Les Vert-e-s Valais et leurs alliés lancent un référendum contre la mise en oeuvre de la Loi sur la société de gestion et d'exploitation de l'aéroport de Sion validée par le Parlement en mars. Trois mille signatures valides devront être déposées pour le 1er juillet.
Ce référendum cantonal est soutenu par le WWF Valais romand, l'ATE Valais, le POP, le PS du Haut-Valais et les Jeunes Vert-e-s valaisans.
En lançant cette récolte de signatures, les référendaires «souhaitent que la population puisse s'exprimer sur cette question», a souligné, jeudi en conférence de presse, le conseiller national écologiste Christophe Clivaz. «Notre démarche ne vise pas à fermer l'aéroport, mais à stopper son extension coûteuse. Le sauvetage aérien, la maintenance, la formation ainsi que le pôle d'innovation autour de l'aviation électrique peuvent perdurer sans nécessiter des investissements lourds financés par tous les contribuables valaisans.»
«Au service des ultra riches»
«Pour le POP, il s'agit d'un projet financé par tous au bénéfice de peu», a résumé son vice-président, Yves Niveaux. «L'aéroport de Sion est une infrastructure au service des ultra riches», a ajouté Julien Bagnoud, membre du comité des Jeunes Vert-e-s Valais.
«L'an dernier, 39'587 passagers ont été transportés en avion, à Sion, soit une moyenne de 108 personnes par jour. A contrario, ce sont 26'600 voyageurs qui prennent le train quotidiennement à Viège», a imagé le vice-président de la section haut-valaisanne du PS, Sebastian Werlen. Le référendum est également soutenu par la section sédunoise du PS mais pas par le PS du Valais romand.
La question du réchauffement
«En misant sur le développement de l'aéroport, le Valais participe à cette tendance pernicieuse en profondes contradictions avec les objectifs climatiques du canton et les efforts demandés à la population en matière de réduction de notre empreinte écologique», a estimé Marie-Thérèse Sangra. Et la secrétaire générale du WWF Valais romand d'étayer ses dires: «un vol aller-retour de Sion à Madrid émet environ 600 kg d'équivalent CO2, alors que pour limiter le réchauffement planétaire en-dessous de deux degrés, chaque personne ne devrait pas émettre plus de 600 kg d'équivalent CO2 par an.»
Pour Marie-Thérèse Sangra, «les nuisances dues au bruit des avions seront démultipliées et s'exerceront sur la population riveraine de l'aéroport.»
Trouver les signatures pour le 1er juillet
«Au vu du retard accumulé en particulier dans la mobilité douce quotidienne, investir dans un développement aéroportuaire pensé pour davantage de trafic commercial et de jets privés est une contradiction politique et budgétaire», estime, pour sa part, David Gugliemina, membre du comité de l'ATE Valais.
Lancé le 2 avril dernier, le référendum débouchera sur une votation populaire si 3000 signatures auront été validées par la Chancelerie cantonale. Le délai pour déposer les paraphes est fixé au 1er juillet.
Répartition du capital-actions
Le 12 mars dernier, la majorité de droite du Grand Conseil (103 voix contre 24 et 2 abstentions) avait validé une loi sur la société de gestion et d’exploitation de l’aéroport de Sion (LSGEAS) «visant à créer une structure capable d’atteindre l’équilibre entre l'utilité publique, la viabilité économique et la durabilité environnementale», selon le Conseil d'Etat. Dans la vision cantonale, la société de gestion et d’exploitation reprendra l’ensemble des collaborateurs de l’aéroport de Sion en son sein.
Selon les statuts de la société, le canton du Valais détiendra au moins 34% du capital-actions et la commune de Sion, 20%. En réalité, le canton prendra à sa charge 80% du capital-actions à la création de la société. De son côté, la Ville de Sion a également décidé de mettre à disposition de la future société les terrains et bâtiments sous forme d'un droit de superficie (DDP).
Toutes les communes sollicitées
Conformément à la loi sur les transports publics et la mobilité douce quotidienne, l’Etat du Valais finance actuellement, comme la Ville de Sion, 50% des charges, déficit d’exploitation inclus, et la moitié des investissements. Il est proposé que l'engagement du canton atteigne 70% dès le transfert de la concession fédérale d’exploitation à la société, contre 20% à la Ville de Sion et 10% aux autres communes du canton. «Le fait que des communes éloignées de Sion doivent payer est un bon argument pour signer notre référendum», sourit Sebastien Werlen (PS du Haut-Valais).
Créé en 1934 pour les besoins de l'aviation civile, l'aéroport de Sion est devenu un site à usage mixte civil et militaire à la suite d'un contrat signé le 22 décembre 1956. Depuis 2018, l’aérodrome de Sion s'est transformé en un aéroport civil avec des activités militaires dites prioritaires.