La guerre dans la guerre
Exclusif: Les grandes manœuvres déchirent Le Centre Vaud

Un document qui doit être présenté ce mardi soir au comité cantonal confirme la stratégie de la présidence dévoilée par Blick: tourner la page Valérie Dittli et miser sur une alliance avec les petites formations centristes. Mais deux versions sèment le trouble.
Au Centre Vaud, tous les coups semblent désormais permis dans la guerre qui oppose les partisans de Valérie Dittli aux défenseurs d'un changement de cap.
Photo: Keystone-ATS
Antoine Hürlimann - Responsable de l'actualité L'illustré
Antoine HürlimannResponsable de l'actualité de L'illustré

La tension monte encore d'un cran au Centre Vaud. Depuis vendredi et les révélations de Blick, partisans de Valérie Dittli et défenseurs d'un changement de cap s'affrontent en coulisses. Au cœur de la bataille: la stratégie pour les élections cantonales de 2027 et l'avenir de la conseillère d'Etat engluée dans des ennuis judiciaires et dans les polémiques.

Blick révélait que la présidence du parti travaillait à un virage majeur: prendre ses distances avec l'Alliance vaudoise formée avec le Parti libéral-radical (PLR) et l'Union démocratique du centre (UDC), se rapprocher des petites formations centristes et ne pas soutenir une nouvelle candidature de Valérie Dittli au Conseil d'Etat.

Un document interne obtenu par Blick confirme aujourd'hui l'essentiel de nos informations. Daté du 10 août et intitulé «Perspectives d'alliances électorales 2027 – Stratégies et recommandations du Comité de présidence», le rapport doit être présenté ce mardi soir au comité cantonal. Sans signature manuscrite, il porte toutefois les noms du président Giancarlo Sergi, de Yann Krebs, membre du comité, et du secrétaire David Ribeiro.

Tourner la page Dittli

Confronté par Blick, Giancarlo Sergi en confirme sans détour l'authenticité. Le rapport détaille les discussions menées avec le PLR et l'UDC, mais aussi avec le Parti vert'libéral (PVL), Les Libres et le Parti évangélique (PEV). La préférence du comité de présidence se dessine clairement. Selon ses simulations, une alliance centriste coordonnée pourrait viser une vingtaine de sièges au Grand Conseil. Dans les arrondissements étudiés, un apparentement PLR-Le Centre-UDC ne permettrait en revanche au Centre d'en décrocher aucun.

Le sort politique de Valérie Dittli apparaît surtout compromis. Selon l'exposé, le PVL, Les Libres et le PEV considèrent sa candidature comme «un obstacle» à une alliance. Le PLR et l'UDC ont eux aussi fait de la candidature du Centre au gouvernement un élément déterminant.

Le comité de présidence en tire une conclusion lourde: une candidature de Valérie Dittli impliquerait «une absence d'alliance cantonale avec les partis de droite et du centre». La chute de l'analyse est limpide: une alliance centriste «accompagnée de la présentation d'une nouvelle candidature du Centre au Conseil d'Etat» offrirait «à ce stade les perspectives stratégiques les plus favorables». Les grandes manœuvres révélées vendredi par Blick sont donc désormais couchées sur le papier. La présidence veut miser sur un nouveau bloc centriste et présenter un autre visage que Valérie Dittli au Conseil d'Etat.

Deux rapports datés du même jour

La discorde se situe ailleurs. Blick a obtenu deux versions antérieures du rapport, toutes deux datées du 1er août. Elles divergent sur un point explosif: les ambitions de Giancarlo Sergi.

Dans l'une apparaît une «Recommandation n°4», absente des autres moutures. Le texte affirme que «le président cantonal a lui-même manifesté un intérêt pour une éventuelle candidature» au Conseil d'Etat. Il va ensuite beaucoup plus loin: «Le Comité de présidence considère que M. Giancarlo Sergi constitue une candidature crédible au Conseil d'Etat.» Sa fonction lui conférerait «une visibilité politique et médiatique importante» ainsi qu'une connaissance approfondie du parti et de ses partenaires.

Sa candidature permettrait également «d'incarner une nouvelle dynamique» sans être directement associée aux controverses de la législature actuelle. La recommandation est explicite: «Le comité de présidence recommande de retenir sa candidature pour la suite du processus de désignation.» Dans l'autre version, pourtant datée elle aussi du 1er août, toute référence à une candidature de Giancarlo Sergi a disparu.

Giancarlo Sergi dénonce «un faux»

Alors laquelle de ces deux variantes est authentique? Interrogé par Blick, Giancarlo Sergi est catégorique. S'il confirme le texte final du 10 août, il assure que la version lui prêtant des ambitions pour le Conseil d'Etat est «un faux»: «Je suis prêt à ouvrir nos serveurs informatiques pour démontrer que le document ne vient pas de nous.»

Le président cantonal nie en outre avoir jamais fait part au comité de présidence d'une volonté de briguer le gouvernement vaudois. Sa seule ambition personnelle, assure-t-il, est d'entrer au Grand Conseil. Quant à la manière d'y parvenir, il maintient ce qu'il disait déjà vendredi à Blick: «Je n'ai pas encore de stratégie personnelle et personne ne se présentera face à Valérie Dittli avant le 2 septembre.» Il insiste: «Je n'ai pas envie d'aller au Conseil d'Etat et nous n'avons de toute manière aucune chance. Notre seule ambition, c'est un groupe centriste solide au Grand Conseil.»

David Ribeiro et Yann Krebs abondent dans son sens: Giancarlo Sergi ne leur aurait jamais fait part d'une ambition pour le Conseil d'Etat et le document «est un faux». Pour le président du Centre Vaud, quelqu'un chercherait donc à manipuler les débats internes en fabriquant ou en modifiant une version du rapport afin de transformer ses efforts pour le parti en dessein personnel.

Que fera la ministre sortante?

Reste une inconnue de taille: les intentions de la principale intéressée. Valérie Dittli n'a pas encore annoncé si elle entend briguer un nouveau mandat en 2027. Dans son entourage, les rumeurs d'une nouvelle candidature se font toutefois de plus en plus insistantes.

Si elle décidait de repartir au combat malgré la stratégie dessinée par la présidence de son parti, le conflit qui couve depuis plusieurs jours changerait de dimension. Car le rapport du 10 août ne laisse guère de doute sur l'option privilégiée par le comité de présidence: reconstruire un bloc avec le PVL, Les Libres et le PEV et miser sur une nouvelle candidature au Conseil d'Etat.

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Entre une présidence qui prépare l'après-Dittli, une ministre sortante qui pourrait refuser de s'effacer et un mystérieux document prêtant à Giancarlo Sergi des ambitions qu'il dément avec force, les grandes manœuvres du Centre Vaud sont loin d'être terminées. Celles-ci pourraient même rebondir en justice: «Si la personne à l'origine de cette désinformation ne se dénonce pas d'ici à ce soir, je proposerai au comité cantonal de déposer une plainte pénale», prévient Giancarlo Sergi.

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