Le personnel de St-Paul Médias, éditeur du quotidien fribourgeois «La Liberté», se mobilise pour sauver les 18 emplois menacés après l'annonce d'une restructuration. Il se trouve engagé depuis le 18 juin dans une procédure de consultation pour licenciement collectif.
La mobilisation a réuni entre 80 et 100 participants jeudi à midi, à Fribourg. La délégation du personnel, «chiffres à l’appui», s’oppose à la stratégie générale du groupe et conteste les licenciements. Elle a remis au passage son rapport au directeur Serge Gumy. Une réponse est attendue dans le courant de la semaine prochaine.
Julie Rudaz, présidente de la Société des rédactions, a confié à Keystone-ATS sa «grande satisfaction», en lien avec la mobilisation interne et le soutien d'anciens collaborateurs. La journaliste s'est dite confiante quant à la solidité des arguments avancés par le personnel. «Il en va de la survie des trois journaux concernés.»
Qualité en jeu
Epaulant le processus, Syndicom et Impressum ont rappelé que «l’ampleur de la suppression d’emplois porterait gravement atteinte à leur qualité». La délégation demande la suspension de la restructuration. «Le rassemblement visait à montrer la solidarité de la base», a expliqué Etienne Coquoz, codirecteur d’Impressum.
La mobilisation a servi comme «mesure de contestation», a ajouté Etienne Coquoz, pour qui «la balle était désormais dans le camp de la direction». Elle a été ponctuée par plusieurs interventions. Des craintes ont été mentionnées quant au traitement futur de la culture ou de l'équipe de hockey sur glace de Fribourg-Gottéron.
Le conseiller d'Etat Jean-François Steiert figurait au rang des participants réunis devant le siège de St-Paul Médias. Réuni déjà en assemblée mardi, le personnel «demande à l’entreprise de renoncer à la saignée», sachant que les effectifs ont déjà été amputés de près d'un cinquième (18%) en l'espace de trois ans à peine.
Presse vivante
Les manifestants ont exigé le maintien non seulement des emplois, mais également d'une «presse régionale vivante dans le canton de Fribourg et la Broye vaudoise». Pour rappel, outre La Liberté, navire amiral du groupe, St-Paul Médias édite le trihebdomadaire La Gruyère, à Bulle (FR), et La Broye Hebdo, à Payerne (VD).
La restructuration, motivée par des revenus «sous forte pression», concerne 18 postes en équivalents plein temps (EPT), 13 dans les rédactions et 5 dans le marketing. Elle implique notamment que les trois titres du groupe ne forment plus qu'une seule rédaction commune, répartie sur trois sites, à partir de l'an prochain.
Dans le détail, la rédaction unique sera répartie entre Fribourg, Bulle et Payerne. «St-Paul Médias SA doit prendre des mesures douloureuses, mais nécessaires pour garantir la viabilité de ses trois titres», avait indiqué le 30 avril Martial Pasquier, le président du conseil d’administration de l'éditeur.
Revenus érodés
La restructuration répond à l'érosion des revenus traditionnels, abonnements et publicité. Elle impliquera en outre une adaptation de l'offre éditoriale aux nouveaux horaires d’impression, celle-ci s'opérant chez Tamedia à Berne. La Liberté et La Gruyère verront leur horaire de bouclage avancé, à 19h50 même pour la première.
Le changement, «majeur», sera ponctué de nouveaux habits graphiques, y compris pour La Broye Hebdo, afin de faciliter la diffusion d’articles de part et d’autre. «Sans que les journaux ne se ressemblent trop», avait souligné pour sa part Serge Gumy lors de l'annonce de la restructuration.
Le groupe compte au total 113,2 postes EPT, sans les porteurs, soit 77,8 dans les rédactions, 33,6 au marketing et 1,8 à la direction. Dans le contexte général négatif qui affecte la presse suisse depuis des années, La Liberté faisait encore office de titre régional s'en sortant «honorablement», selon les observateurs du secteur.
Les suppressions de postes doivent intervenir par licenciements, départs à la retraite et réductions de temps de travail. Au printemps 2025, des mesures d’économies, avec 5,8 postes supprimés alors, avaient déjà «impacté» les rédactions du groupe fribourgeois. Sans oublier une érosion continue avec les départs non remplacés.