Après un long suspense, le verdict est tombé dans les urnes: l’initiative visant à réduire la redevance audiovisuelle à 200 francs a été rejetée par 62% des votants ce dimanche 8 mars. Un échec cuisant pour les initiants.
Pour Pascal Crittin, directeur général de la RTS, ce résultat représente un soulagement après une campagne longue et tendue qui mettait en péril l'avenir de l'audiovisuel suisse. Il revient sur les semaines de débat, l’état d’esprit des équipes et les défis qui attendent désormais le service public.
Pascal Crittin, la population a soutenu la SSR à 62%. Vous vous attendiez à un tel résultat?
Ce résultat est au-delà de ce que je pensais. Longtemps, l'initiative était donnée gagnante, puis il y a eu une inversion dans les sondages. C'est un score net. On me disait qu'on pouvait atteindre 60%, je me suis dit: ok… Mais là, on est au-delà des espérances.
Est-ce un soulagement pour vous?
Tout d'abord, je suis fier d'être Suisse. Il n'y a pas un pays dans le monde où la population est d’accord de payer une redevance aussi élevée, car nous avons quatre langues. C'est un soulagement de voir que notre travail est reconnu. Je suis soulagé pour le personnel, car cette période n'était pas facile.
Comment avez-vous vécu cette campagne? A-t-elle été plus dure que celle No Billag de 2018?
La grande différence cette fois, c'est que nous étions seuls à être remis question. Heureusement, les médias privés nous ont soutenus. Je dirais qu'en huit ans, le débat public a beaucoup changé. Le Covid est passé par là, avec une sorte d'appauvrissement du débat public sur les réseaux sociaux. Aujourd'hui, c'est plus difficile de débattre qu'il y a huit ans. Mais la campagne permet de prendre le temps d'en parler. Le peuple suisse n’a pas cédé aux sirènes de l’initiative, avec à la fin un résultat qui va dans le même sens.
Que retenez-vous de cette campagne?
C'était une campagne très intense. Je retiens beaucoup de contacts avec toutes sortes de personnes. Il y avait beaucoup de respect entre les comités de campagne, même si on n’était d’accord sur rien. Il y avait une qualité du débat public.
Et maintenant, des mesures d'économie vous attendent, avec notamment une baisse de la redevance à 300 francs...
C'est une décision du Conseil fédéral, qui a estimé qu'il fallait aller dans ce sens. Nous travaillons depuis plus d’un an pour nous adapter au cadre financier imposé. On prend acte, on obéit à un mandat public. A ce titre, il n'y a pas de blanc-seing. Nous n'avons pas la liberté de faire ce que nous voulons.
Redoutez-vous une nouvelle initiative pour faire baisser la redevance?
Je constate que l'USAM a déjà annoncé, sans dire comment elle veut continuer, vouloir poursuivre le combat pour supprimer la redevance. Le peuple a déjà voté trois fois sur le sujet. Au bout d'un moment, il faut aussi respecter la volonté populaire.
Comment les employés de la RTS vivent ce moment?
C’est évidemment un soulagement. Cela fait presque deux ans qu’on sait que cette votation va arriver. Il y avait une grande inquiétude, car les employés sont attachés à la mission de service public. Maintenant, on va continuer à faire notre travail et poursuivre les transformations qui nous attendent.