Coup de maître pour la petite salle
Comment les Docks ont réussi à faire revenir Fontaines D.C.

Le groupe irlandais Fontaines D.C. remplit désormais des arenas et les affiches des plus grands festivals. Pourtant, il a choisi de revenir les 17 et 18 août dans l'intimité des Docks, à Lausanne. Comment une salle de 1000 places a-t-elle réussi ce joli coup?
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Les Docks mettent un point d'honneur à accueillir le public et les artistes. Sans surprise, les uns comme les autres aiment y revenir.
Photo: KEYSTONE

En bref

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  • Fontaines D.C., désormais habitué aux arenas et aux grands festivals, a choisi de revenir pour deux soirs dans l’intimité des Docks, à Lausanne.
  • Le succès est tel que des fans venus de toute l’Europe, et même du Texas, ont fait le déplacement pour voir le groupe au plus près.
  • Pour la salle lausannoise, ces concerts complets sont aussi la récompense d’une programmation pointue et d’un accueil qui lui valent une vraie crédibilité internationale.
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Lucie FehlbaumCheffe de la rédaction Actualité de Blick Romandie

Il y a des Texans, des Allemands, des Espagnols, des Anglais, des Ecossais et, évidemment, des Irlandais. Beaucoup d'Irlandais. Ce lundi 17 août, le petit bout de Lausanne qui entoure les Docks a pris des airs de rassemblement international. Tous sont venus pour la même raison: voir Fontaines D.C. de beaucoup, beaucoup plus près qu'ils ne devraient désormais en avoir l'habitude.

Les Espagnols rencontrés dans la salle en surchauffe assurent qu'ils iraient partout pour leur groupe préféré. Des Allemands, de passage à Lausanne, n'ont pas résisté à l'occasion. Un Anglais résume mieux que quiconque le privilège du soir: «On a l'impression de pouvoir le toucher», dit-il à propos du chanteur Grian Chatten. Sa copine écossaise abonde: «On n'aura plus jamais l'occasion de les voir de si près.»

Docks, drague et rock'n'roll

Et puis il y a cette Anglaise qui tente sa chance avec un grand bonhomme dont l'accent trahit immédiatement les origines irlandaises, dehors, pendant une petite pause cigarette. Elle lui explique qu'elle a fait spécialement le voyage pour Fontaines D.C. Lui aussi est fan? «Non, mais ma femme oui. Je vais aller la rejoindre», répond-il avec un sourire en coin. Loupé.

Bienvenue aux Docks de Lausanne, salle mythique de 1000 places. Et, pendant deux soirs, probablement l'un des endroits les plus enviables et enviés d'Europe pour les fans et les programmateurs de rock.

Deux ans pour changer de dimension

Lundi 17 août, premier des deux soirs de Fontaines D.C. à Lausanne, la journée commence tôt devant les Docks. Bien avant l’ouverture des portes, des fans patientent déjà sous la pluie lorsque l’équipe de la salle arrive au travail. Tous espèrent la même chose: entrer parmi les premiers et se rapprocher au maximum de leurs idoles.

Deux ans plus tôt, lors de leur dernier passage en terres vaudoises, Fontaines D.C. était déjà très loin du petit groupe confidentiel. Mais personne ne passait encore sa journée à attendre son apparition devant les Docks.

Depuis, la trajectoire s'est sérieusement emballée. Fontaines D.C. est désormais de ceux qui remplissent des arenas et occupent le haut des affiches des grands festivals. Une ascension assez réjouissante à une époque obsédée par les succès viraux. Formé à Dublin par des étudiants en musique, le groupe s'est bâti à l'ancienne, en jouant, encore et encore, jusqu'à se faire une place sur la scène internationale.

Quelques jours après Lausanne, il doit ainsi rejoindre les mastodontes britanniques Reading et Leeds. A l'échelle de cette nouvelle vie, deux concerts de 1000 personnes dans une salle lausannoise ont presque quelque chose d'incongru.

Pourquoi Fontaines D.C. est revenu à Lausanne

Alors comment les Docks ont-ils réussi ce gros coup? La réponse est moins rocambolesque qu'on pourrait l'espérer. Pas de négociation secrète, de coup de poker ou de programmateur ayant harcelé un agent pendant six mois.

«C'est l'agence de booking Takk AB Entertainment, avec qui nous travaillons toute l'année et qui représente le groupe en Suisse, qui nous l'a de nouveau proposé», explique à Blick Laurence Vinclair, directrice et programmatrice des Docks.

Fontaines D.C., qui connaissait déjà l'adresse, avait visiblement envie d'y revenir. «La production du groupe et le groupe lui-même avaient bien apprécié notre salle, confirme la directrice. Nous mettons un point d'honneur à accueillir correctement les artistes et le public. Et ça porte ses fruits.»

La rentrée des Docks se retrouve ainsi propulsée quelques étages au-dessus d'une reprise ordinaire. «C'est un peu particulier pour nous, nous reprenons les concerts après la pause estivale avec ce gros groupe.»

Le groupe a grandi, pas la caravane

Le plus étonnant est peut-être ce qui n’a pas changé. Fontaines D.C. remplit désormais des salles autrement plus imposantes, mais «le nombre de personnes sur la route n'a que peu augmenté en deux ans finalement. Ce sont plus les attentes en termes d'accueil technique et d'hospitalité qui sont plus importantes», constate Laurence Vinclair.

Le temps et l'argent sont peut-être moins négociables qu'à l'époque . «C'est clair que les dates étaient à prendre ou à laisser, il n'y avait pas de flexibilité vu le planning chargé du groupe». Et «le cachet a bien évidemment augmenté depuis 2024», confirme la directrice des Docks.

Ils auraient pu jouer trois soirs

Parmi tous les concerts programmés aux Docks cette année, Fontaines D.C. est celui qui a suscité le plus d'engouement. «Les billets pour ces deux concerts se sont vendus extrêmement rapidement, raconte Laurence Vinclair. Nous aurions certainement pu faire une troisième date vu la demande.»

Jouer deux fois aux Docks était un choix délibéré. Faire «deux dates dans une petite salle plutôt qu'une seule dans une plus grande salle est une manière de faire encore des concerts intimes avant de se lancer dans les arenas», analyse la directrice de la salle lausannoise.

Tout le monde veut revenir aux Docks

Pour les Docks, réussir à faire revenir un groupe après son explosion dépasse le plaisir d'offrir deux belles soirées au public lausannois. «C'est très gratifiant pour l'équipe et c'est une reconnaissance de son travail», confie Laurence Vinclair. Mais il y a également un enjeu moins visible: la réputation des Docks auprès de l'industrie musicale. «C'est aussi une très bonne promotion de la salle à l'international. Cela nous permet d'avoir une certaine crédibilité auprès du business.»

Cette crédibilité se construit précisément avec ce genre d’histoires. Un artiste passe une première fois, grandit, pourrait facilement aller voir ailleurs ou surtout plus grand mais revient, pour le plus grand plaisir des fans.

Fontaines D.C. n'est d'ailleurs pas le premier groupe à conserver l'adresse lausannoise dans son carnet après avoir pris de l'ampleur. «Nous avons eu plusieurs fois des têtes d'affiche qui ont souhaité revenir, comme dernièrement Feu! Chatterton ou Julien Doré il y a quelques années.»

Le principe des Docks tient finalement dans l'accueil chaleureux d'un public venu parfois du monde entier dans cette salle qui refuse, par sa taille, de devenir impersonnelle. Le prochain test sera très rock: le 26 août, les Australiens de Wolfmother sont attendus à Lausanne pour une soirée psyché, hard et heavy.

Quant aux fans inconditionnels de Fontaines D.C., ils s'envoleront peut-être pour l’Angleterre pour suivre leur groupe vraiment partout. Les Irlandais seront tête d’affiche à Reading le vendredi 28 août, puis à Leeds le lendemain. Mais cette fois, pour tenter d’approcher Grian Chatten, il faudra composer avec une foule de plusieurs dizaines de milliers de personnes.

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