Drame familial à Faoug (VD)
Le frère du suspect témoigne: «Je ne peux pas dire pourquoi il a fait ça»

Mardi, à Faoug (VD), un homme de 25 ans, souffrant de troubles mentaux, aurait agressé sa famille. La mère a succombé à ses blessures vendredi. Bahrudin, 30 ans, est le frère de l’agresseur. Il a accepté de témoigner.
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Bahrudin, 30 ans, a perdu sa mère il y a quelques jours.
Photo: DR
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Sandro Zulian et Qendresa Llugiqi

La petite communauté de Faoug, dans le canton de Vaud, au bord du lac de Morat, a été secouée par un homicide en milieu de semaine. «Il a sonné à la porte et puis il a fait cette connerie», raconte Bahrudin, le frère de l'auteur des faits, à Blick. 

Mardi soir, Bernard*, 25 ans, sonne chez ses parents, à Faoug. Lorsque la porte s'ouvre, le jeune homme se jette sur sa famille, une arme blanche à la main. Le père, âgé de 48 ans, et la mère, 52 ans, ont été grièvement blessés. La grand-mère a été blessée au visage tandis que l'une des sœurs a réussi à s'échapper.

L'agresseur présumé a ensuite pris la fuite et tenté de voler la voiture d'un voisin. Mais le moteur n'a pas démarré. Le voisin est sorti de chez lui, armé d'une batte de baseball, incitant le voleur à prendre la fuite. La police a alors lancé une vaste opération de recherche pour retrouver l'agresseur avant de lever l'alerte, le lendemain matin. La gendarmerie et la police des transports ont arrêté Bernard à Genève.

Mais vendredi, la famille a reçu une nouvelle dévastatrice: la mère a succombé à ses graves blessures, selon la police cantonale vaudoise.

«Je ne voulais pas voir mes parents allongés par terre»

Bahrudin, 30 ans, le frère de l'auteur présumé des faits et fils de la défunte, s'exprime lentement, le regard fixe. Il cherche les mots justes avant de s'exprimer et de demander: «Qu'est-il arrivé à cet homme? Car ce n'est plus mon frère.»

«
Je suis furieux. Je ne peux pas dire pourquoi il a fait ça. On nous avait pourtant mis en garde à plusieurs reprises.
»

Le soir du drame, Bahrudin a reçu un appel bouleversant de la part de son père. En l'espace de quelques minutes, il était arrivé chez ses parents. «Il y avait déjà trois ambulances. Je ne suis pas entré; je ne voulais pas voir mes parents et ma grand-mère allongés par terre», déclare-t-il.

Bahrudin a déjà perdu sa femme

Bahrudin a lancé une collecte de fonds sur la plateforme happypot.ch. Samedi après-midi, près de 5000 francs avaient déjà été récoltés pour cette famille traumatisée. «Mes parents ne peuvent pas retourner dans cette maison. Nous devons aller de l'avant.»

Bahrudin a une sœur de 23 ans et deux autres sœurs adolescentes. L'une d'elles a été témoin de l'attaque. Leur père est toujours hospitalisé pour de graves blessures, mais ses jours ne sont plus en danger. «Il peut marcher et parler, mais il est traumatisé.» Il faudra peu à peu se tourner vers l'avenir, estime Bahrudin : «Nous devons maintenant rester solidaires. Nous devons voir au jour le jour comment ça se passe.»

Lors de la conversation, Bahrudin semble résolu, calme et maître de lui-même. La raison n'en est pas moins tragique. Il y a deux ans, il a perdu sa femme, la mère de ses deux enfants. Aujourd'hui, à la suite de cette nouvelle épreuve dévastatrice, il ne souhaite pas s'étendre sur les événements passés, même si l'expérience qu'il a acquise lui est aujourd'hui précieuse.

«Je sais ce dont on a besoin dans ces moments-là. Quand quelqu'un meurt, on a besoin d'aide. Il faut des vêtements neufs, de l'argent pour les funérailles. Il y a tant de choses auxquelles il faut penser...» Son sens du devoir le guide: «Je n'ai pas le choix. Je dois m'en occuper. C'est moi le chef de famille maintenant.»

«Cela devait finir par arriver»

Bahrudin parle de l'agresseur présumé avec une profonde douleur dans la voix. Cet homme, qu'il ne peut plus considérer comme un frère, était atteint d'un trouble mental. «Cela devait finir par arriver. Je suis furieux.» Bernard était sous curatelle. «Je ne peux pas dire pourquoi il a fait ça. On nous avait pourtant mis en garde à plusieurs reprises.»

Bernard était pris en charge dans un établissement psychiatrique pour y suivre un traitement. Bahrudin estime que c'était la bonne chose à faire. En revanche, le fait que Bernard pouvait quitter cet établissement à tout moment était, selon lui, une erreur. «Je trouve qu'en Suisse, nous sommes trop laxistes en matière de troubles psychiques. Les personnes dangereuses doivent être placées dans un établissement fermé.»

Sa mère était «une femme extraordinaire, une mère formidable». Bahrudin aimerait comprendre ce qui a poussé son propre frère à commettre un tel acte. Avec l'aide d'un avocat, il souhaite consulter le dossier médical de son frère: «Je suis prêt à me présenter devant n'importe quel tribunal pour cela. Ce n'est pas pour l'argent, mais pour ma mère. Je veux aller de l'avant pour ma famille.»

*Nom modifié

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