«Aujourd’hui à Romanel-sur-Lausanne (VD), j’ai été confrontée à une vision d’un autre âge», écrit à Blick une lectrice, ce mercredi 27 mai. La Lausannoise s’est retrouvée nez à nez avec «trois poteaux plantés dans un champ, avec au bout, des corbeaux morts suspendus par les pattes», lors d’une balade dans de la commune qu’elle a longtemps habité.
Les photos qu’elle partage ont de quoi heurter certaines sensibilités. Selon ses observations, il s’agit bien de vrais oiseaux. «C’est un chemin que j’emprunte fréquemment avec mon fils. Ça me révolte de voir ça. Je ne peux pas comprendre qu’on place un animal mort dans cette position», s’offusque la Vaudoise.
Méthode légale, mise en avant par le Canton
«Il s’agit très vraisemblablement de corneilles et non de corbeaux», précise Leo Richard, porte-parole de Pro Natura en Suisse romande, lorsqu’on le confronte aux images. Evidemment, ce n’est pas de la déco: ces épouvantails servent à faire fuir les corneilles et les corbeaux freux, qui ravagent les cultures en cette période de semis.
Et cette méthode de pendaison d’oiseaux au vu de tous est légale. «Les dépouilles de corneilles sont autorisées par la loi comme mesures d’effarouchement, continue le défenseur de la nature. Les cantons encadrent la pratique, mais la plupart insistent sur son caractère heurtant pour la population et recommandent les mesures alternatives qui existent.»
Pour autant, ce n’est sans doute pas l’agriculteur en charge de cette parcelle qui a lui-même tué les oiseaux pour en faire fuir d’autres. Dans son «Plan d’action corvidés en milieu agricole» de 2025-2027, adopté par le Conseil d’Etat vaudois, la Direction générale de l’environnement (DGE) indique qu’il revient au corps de police faune-nature – les gardes-faunes cantonaux – de tirer les corneilles et de les remettre à l’exploitant.
Le «recours aux dépouilles de corneille est l’une des mesures d’effarouchement» qu’on peut trouver dans ce document. De même que la «poursuite des tirs» sur «les parcelles faisant l’objet de dégâts avérés et/ou en cas de re-semis» fait partie des mesures du canton vis-à-vis des cervidés. Il est également précisé que «l’effet est meilleur lorsque lacorneille a été tirée dans le champen question» et qu’il ne faut pas déposer la dépouille au sol, car un renard risquerait de venir la chaparder.
«Important dans cette période de semis»
Garde-faune dans la région lausannoise, Stéphane Mettraux explique: «C’est surtout important dans cette période de semis, où certaines cultures sont ravagées par les corvidés, corbeaux freux et corneilles.» La pendaison est l’une des méthodes utilisées pour empêcher les oiseaux de picorer les cultures en devenir.
«En ce sens, on propose toujours d’autres alternatives d’effarouchement, comme des bruits et des épouvantails traditionnels. C’est d’ailleurs la diversification des mesures qui est le plus efficace», continue le garde-faune, conscient que cette méthode puisse choquer.
Généralement, notamment à Romanel-sur-Lausanne, les corneilles mortes sont fournies par la Direction générale de l’environnement (DGE). «Les agriculteurs peuvent faire appel à la DGE. Les corneilles sont issues de la chasse, qui est ouverte en ce moment, continue Stéphane Mettraux. Ce ne sont pas des grands corbeaux, qui eux sont des animaux protégés.»
Des méthodes plus respectueuses?
Toutefois, par son alerte, notre lectrice choquée souhaite ouvrir un débat sur les méthodes employées: «Il est grand temps d’évoluer et d’interdire ces pratiques barbares qui heurtent la sensibilité des passants, des enfants et de tous ceux qui respectent la nature.»
Et Pro Natura va dans son sens: «D’autres méthodes ont des effets meilleurs ou comparables. Les corneilles sont intelligentes et se rendent compte assez rapidement qu’il n’y a pas de danger.» Pour éviter de se résoudre à cette méthode, l’association de défense de la nature propose «d’installer des ballons gonflés ou des cerfs-volants en forme de rapaces qui ont des effets à moyenne durée et qui fonctionnent sous certaines conditions, par exemple la présence ou non de vent».
Pour Leo Richard, «l’idéal serait de miser sur la prévention en plantant des haies ou des bosquets à proximité du champ». De quoi offrir «des couverts aux prédateurs» des corneilles et faire en sorte que «les corvidés restent moins longtemps en raison de l’insécurité que cela génère». Point bonus: cela crée un espace de biodiversité supplémentaire.
«Cette méthode est légale, concède l’association. Mais on peut en effet s’interroger sur son acceptabilité auprès des passants et des passantes. Elle vient en outre renforcer le sentiment que la protection de la faune est incompatible avec l’agriculture, ce qui est contre-productif». Reste que notre lectrice juge qu'«infliger une telle vision publique est inadmissible» en 2026, soit «à une époque où la sensibilité et la protection des animaux sont au cœur des préoccupations citoyennes».