Après un cambriolage
A Sion, un garagiste accusé de détournement et de corruption

Un garagiste valaisan est jugé pour avoir détourné de l’argent issu d’un vol dans le coffre-fort d'un octogénaire en 2015. Il nie toute implication, tandis que le Ministère public requiert 20 mois de prison avec sursis.
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Le garagiste est accusé d'avoir détourné de l'argent qui a été volé par des tiers chez un octogénaire en avril 2015.
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ATS Agence télégraphique suisse

Un garagiste du Valais central est accusé d'avoir détourné de l'argent qui a été volé par des tiers dans le coffre-fort d'un octogénaire. Braqué le 30 avril 2015, l'infortuné est resté attaché à une chaise durant six jours à son domicile, avant d'être sauvé.

Devant le Tribunal cantonal (TC) valaisan lundi à Sion, le prévenu a dû répondre de vol, de violation de domicile, d'instigation à faux dans les titres, d'instigation à violation du secret de fonction et d'infraction à la loi fédérale sur les stupéfiants. En première instance, le tribunal d'arrondissement de Sierre l'avait condamné à 20 mois de prison avec sursis durant trois ans. Lundi, la procureure Liliane Mottier Bruttin a demandé le rejet de l'appel et la confirmation du jugement.

Les faits se sont produits le 30 avril 2015 à Crans-Montana. Un retraité de 82 ans, qui possédait un coffre-fort à son domicile, a été braqué. L'octogénaire a ensuite été ligoté et laissé sans secours dans son appartement pendant six jours avant d'être secouru.

Un policier ripou

Le coffre-fort volé a ensuite été confié au prévenu, qui n'était pas à Crans-Montana durant le brigandage, selon le Ministère public. Lorsque ses deux complices sont revenus le trouver quelques jours plus tard dans son garage, il leur a indiqué que l'objet était vide. Ses deux comparses se sont alors emportés, le prévenu les a calmés en leur donnant 1200 francs à chacun.

En 2020, le nom du prévenu est ensuite apparu dans une série d’arrestations, sur fond de trafic de drogue qui a révélé l’implication de deux garagistes du Valais central et d’un policier, Ce dernier a d'ailleurs écopé de 15 mois de prison avec sursis.

Selon l'acte d'accusation, le prévenu a ainsi obtenu des informations sur des techniques de filatures, sur le brigandage de Crans-Montana, mais aussi sur le fait qu’ils étaient soupçonnés, avec son collègue, de s’adonner à du trafic de stupéfiants.

Toujours selon l'accusation, les deux garagistes ont également organisé des soirées libertines dans un chalet de luxe à Crans-Montana entre 2016 et 2019.

Aucun fait reconnu

Devant le Tribunal cantonal, le prévenu a assuré qu'il n'avait «rien à voir avec cette histoire». En outre, le prévenu a précisé n'avoir pas demandé à son comptable de falsifier les comptes de son entreprise.

L'homme a également refusé de reconnaitre une quelconque corruption d'un agent de police: «Je l'ai vu une fois, à son domicile. Ce n'est qu'en 2020, lorsque j'ai été arrêté que j'ai su qu'il travaillait à la police.» Le ressortissant kosovar s'est également dit étranger à la présence de cocaïne lors de soirées libertines co-organisées à Crans-Montana.

«Terrain extrêmement glissant»

«Le brigandage, c'est le noyau dur de cette affaire», a rappelé la procureure Liliane Bruttin Morrier lors de sa plaidoirie. «Il a entraîné le prévenu sur un terrain extrêmement glissant dans lequel il a fini par s'embourber, se fabriquant plusieurs alibis. C'est une véritable saga avec comme point d'orgue un policier ripou.»

«Les indices sont légion pour le relier avec ce brigandage», a poursuivi la représentante du MP qui n'a pas retenu, contre l'inculpé, le séquestre de l'octogénaire. Sur ce point, un tiers a été condamné à 50 mois de prison ferme.

Aquittement plaidé

Pour le défenseur du prévenu, Philippe Pralong, «le doute et la présomption d'innocence doivent mener à l'acquittement. Mon client n'est pas un bandit de grand chemin. Pourquoi aurait-il pris autant de risque?»

L'avocat a démonté le jugement de première instance durant 1h45, notamment les déclarations de l'un des malfrats ayant ligoté l'octogénaire. «Pourquoi retenir davantage sa version plutôt que celle de mon mandant?», s'est interrogé Me Pralong.

Le Tribunal cantonal rendra son verdict à une date qui n'a pas été communiquée.

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