Dans la cafétéria de la tour de la RTS à Genève, les regards de la septantaine de collaborateurs réunis ce dimanche 8 mars sont tournés vers un écran. Les premières projections apparaissent vers midi. Le verdict tombe: l’initiative «200 francs ça suffit», qui visait à réduire drastiquement la redevance audiovisuelle, est rejetée par... 62% des votants. Les épaules se détendent, quelques applaudissements et cris timides éclatent.
S'en suit des sourires, des accolades et beaucoup d'étonnement face à ce score. Même le directeur général de la RTS, Pascal Crittin confie à Blick: «Ce résultat est au-delà de ce que je pensais.» Mais les perspectives d’avenir, et notamment la restructuration qui plane au-dessus des employés, viennent un peu gâcher cette «sobre fête».
L'atmosphère est à la joie, mais aussi beaucoup à la retenue. A l’image des quelques sandwiches qui trônent sur la table centrale. Dans les locaux, on ne sabre pas le champagne. Les employés se laissent timidement porter par les résultats. Même si une étape a été remportée, ils le savent: certains postes restent menacés.
Sur les dents
Les collaborateurs se croisent, se félicitent. Les générations se mélangent. «Quel résultat!», peut-on entendre à voix basse. Il faut dire que le rejet à 62% de l’initiative «200 francs ça suffit» surprend. Pendant de longs mois, les sondages annonçaient une victoire des initiants… avant de s’inverser, sans jamais donner un avantage très marqué.
«Ça fait plus d’un an qu’on est sur les dents, lâche une collaboratrice. «C’est une épée de Damoclès en moins. Ça fait du bien de sentir le soutien des gens.» Dans les couloirs, à la question «ça va?», la réponse revient souvent: «Comment ne pas aller bien aujourd’hui?»
Un message fort pour les médias
Pour Pierre-Olivier Volet, rédacteur en chef de l’Actualité vidéo, un rejet aussi élevé constitue «un signal fort pour l’information et l’indépendance». Mais pour lui, le message va au-delà de la SSR: «C’est un signal pour toute la place médiatique suisse.» Ce scrutin reflète, selon lui, l’attachement des Suisses à leurs médias.
«Je suis soulagée parce que j’ai imaginé les conséquences pour toute la production audiovisuelle», confie une employée. Beaucoup évoquent aussi leur attachement à la mission de service public, même s'ils reconnaissent que «la RTS n'est pas parfaite». «On aime notre entreprise. On ne peut pas y travailler si on n’y croit pas», glisse-t-on à Blick. «Je travaille avec des gens passionnés et convaincus», souligne également Pierre-Olivier Volet.
D’autres ont encore du mal à réaliser et «planent» pour l’instant. La prise de conscience viendra sans doute dans les prochains jours.
Le soulagement, mais...
Dans l’air, l’atmosphère n’est pas totalement à la victoire. Si aujourd’hui, c’est le soulagement, demain un autre combat, déjà engagé, attend l’entreprise: les économies de 270 millions de francs annoncées par la SSR, qui pourraient entraîner jusqu’à 900 suppressions de postes. Car si la redevance ne passera pas à 200 francs, elle baissera tout de même à 300 francs d’ici 2029. Et la RTS ne sait pas encore précisément à quelle sauce elle sera mangée.
«Les perspectives ne sont pas bonnes», «certains vont perdre leur job», «c’est une étape, mais on n’a pas gagné la guerre». Les employés restent lucides. L’avenir n’est pas aussi radieux que le résultat du scrutin pour la SSR. «Le résultat n’enlève rien au devoir de la RTS de se restructurer et de faire mieux», confie une employée.
Alors ce dimanche, certains employés RTS avaient besoin de vivre ensemble «ce moment historique» sur leur lieu de travail. Qui mieux que leurs collègues pour comprendre ce qu’ils traversent.
Le rassemblement ne dure pas longtemps. A 14h30, la cafétéria est déjà presque déserte. Quelques sandwiches et bouteilles trônent encore sur les tables. Les employés le savent: une nouvelle bataille s’ouvre, et ils ne pourront pas y échapper.