La redevance radio-TV ne sera pas abaissée à 200 francs. Le peuple et les cantons ont refusé dimanche l'initiative SSR à 61,9%. Il a ainsi montré son attachement à un service public fort, ont souligné les opposants. La redevance passera toutefois à 300 francs d'ici 2029, comme le proposait le gouvernement.
L'initiative n'a eu de succès dans aucun canton. En Suisse romande, le refus est le plus élevé sur Vaud, à 67,1%. Suivent Neuchâtel (66,8%), le Jura (65,4%), Genève (64,1%), et Fribourg (63,5%). Le Valais a dit non à 57%. De même que Berne à 64,7% et le Tessin à 53,3%.
Ailleurs en Suisse, Zurich ne veut pas de l'initiative à 64,4%, et Bâle-Ville à 71,1%. Tous les autres cantons alémaniques ont aussi rejeté le texte, principalement entre 55% et 65%. Le taux de participation s'est élevé à 55,8%. La ville de Berne enregistre le plus fort rejet, à 82,3%. Les communes vaudoises des Clées et de Lussy-sur-Morges ont balayé le texte à plus de 81%. Celle de Bosco/Gurin (TI) a fait de même, à 80%. Le refus est également élevé dans plusieurs arrondissements des villes de Zurich et de Winterthour (ZH).
L'initiative populaire «200 francs, ça suffit!» (initiative SSR) voulait faire passer la redevance de 335 à 200 francs par an. Elle émanait de l'UDC, de l'Union suisse des arts et métiers (usam) et des Jeunes PLR. Le Conseil fédéral rejetait le texte, mais trouvait nécessaire d'agir. Il a proposé d'abaisser la redevance dans un contre-projet au niveau de l'ordonnance.
Réactions de la SSR
La SSR se réjouit du rejet de l'initiative «200 francs, ça suffit!» et de la confiance que la population lui a ainsi témoignée. Elle promet de poursuivre son engagement dans les différentes régions linguistiques. «Cette journée était décisive pour l'avenir de la SSR. Nous nous réjouissons que l'électorat suisse nous ait renouvelé sa confiance. Nous sommes soulagés d'avoir pu montrer la plus-value que le service public apporte à l'ensemble de la Suisse», a déclaré le président du Conseil d'administration de la SSR, Jean-Michel Cina, cité dans un communiqué.
La SSR mettra tout en oeuvre pour continuer à accompagner le public au quotidien avec un programme varié et fort. «Cette marque de confiance nous engage à rester proches des gens, avec une présence dans les différentes régions linguistiques et une offre sur le numérique. Nous allons poursuivre la transformation engagée de la SSR», assure la directrice de la SSR, Susanne Wille, dans le communiqué.
Un signal «clair» pour le sport
De son côté, le comité sportif contre l'initiative estime que le rejet de l'initiative «200 francs, ça suffit!» est un «signal clair en faveur du rôle essentiel du sport dans le service public médiatique». Le fait d'avoir évoqué l'importance d'une couverture sportive complète au sein de la SSR a contribué au rejet de l'initiative, se félicite dimanche le comité dans un communiqué.
Et d'ajouter que les événements sportifs créent des expériences communes par-delà les frontières linguistiques et contribuent ainsi à la cohésion du pays. Ils doivent donc rester accessibles librement à l'ensemble de la population pour tous les sports.
Le rejet de l’initiative est une preuve de confiance envers la SSR mais aussi un mandat clair, selon le comité. Et d'énumérer la retransmission en direct des grands événements internationaux et les performances des équipes nationales et des athlètes suisses, la promotion de toute la diversité sportive, le renforcement du sport féminin et la visibilité du parasport.
De nombreuses attaques
Par le passé, la SSR avait déjà été attaquée à plusieurs reprises. Le désamour d'une partie de la population envers la SSR n'est pas nouveau, même s'il ne s'est encore jamais concrétisé dans les urnes.
En 2018, l'initiative populaire «Oui à la suppression des redevances radio et télévision» (initiative No Billag) a été rejetée par 71,6% des voix. Portée par des ultra-libéraux et la droite conservatrice, elle souhaitait interdire à la Confédération de subventionner toute chaîne de télévision ou de radio et de prélever une redevance de réception. Les concessions devaient être mises aux enchères.
Avant ce rejet dans les urnes, quatre autres textes anti-redevance ont échoué. Une fois seulement, les opposants de la taxe ont failli gagner, le 14 juin 2015.
Ce jour-là, le peuple a accepté de justesse, par 50,08% des voix et grâce au soutien de la Suisse romande, la révision de la loi sur la radio et la TV généralisant la redevance. Cette réforme visait à abaisser le montant de la redevance pour les ménages, mais la discussion a surtout porté sur le service public et ses programmes.
Echec de trois initiatives
Auparavant, toutes les initiatives populaires ont fait long feu. En 1982, le texte de l'Alliance des indépendants en faveur de la liberté et de l'indépendance de la radio et de la télévision n'a pas abouti.
En 1994, l'initiative «pour un régime libéral des médias et une suppression des monopoles», du comité d'action pour une libre formation d'opinion L'Atout, a connu le même sort. De même que celle de l'Organisation Suisse solidaire (SOS) pour une suppression de la redevance en 2013.
La pétition réclamant une redevance radio-TV limitée à 200 francs par an n'a pas non plus eu de succès. Elle a récolté 140'000 signatures, mais a été rejetée par le Parlement en 2011.
Tournant dans les années 1980
Par deux fois, en 1957 et 1967, le peuple n'a pas voulu inscrire dans la Constitution fédérale un article sur la radio et la télévision. Il a fallu attendre la votation de 1984 pour que les médias électroniques disposent d'une base constitutionnelle.
Le monopole de la SSR s'est effondré au début des années 1980. Roger Schawinski est le premier à s'y être attaqué, avec sa radio pirate diffusée depuis l'Italie. Les émetteurs privés, financés par la publicité, ont été autorisés en 1983 grâce à l'ordonnance sur les essais locaux de radiodiffusion et en 1992 par la loi sur la radio et la télévision.