Un Français a comparu vendredi devant le Tribunal cantonal à Sion. Il est accusé de proxénétisme et d'avoir poussé une de ses ex-compagnes à la folie. Le Ministère public a plaidé pour une peine de 50 mois de prison ferme, son avocat pour un acquittement.
Le prévenu a dû répondre de contrainte, d'utilisation abusive d'une installation de télécommunication, de violation de secrets privés, d'injure, de menaces, d'induction de la justice en erreur, de violation de domicile, de violation du domaine secret au moyen d'un appareil de prise de vues, de soustraction de données personnelles, de contravention à la loi fédérale sur les armes, de lésions corporelles simples, de voies de fait, de diffamation et d'encouragement à la prostitution.
En première instance, le Tribunal de Martigny l'avait condamné à une peine de 50 mois de prison ferme et une expulsion de sept ans du territoire suisse. Un second accusé avait été acquitté de l'accusation de complicité de contrainte.
Objectif: l'isolement
Le principal prévenu a fait la connaissance d'une jeune femme à l'été 2022. De juin à décembre 2023, ils ont vécu ensemble. Durant ce laps de temps, l'homme a souhaité qu'elle arrête le sport, qu'elle n'aille plus boire de verres avec ses collègues de travail et qu'elle retire ses contacts masculins des réseaux sociaux.
Il a tenté de convertir la femme à l'islam et lui a notamment demandé de porter le voile. Il a également tout fait pour se marier rapidement. Devant son insistance, son ex-compagne a choisi de le quitter.
Dès lors, l'homme a tenté de la faire passer pour folle. Selon l'acte d'accusation, il a d'abord piraté son téléphone portable, parvenant à lui faire croire qu'elle était atteinte de somnambulisme car envoyant des messages en pleine nuit. Il a ainsi réussi à lui prendre rendez-vous chez un psychiatre et à obtenir la cession de son bail en expliquant que son ex était devenue folle.
Peu coopératif
Le prévenu a également filmé son ex-compagne et diffusé des photos d'elle en sous-vêtements, via les réseaux sociaux. Depuis un téléphone tchèque, il lui a adressé environ 200 textes menaçants et quelque 100 messages injurieux, l'invitant à se mutiler et à se suicider. Hospitalisée à plusieurs reprises, la jeune femme a fini par se rendre compte du pot aux roses.
Entre 2022 et 2023, l'accusé a poussé une autre de ses anciennes petites amies à se prostituer. Celle-ci a effectué une cinquantaine de passes pour un total de 23'000 francs. Elle lui a également remis à bien plaire 12'000 francs.
Devant le Tribunal cantonal, le prévenu a régulièrement asséné la même réponse: «je me suis déjà exprimé à ce sujet.» Il a contesté avoir pris le contrôle du portable de l'une des plaignantes et d'avoir transmis un certificat médical au bailleur de son ex, sans son accord. En fin d'audience, il a tout de même adressé quelques excuses à la femme qui s'était prostituée.
«Absence d'indices concordants»
Son avocat Jean-Valéry Gilliéron a requis l'acquittement, estimant que le Tribunal de Martigny avait violé la notion de présomption d'innocence. Il a mis en exergue «une absence d'indices concordants», dans cette affaire. L'avocat s'est élevé contre les diverses mises en scène retenues par le ministère public et a plaidé contre l'ensemble des autres chefs d'accusation, notamment la contrainte, la lésion corporelle simple et la calomnie.
La substitute de la procureure Léa Monzione a, elle, rappelé les déclarations contradictoires, extravagantes et fluctuantes de l'accusé: «Il a menti, créé des liens machiavéliques, fait preuve de chantage, d'atteinte à la liberté et à l'intégrité corporelles, mentale et sexuelle pour la seconde victime. Son comportement est inadmissible et inexcusable. Il n'a aucune circonstance atténuante.»
Requalification requise
Pour Valentin Descombes, l'avocat de la principale plaignante, «cette affaire est digne d'un scénario hollywoodien, une histoire abracadabrante, folle, pourtant plausible et riche de rebondissements».
«L'aplomb du prévenu à nier l'évidence et son abnégation dans le crime, questionne. Encore aujourd'hui, ma mandante effectue des recherches après chacune de ses rencontres, afin de s'assurer de n'être pas tombé sur quelqu'un qui lui veut du mal.»
Sa consoeur Marie Mouther a plaidé pour la requalification d'une partie des faits: «le tribunal de première instance a refusé de reconnaitre la réalité moderne de l'esclavage en ne retenant pas la traite d'êtres humains. Avec ma cliente, le prévenu a vu une faille à exploiter. Il l'a isolée, monopolisé son espace mental et fait du chantage au suicide.»
Le verdict sera connu ultérieurement.