Le Contrôle fédéral des finances (CDF) a rendu son audit concernant le financement de la 3e correction du Rhône. Dans un rapport, le CDF légitime la suspension des subventions à l'Etat du Valais, à la suite de la révision du projet, en 2024.
«La 3e correction du Rhône constitue le plus grand projet de protection contre les crues de Suisse», rappelle le CDF dans un communiqué diffusé tard lundi soir. Destiné à protéger plus de 100'000 personnes et à empêcher des dégâts qui pourraient se chiffrer à environ 10 milliards de francs, ce projet a été approuvé en 2016 par les Chambres fédérales. Il s’étendra sur 870 hectares, dont des surfaces d’assolement importantes.
L'OFEV a fait son travail
En 2024, l'Etat du Valais a procédé à une révision du projet. En charge du dossier, le conseiller d'Etat Franz Ruppen milite pour réduire l'emprise de Rhône 3 sur les terres agricoles et pour limiter les coûts (3,6 milliards de francs, dont 2,1 milliards à la charge de la Confédération).
Le CDF a ainsi voulu vérifier si l’Office fédéral de l’environnement (OFEV) tient compte de manière adéquate des risques et des intérêts en jeu pour la Confédération. «L'audit a permis de constater que l’OFEV exerce activement sa surveillance et qu’il a atténué le risque financier pour la Confédération depuis 2022, grâce à la suspension des paiements octroyés pour les prestations préfinancées», peut-on lire dans le rapport.
Les Vert-e-s «l'avaient dit»
Le CDF a aussi vérifié si l’OFEV appliquait ses recommandations précédentes. C’est le cas de trois d’entre elles sur quatre. La recommandation qui n’a pas pu être mise en œuvre concerne les rétrocessions de subventions.
«Nous avons régulièrement dénoncé une révision menée dans des conditions opaques, mis en garde contre les conséquences possibles pour le financement fédéral et questionné les déclarations systématiquement rassurantes de Franz Ruppen. Le rapport du CDF vient confirmer ces inquiétudes», estiment dans une prise de position, mardi, les Vert-e-s Valais.
Dans son rapport, le CDF a rappelé que le financement fédéral repose sur le projet de 2016 et constate que, si la révision s'en écarte trop fortement, un nouveau message du Conseil fédéral et une nouvelle approbation du Parlement seront nécessaires.
Davantage de transparence demandée
Les Vert-e-s ont également toujours critiqué la manière dont le canton a procédé à la révision du projet: «ni l’OFEV, ni le canton de Vaud, ni les associations environnementales, ni les experts fédéraux en aménagement des cours d’eau n’ont été activement associés à l’élaboration de l’analyse initiale. Quant à leur implication dans le processus de révision encore en cours, le flou reste total.»
Les écologistes valaisans veulent désormais du concret de la part de Franz Ruppen. Ils demandent de la transparence sur le processus de révision et l'implication de toutes les parties prenantes, des décisions fortes pour garantir le financement cantonal et préserver le financement fédéral, des choix courageux concernant les surfaces d'assolement ainsi qu'une véritable coordination pour rétablir la confiance avec la Confédération.
Franz Ruppen calme le jeu
De leur côté, les organisations Pro Natura, WWF et la FCVPA (la Fédération cantonale des pêcheurs amateurs) appellent, dans un communiqué, «à un abandon de ladite révision et à une mise en œuvre sans délai du projet d’aménagement adopté en 2016.»
«Les conclusions de l’audit portent sur des éléments déjà connus», rappelle le conseiller d'Etat, interrogé par Keystone-ATS. «Le rapport ne remet en cause ni la nécessité de R3, ni ses objectifs de protection», ajoute-t-il.
Et Franz Ruppen de poursuivre: «cet audit confirme en revanche plusieurs de nos préoccupations qui ont d’ailleurs motivé la révision du projet, en particulier le défi lié aux surfaces d’assolement. La révision vise précisément à apporter des réponses à ces difficultés et à garantir un projet réalisable, conforme et financièrement soutenable sur la durée.»
«Notre volonté n’est pas de s’écarter du projet présenté, mais justement de l’actualiser afin de permettre sa réalisation sur la durée», conclut l'élu UDC. La suspension des versements et les rétrocessions demandées ne remettent pas en cause le financement des tâches prévues, selon lui.