Monsieur le vice-président,
Le 3 janvier dernier, alors que j’avais publié, sur deux réseaux sociaux, ma tristesse d’abord, à la suite de la tragédie de Crans-Montana, précisant que depuis l’annonce de ce drame chaque seconde nos pensées allaient aux victimes, mais aussi, ensuite, ma consternation à l’égard de la décision du gouvernement israélien, d’interdire, dès ce 1er janvier, l’entrée à Gaza à 37 organisations humanitaires, avec pour conséquence programmée, la souffrance voire la mort pour des milliers de civils, livrés à eux-mêmes dans le froid, sous la pluie, sans soins et en manque de nourriture, et cela dans l’indifférence de la communauté internationale, focalisée, «à juste titre» disais-je, sur le Valais, vous vous êtes empressé d’opérer une capture d’écran de mon message, prenant soin de supprimer ma préoccupation exprimée pour les événements survenant en Iran, et ma crainte d’un bain de sang, de même que ma conclusion «triste début d’année 2026».
Vous avez alors, en publiant à votre tour mon message tronqué sur les réseaux sociaux, et bien au-delà, exprimé votre indignation face à ce que vous considériez un «cynisme glaçant» consistant selon vous à détourner une tragédie pour exprimer mon «obsession anti-israélienne et antisioniste», avec l’audace inqualifiable qui serait la mienne, de parler d’épuration ethnique à l’égard de la population palestinienne, terme pourtant repris d’un livre remarquable de l’historien israélien Ilan Pappé, et ce faisant, me rendant coupable de procéder à des amalgames alimentant un discours de haine.
Votre publication fut tellement bien calibrée et relayée, qu’elle a suscité une multitude de messages de haine à mon égard, y compris en hébreu, allant même jusqu’à des menaces de mort. En parlant de propagation de haine, vous êtes ainsi passé maître en la matière.
Si je veux bien croire que certaines indignations étaient sincères, et c’est d’ailleurs conscient que le moment de m’exprimer n’était sans doute pas opportun, que j’ai retiré ma publication trois heures après sa mise en ligne, j’ai trop de respect pour votre intelligence pour penser que la vôtre n’était pas feinte. Votre accusation portait d’ailleurs, non pas sur le fait d’exprimer ma tristesse pour le drame de Crans – personne ne l’aurait comprise – mais sur ce que vous avez qualifié d’amalgame avec la situation à Gaza, m’accusant de «profiter» de la tragédie survenue chez nous pour exprimer mon «obsession» sur ce qui se déroule là-bas.
Une manipulation
En réalité, et vos interventions passées en sont autant de démonstrations, vous considérez, même si vous vous en défendez du bout des lèvres, la critique de la politique israélienne comme une expression nouvelle de l’antisémitisme. En me qualifiant de tel, vous vous assuriez d’une majorité d’index pointés contre moi. Je vous en ai donné le prétexte, vous l’avez saisi, par une manipulation indigne, qui cache mal votre aversion pour le politicien que je suis, qui, bien que ne pouvant être accusé d’appartenir à cette gauche que vous qualifiez d’islamophile, fait encore partie des rares personnes publiques qui osent intervenir sur le sujet, tant l’opprobre insidieusement orchestrée par la CICAD (Coordination intercommunautaire contre l’antisémitisme et la diffamation), notamment, instaure l’autocensure et le silence.
Voyez-vous, Monsieur le vice-président, je comprends que vous n’ayez toujours pas digéré mes critiques, pourtant mesurées, adressées à votre Secrétaire général, mais il se trouve cependant que les statuts de la CICAD, que vous représentez, ne laissent planer aucun doute quant au fait que vous luttez certes contre toutes les formes d’antisémitisme, et en cela vous avez mon soutien inconditionnel, mais en y ajoutant, «y compris l’antisionisme comme forme d’expression moderne d’antisémitisme».
Ainsi, en m’accusant d’antisionisme, votre message était clair pour tout lecteur averti quant au fait que je suis pour vous un antisémite et que je dois être banni pour cela. Quoi de mieux pour m’imposer un opportun silence. Vous n’ignorez pourtant pas que d’accuser quelqu’un d’antisémitisme est une atteinte à son honneur, et que lorsque l’on sait que l’accusation est fausse, ce n’est ni plus ni moins qu’une calomnie.
Mais pour vous, c’est un combat politique déguisé en combat moral, car comme cela est bien exprimé sur le site de la CICAD, l’antisionisme s’exprime selon vous par «la minimisation ou la négation du lien historique des Juifs avec la terre d’Israël». Votre combat n’est donc pas un sionisme qui exprime le droit à l’existence d’un Etat d’Israël, que seuls des fanatiques ou des inconscients pourraient nier, mais un sionisme messianique, revendiqué précisément par cette extrême droite au pouvoir actuellement en Israël, et par son bras armé que sont ces colons, qui revendiquent, usant de violence, une occupation des territoires de Gaza et de Judée-Samarie et l’expulsion de leurs habitants non Juifs, en refusant toute cohabitation, et encore moins une solution à deux Etats. C’est sans doute votre droit de mener ce combat, mais ne le travestissez pas en une lutte salutaire contre l’antisémitisme!
Indignation sélective et calculée
Certes le site de la CICAD indique désormais que la critique de la politique d’Israël doit être distinguée de l’antisionisme. Dont acte. Si ce n’est qu’il faut encore que cette critique soit «similaire à celle élevée contre n’importe quelle nation». En d’autres termes, il faut un juste équilibre dans les critiques, et celui qui critiquerait davantage Israël qu’une autre nation serait ainsi antisioniste… et donc antisémite. C’est pourquoi vous qualifiez ma critique d’obsessionnelle. Habile, mais grossier.
Car votre indignation est sélective et calculée. On ne vous a pas vu balbutier une réprobation pour les caricatures de Charlie-Hebdo, ou, en votre qualité de défenseur présumé de l’Etat de droit, vous indigner à l’égard du mépris exprimé par un nombre croissant de dirigeants à l’égard du droit international, voire de la résurgence de rafles indignes aux Etats-Unis. Non, votre indignation, que vous avez distillée avec habileté en sélectionnant mes propos, ne visait qu’une seule chose, discréditer ma critique.
Or, il y a des tragédies qui surviennent et qui nous bouleversent, mais que personne n’a voulues, même si les négligences des uns et des autres ont pu y contribuer. Il y en a d’autres qui sont organisées et voulues. Celles-ci peuvent être évitées, ou arrêtées quand elles perdurent. Il n’y avait donc pas d’amalgame de ma part, et aucune intention de comparer des souffrances. Uniquement de rappeler que ce 1er janvier 2026, nous nous sommes réveillés groggys par la nouvelle du drame de Crans-Montana, et que le même jour, le gouvernement israélien avait fait entrer en vigueur, dans l’indifférence générale, une mesure qui interdisait l’accès à Gaza à 37 organisations humanitaires, devant porter secours à des centaines de milliers de civils dans le dénuement le plus total. Je n’aurais sans doute pas dû, selon vous, le dire le 3 janvier, peut-être le 20, ou mieux jamais. Cela n’efface pas la triste réalité qui, à vous lire, ne semble pas vous émouvoir.
J’ai lu une récente publication de votre Secrétaire général appelant au débat d’idées. Si ce n’est pas un slogan, je serai toujours là pour cela.
Avec mes salutations.