y coupera pas et devra faire preuve d’agilité pour y parvenir.

Les Suisses valent plus que 135 francs

De l’autre côté, le message doit aussi être entendu par les initiants. S’ils promettaient de rendre du pouvoir d’achat en baissant la redevance de 135 francs, qu’ils rendent maintenant aux Suisses la monnaie de leur pièce en s’attaquant aux problèmes qui vident réellement les portemonnaies. 

Onze francs par mois peuvent compter pour certains foyers. Mais les batailles politiques qui attendent le pays concernent des montants bien plus lourds. C’est là que se jouera réellement le pouvoir d’achat des Suisses.

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