Mauro Poggia s'inquiète
«La CICAD pourrait au moins balbutier une petite critique contre Israël»

Le sénateur Mauro Poggia (UDC/MCG) reproche à la CICAD son silence face aux crimes israéliens, et y voit un manquement au devoir de mémoire. Selon lui, les statistiques de la CICAD sur l'antisémitisme doivent être contrôlées et soumises à une exigence de transparence.
1/2
Selon Mauro Poggia, la CICAD n'affiche pas la défense d'Israël dans ses statuts depuis qu'elle touche des subventions.
Photo: KEYSTONE
Chroniques Teaser (2).png
Myret ZakiJournaliste Blick

Mauro Poggia, député genevois au Conseil des Etats, a échangé maints reproches et désaccords, ces derniers mois, avec la CICAD, la Coordination intercommunautaire contre l’antisémitisme et la diffamation. Les échauffourées ont concerné la ligne de cette dernière, représentée par son secrétaire général Johanne Gurfinkiel, au sujet de Gaza et de la critique d'Israël. Une ligne qui veut criminaliser l'antisionisme au même titre que l'antisémitisme, sujet sur lequel Blick est revenu ce jour

Le conseiller aux Etats UDC/MCG n'a par ailleurs pas goûté le dessin animé publié le 14 avril par la CICAD sur sa page Facebook, jugeant que l'argent des contribuables n'a pas à financer de telles campagnes. 

Contenu tiers
Souhaitez-vous voir ces contributions externes (par exemple Instagram, X et d'autres plateformes) ? Si vous acceptez, des cookies peuvent être installés et des données peuvent être transmises à des fournisseurs externes. Cela permet l'affichage de contenus externes et de publicités personnalisées. Votre décision s'applique à l'ensemble de l'application et peut être révoquée à tout moment dans les paramètres.

Celui-ci met en scène Sophia Aram, l'humoriste française, qui défend le travail de la CICAD, représentée comme un canari, face à ses détracteurs de la «mine romande», représentés comme des corneilles. Mauro Poggia répond à Blick.

Contenu tiers
Souhaitez-vous voir ces contributions externes (par exemple Instagram, X et d'autres plateformes) ? Si vous acceptez, des cookies peuvent être installés et des données peuvent être transmises à des fournisseurs externes. Cela permet l'affichage de contenus externes et de publicités personnalisées. Votre décision s'applique à l'ensemble de l'application et peut être révoquée à tout moment dans les paramètres.

Êtes-vous engagé dans une croisade contre la Cicad? Vous lui avez consacré plusieurs posts et chroniques?
Absolument pas. La lutte contre l'antisémitisme n'est pas à remettre en question. J’ai réagi une première fois à l’amalgame que fait la CICAD, et à l’absence de nuance de son discours, mais cette association est plus prompte à la critique qu’à l’introspection, et son secrétaire général s’est plu à faire passer à l’étranger la Suisse pour un pays où l’antisémitisme progresse impunément, ce qui m’a fait également réagir.

Quels reproches adressez-vous aujourd'hui à la CICAD?
La CICAD est en train de prendre un biais assez inquiétant. A la base, en plus de lutter contre l'antisémitisme, elle luttait contre la «diffamation d'Israël», mission qui figurait dans ses statuts, faisant alors ouvertement l’amalgame entre Israël et la communauté juive. A l’évidence, ce but statutaire a été supprimé au moment où la CICAD a demandé une subvention de la Ville de Genève. Sauf qu'aujourd'hui encore, le discours de Johanne Gurfinkiel est assez ambivalent, car il dit qu'on peut critiquer la politique d'Israël, mais qualifie d'antisémite l'antisionisme, qu'il décrit comme étant le fait de prôner la destruction d'Israël. Or c'est faux. Aujourd'hui, le sionisme tel qu'il est utilisé dans la bouche des gens n'a plus cette signification.

Que signifie selon vous le sionisme aujourd'hui?
Il se réfère au sionisme expansionniste qui vise à éliminer toute population non juive, dans un pays qui a édicté une loi en 2018 qui fait d'Israël l'Etat du peuple juif. Le sionisme a en effet évolué vers une vision messianique du territoire que devait recouvrir Israël. C’est la vision de l’extrême-droite israélienne, que je nomme «expan-sionisme». Son objectif est de conquérir un territoire bien plus vaste, et d’en évacuer, si besoin par la force, la population. Critiquer ce sionisme-là n’implique pas la volonté de nier l’existence d’Israël, mais de s’opposer à ce neo-colonialisme suprémaciste. Ce n’est à l’évidence pas l’expression moderne de l’antisémitisme, comme la CICAD l’affirme péremptoirement dans ses statuts actuels.

«
On n'entend pas la CICAD lorsqu'Israël déshumanise les Palestiniens, avec les mêmes procédés qui avaient mené à la Shoah
»

Admettez-vous que parfois, l'antisionisme sert de paravent à un antisémitisme bien réel?
Il est évident que certains antisémites peuvent utiliser le discours antisioniste pour exprimer leur perversion. Mais généralement, ils se démasquent eux-mêmes, tôt ou tard. Cela ne permet pas de dire inversement que tous les discours antisionistes sont le fait d’antisémites.

La CICAD devrait-elle se montrer plus critique d'Israël?
On ne leur dit pas de critiquer Israël, mais de temps en temps au moins de balbutier une petite critique, de balbutier un signal d'alarme. Or, on ne les entend pas lorsqu'Israël se livre à des processus de déshumanisation, ceux-là mêmes qui ont mené à l'époque à la Shoah, et qui mènent aujourd'hui des ministres israéliens à parler des Palestiniens comme de sous-hommes ou d'animaux. Le devoir de mémoire est indispensable, mais il faut qu'il serve à tirer la leçon des morts de la Shoah pour que ça ne se répète plus.

Pour que cela ne se répète plus avec d'autres aussi, comme les Palestiniens?
C'est toute la question justement. La CICAD lutte-t-elle pour que ça ne se reproduise plus à l'égard de la communauté juive uniquement, ou pour que ça ne se reproduise plus à l'égard d'aucune communauté dans le monde? Si leur humanité se limite uniquement à leur propre communauté, qu'ils ne se drapent pas dans une humanité universelle. Qu'ils ne disent pas 'plus jamais ça', mais qu'ils disent 'plus jamais ça, avec nous'. Et cela, je peux l'entendre. Mais il faut le dire clairement. Ce qu'ils ne font pas, car ils reçoivent des subventions publiques.

Que penser des statistiques de la CICAD sur l'antisémitisme, s'ils incluent l'antisionisme?
Cela ouvre la porte à toutes les spéculations. Si on dit qu'il y a 36% de hausse des incidents antisémites, ce sont des statistiques alarmantes, qui sont largement reprises par tous les médias sans recul. Il faudrait au moins qu'on puisse les contrôler. S'il y a une croix gammée sur une tombe juive, évidemment on sera tous d'accord de qualifier cet acte d'antisémite. Mais quand on voit la définition de l'antisémitisme de la CICAD, qui est large, voire extensive, est-ce qu'on n'y inclut pas des faits qui sont l'expression d'une critique démocratique? Ces statistiques devraient être examinées par une entité indépendante.

Aujourd'hui, avec le mouvement open science, quand des chercheurs produisent des statistiques et qu'ils reçoivent des subventions publiques, ils sont tenus de mettre à disposition les données brutes, afin que les résultats soient reproductibles. Cette transparence ne devrait-elle être exigée de la CICAD, mais aussi de la Confédération, qui les reprend?
Oui, cela me semble essentiel. Il y a beaucoup de travail à Berne, mais je vais m'atteler à cet objectif. Les statistiques de la CICAD sont opaques, et il est déjà impossible de savoir comment une hausse des actes antisémites de 36% est calculée. La transparence est nécessaire. 

Articles les plus lus