Une vidéo virale crée l'émoi sur les réseaux sociaux depuis quelques jours. Et cela se déroule tout près de chez nous, à Lutry exactement, où un homme est accusé d'avoir cogné son chien en public. La scène s'est déroulée samedi dernier aux alentours de 11h00. Sur Tiktok, les images montrent un homme assis avec son animal sur une terrasse. On voit le canidé, attaché à une table, se précipiter sur un autre petit chien en lui aboyant dessus.
C'est là que les choses se gâtent: le chien se fait brusquement agripper par son propriétaire. La vaisselle posée sur la table se fracasse au sol. Il lui inflige ensuite un coup de talon, avant de le tirer par la laisse pour le maîtriser.
Selon des informations qui nous ont été confirmées, le propriétaire canin est le fondateur d'une importante chaîne de fitness et travaille actuellement dans un autre centre sportif lémanique.
«Il faut lui enlever son chien»
Les réactions n'ont pas tardé. La vidéo, massivement repartagée sur TikTok, a engendré près de 2000 commentaires. «Il faut le dénoncer et enlever son chien», fustige un utilisateur. «Ce genre de personnes ne devrait pas pouvoir posséder d'animaux», déplore un autre. De nombreuses personnes s'indignent de l'inaction des personnes présentes sur place.
Mais dans cet amas de commentaires, d'autres usagers prennent la défense du propriétaire. Comme cette femme, qui dit le connaître personnellement: «Je vois ce chien quasiment toutes les semaines. Je peux vous assurer qu'il est très heureux et très bien traité.» Plusieurs personnes regrettent que certains tirent des conclusions aussi hâtives, en sortant des images de leur contexte.
Le propriétaire nie être «un tortionnaire»
C'est justement cet argument que reprend le propriétaire. Contacté par Blick, l'homme dit se sentir «outré» par la vague de violence qui déferle en ligne à son encontre. «La façon dont tout ça a été fait, c’est à vomir. Des gens m'ont même menacé de mort en ligne. Vous vous rendez compte de l'ampleur que cela prend?»
Il réfute toute maltraitance: «Je ne frappe pas mon chien. C'est comme mon quatrième enfant, je ne lui ferai jamais aucun mal!»
Le Vaudois livre ainsi une toute autre version des faits. Il explique éviter habituellement les sorties en ville avec son animal, qui aboie fréquemment sur ses congénères. «Mais après une longue balade en forêt, nous nous sommes quand même posés dans un café à Lutry. Lorsque je me lève pour saluer mon ami, là, c'est la catastrophe.»
Il explique que le chien s'est jeté sur un autre canidé de plus petite taille. «Mon chien était attaché à table, c'était une bêtise de ma part. Car avec la force, ma tasse est tombée. On voit que je la soulève, pour éviter qu’elle se coupe les pattes dans les éclats de verre. Oui, je lui donne un coup de talon, mais par réflexe. On me voit ensuite de dos, m'abaisser à sa hauteur pour lui dire d'arrêter. J'ai eu peur qu'elle attaque l'autre chien, ça m'a stressé. Et maintenant, on me présente comme un tortionnaire.»
L’intéressé relève également que son chien remue la queue tout au long de la séquence, ce qui démontrerait qu’il n’était pas effrayé. Il affirme que son entourage peut témoigner qu’il n’a «jamais levé la main» sur son animal. Le toutou est d’ailleurs bien connu des habitués de la salle de fitness où il travaille, étant sa «mascotte». D'ailleurs, plusieurs clients lui ont adressé des messages de soutien depuis la diffusion de la vidéo.
Le propriétaire porte plainte
Il indique avoir déposé une plainte pénale ce lundi contre l'auteur de la publication initiale de la vidéo. Il déplore que cette personne ne soit pas venue s’adresser directement à lui au moment des faits. Il la soupçonne de chercher à créer le buzz plutôt qu'à établir la vérité: elle aurait ignoré plusieurs messages de ses proches visant à lui apporter des explications sur la situation.
Il affirme par ailleurs que personne sur place n'a semblé être choqué de la scène. Personne ne l'a approché, excepté un homme qui lui a dit qu'il pourrait «mieux dresser» son chien. Une remarque qu’il dit avoir déjà prise en compte depuis longtemps. «J'ai tout essayé. J'ai fait plein de cours durant 2-3 ans.» Résultat, il préfère éviter les lieux trop fréquentés.
Plusieurs signalements
Blick a aussi contacté la Direction des affaires vétérinaires vaudoises (DAVI). Celle-ci confirme avoir visionné la vidéo, après avoir reçu une série de signalements à ce sujet.
Le comportement observé peut-il être considéré comme de la violence? Quelle est la limite entre éducation et maltraitance? Tout repose dans le respect de l'intégrité physique et psychique. «La frontière est franchie lorsqu’un animal subit des actes de brutalité ou des corrections disproportionnées, explique le Dr. Giovanni Peduto, le vétérinaire cantonal. La législation interdit notamment les mauvais traitements ou tout acte susceptible de provoquer des douleurs ou de l’anxiété sans justification.»
Il précise que «toute situation doit être appréciée au cas par cas en tenant compte notamment de l’intensité des actes, de leurs conséquences pour l’animal et des circonstances ayant conduit à cet acte».
Une instruction ouverte
En ce qui concerne l'affaire de Lutry, le DAVI confirme qu'une instruction est en cours. «Elle est justifiée par le fait que les images circulant sur les réseaux soulèvent des questions quant au respect du bien-être animal», détaille le vétérinaire cantonal. Et de préciser qu'il est toutefois trop tôt pour se prononcer sur ce cas précis.
Ce n'est qu'à l'issue de l'instruction que d'éventuelles mesures pourront être ordonnées pour protéger l'animal, allant d'obligations de détention conforme jusqu'au retrait de l'animal, ou même, à l'interdiction généralisée de posséder des animaux. Pour rappel, la maltraitance animale est punie en Suisse. Les personnes incriminées risquent une amende ou des peines plus lourdes, en fonction de la gravité des faits.
Selon le propriétaire du chien, une rencontre avec le DAVI est prévue à la fin du mois. Depuis 2019, l'autorité cantonale dit avoir traité plus de 1600 signalements liés à la maltraitance animale sur le territoire vaudois.