Vincent Kucholl, le premier seul en scène, courage ou masochisme?
Il y a cinq ans, je m’étais dit que je pourrais me lancer un challenge pour mes 50 ans, que j’ai eus en décembre dernier. Gravir le Cervin, par exemple. Sauf que j’ai un monstre vertige. L’échéance se rapprochant, je me suis dit que ce serait beaucoup trop de travail de surmonter un tel handicap. Alors peut-être que ce spectacle, c’est encore plus d’investissement, mais c’est mon petit Cervin à moi. Franchir ces deux caps, symboliquement, c’est chouette.
Et 50 ans, c’est chouette aussi?
Oui, c’est passé tout droit. Quarante ans, c’était plus dur. Aujourd’hui, je me sens plus posé, plus serein. A 40 ans, je n’avais pas encore d’enfants, peut-être que ça joue un rôle.
Comment décrire ce Spectacle de droite?
Précisons qu’il n’est pas vraiment de droite. J’espère qu’il a une dimension un peu citoyenne, civique. C’est de l’humour assez ancré, comme ce qu’on fait à la télé ou à la radio. La satire permet d’être critique, de poser des questions, de problématiser la réalité et, peut-être, de rendre un petit peu plus lucide sur certains comportements qu’on a tous. Ce n’est pas un spectacle militant à proprement parler, mais s’il pousse à réfléchir, ce n’est pas plus mal.
C’est quoi la Suisse pour vous?
La Suisse? Je pense d’abord à ses institutions qui sont un modèle, le fédéralisme, la démocratie directe, la concordance au niveau du gouvernement, la volonté d’intégrer des courants parfois assez opposés et d’essayer de trouver une voie médiane. La recherche du compromis peut être perçue comme quelque chose de mou. Parfois, ça peut aussi témoigner d’un manque de courage ou d’ambition. Mais ça garantit ou ça fait exister une forme de paix sociale qui est quand même assez agréable. Donc un système politique peu spectaculaire, assez chiant, lent, mais qui a le mérite de fonctionner vraiment très bien.
Votre personnage préféré parmi tous ceux que vous avez incarnés?
Une de mes ex trouvait que Serge Jacquet, le tox de la Riponne, était celui qui était le plus proche de moi.
«La symphonie des éclairs», de Zaho de Sagazan. A cause de ou grâce à ma fille. Elle était crochée sur «Respire», de Gaël Faye, et j’ai cherché une alternative. Maintenant, chaque fois qu’on est en voiture, on y a droit.
«La symphonie des éclairs», de Zaho de Sagazan. A cause de ou grâce à ma fille. Elle était crochée sur «Respire», de Gaël Faye, et j’ai cherché une alternative. Maintenant, chaque fois qu’on est en voiture, on y a droit.
C’était avant ou après la rupture?
Avant! Elle le disait avec tendresse. Elle trouvait qu’on partageait le même côté un peu zinzin, ce qui ne se voit pas tout de suite, parce que je suis plutôt réservé. Un de ceux que j’aime bien, c’est Reto Zenhäusern, que je joue dans ce spectacle. Je suis très éloigné de lui, on pourrait même dire que c’est un peu mon opposé, mais il a une puissance narrative, il ne doute de rien et peut asséner des choses sans aucune langue de bois. Sa vision du monde permet de dire plein de choses.
La mise en scène du spectacle revient à Vincent Veillon, votre éternel acolyte. Une pression de plus?
Une évidence. Un besoin, aussi, parce qu’il me connaît très bien. Et puis il y a un écran avec beaucoup de contenu vidéo, et il s’occupe aussi de toute la direction artistique. Je lui fais entièrement confiance, c’est rassurant de le savoir avec moi.
Vous travaillez ensemble depuis quinze ans. Combien d’engueulades durant ce laps de temps?
Je ne sais pas, peut-être une dizaine? On est un vieux couple qui fonctionne bien, et qui sait comment faire pour que ça marche.
Quelle personne rêveriez-vous d’interviewer dans la peau de l’un de vos personnages?
Barack Obama, dans la peau de Reto.
«L’ordre du jour», d’Eric Vuillard. Il décrit comment Hitler est arrivé au pouvoir. Un bouquin hyper-bien écrit, hyper-actuel.
«L’ordre du jour», d’Eric Vuillard. Il décrit comment Hitler est arrivé au pouvoir. Un bouquin hyper-bien écrit, hyper-actuel.
Votre plus grand moment de trac?
Une des toutes premières fois que je suis monté sur scène, en 2000. Un concours qui s’appelait Nouvelles Scènes. C’était organisé par La Première, au Théâtre de l’Echandole, à Yverdon. On avait fait un sketch avec deux potes et on avait gagné. La salle était pleine, 150 personnes. Juste avant la finale, j’ai eu cette sensation d’avoir les jambes coupées à partir du plexus. Et d’être complètement tétanisé. J’ai traversé les dix minutes qui nous étaient octroyées dans une sorte d’apnée hyper-désagréable. Ça ne m’est plus arrivé depuis.
Votre bonheur simple?
La nourriture! J’adore bien manger. De tout. Je n’ai pas de chapelle culinaire.
Que voudriez-vous que vos enfants retiennent de vous?
Que je les ai fait rigoler. Et que je leur ai appris la curiosité et l’esprit critique.
Votre épitaphe?
«Noir.» Ce qu’on dit à la fin d’un spectacle, pour plonger la salle dans l’obscurité.
Informations: «Un spectacle de droite», jusqu’au 13 juin 2026, Théâtre Boulimie, unspectaclededroite.ch
Cet article a été publié initialement dans le n°22 de «L'illustré», paru en kiosque le 28 mai 2026.
Cet article a été publié initialement dans le n°22 de «L'illustré», paru en kiosque le 28 mai 2026.