«Le chantage à l'emploi a fonctionné»
A Genève, les jobs d’été seront payés 6 francs de moins par heure dès cet été

A Genève, les étudiants pourront être payés à 75% du salaire minimum. La population a approuvé ce dimanche une modification législative en ce sens par 60,6 % de «oui».
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Les jobs d'été seront payés à 75% du salaire minimum à Genève. Le texte a été accepté par 60,6% de «oui».
Photo: Keystone
Toan Izaguirre, avec ATS

Les étudiants genevois seront moins bien rémunérés lorsqu'ils travailleront cet été. La population genevoise a approuvé dimanche une modification législative réduisant d'un quart la rémunération des jeunes pour leurs emplois estivaux. Le texte a été accepté par 60,6% de «oui».

Dans la cité de Calvin, la population était appelée à trancher une question simple: faut-il autoriser les jobs d'été à déroger au salaire minimum genevois? Portée par la droite, le patronat et le Conseil d'Etat, cette mesure prévoit d'appliquer une rémunération réduite aux étudiants pendant 60 jours par année civile au maximum. Elle vise à enrayer la diminution des emplois estivaux, jugés trop coûteux depuis l'introduction du salaire minimum en novembre 2020 – une disposition que près de six Genevois sur dix avaient alors plébiscitée. Soumise au référendum obligatoire, la modification législative pourrait entrer en vigueur «dès cet été», selon la conseillère d'Etat Delphine Bachmann. 

Les étudiants seront payés 18,44 frs/h dès cet été

A Genève, le salaire minimum s'établit cette année à 24,59 francs de l'heure. La loi prévoit déjà des exceptions pour les contrats d'apprentissage, de stage ou de travail destinés aux moins de 18 ans.

Avec la baisse approuvée ce dimanche, ce seuil sera encore diminué. Les petits jobs d'été seront ainsi ramené à 18,44 francs de l'heure.

La droite jubile

Du côté du PLR, on salue une victoire du «pragmatisme». Pour son président, Pierre Nicollier, l'adoption de ce texte met fin à une «asphyxie» provoquée par le salaire minimum. «Désormais, les jeunes pourront à nouveau bénéficier d'un premier accès au monde professionnel», a-t-il réagi dans un communiqué.

La conseillère d'Etat Delphine Bachmann, en charge du Département de l'économie, de l'emploi et de l'énergie, qui s'était positionnée en faveur du texte, s'est elle aussi déclarée satisfaite. «Le Conseil d'Etat est très satisfait de ce résultat clair. Ce salaire minimum dérogatoire répond au souhait des entreprises. Depuis 2020, bon nombre de jobs d'été avaient disparu», a-t-elle déclaré devant la presse, ce dimanche après-midi. 

La gauche et les syndicats voient rouge

Pour Margot Wohnlich, coprésidente des Jeunes Vert-e-s de Genève, qui avait débattu pour Blick avec Alessia Cavalieri, conseillère municipale au Grand-Saconnex, le résultat du jour déçoit. Elle déplore une «campagne menée sur la peur». «Quand vous avez une conseillère d’Etat (Delphine Bachmann, ndlr) qui dit oui, c’est compréhensible que les gens la suivent plutôt que d’écouter les jeunes des partis», déplore-t-elle. 

Pour Davide De Filippo, président de la Communauté genevoise d'action syndicale, la déception est immense. «La droite a réussi son tour de passe-passe», lâche-t-il. Le syndicaliste dénonce le «chantage à l'emploi formulé par les milieux patronaux», qui, selon lui, «a fonctionné». La droite aurait ainsi réussi son pari: «faire croire qu'il y a moins de jobs d'été qu'avant et que le salaire minimum en serait la cause».

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