Les spéculations vont bon train. Ce mardi 11 août, Valérie Dittli devrait faire connaître sa décision au Comité du Centre Vaud, ou l'annoncer par communiqué: briguera-t-elle un nouveau mandat au Conseil d’Etat vaudois en 2027? Selon nos sources, il est fort probable que la conseillère d’Etat, malgré les nombreuses et intenses controverses qui ont jalonné sa législature, annonce son intention de repartir en campagne pour un second mandat.
Privilège renforcé de primo-sortante
Valérie Dittli n'a pas répondu à nos sollicitations. Mais plusieurs éléments laissent penser que la magistrate a préparé le terrain pour une réponse positive ce 11 août, même si elle a pu longtemps hésiter. D'une part, elle bénéficie d'un privilège: le parti lui réserve la priorité. La conseillère d'Etat jouit d'un statut de primo-sortante particulièrement étendu: tant qu’elle n’a pas renoncé à se représenter, aucune candidature interne ne peut se lancer en parallèle. Dans la pratique, le statut de sortant confère certes une légitimité particulière, mais ne garantit pas une investiture sans concurrence interne, et la Suisse romande a connu bien des cas de ministres sortants qui ont dû partager l'affiche avec d'autres prétendants de leur parti. Ce ne sera pas le cas de Valérie Dittli.
Pour une de nos sources, on peut s'étonner que, dans le cas d'une ministre politiquement fragilisée, le privilège de primo-sortante puisse prendre des allures de quasi-droit de préemption. «Au vu du cas Dittli, il serait naturel au contraire que d’autres personnes puissent se présenter en parallèle, mais il a été décidé de lui laisser toute latitude».
Stratégies de légitimation
D'autre part, les récentes apparitions positives de Valérie Dittli dans la presse, ainsi que l'avis de droit qu'elle a commandé et qui conteste le rapport Meylan en raison de problèmes de procédure, laissent penser à des stratégies de légitimation et de travail sur l'image. Enfin, sa déclaration selon laquelle elle se met «au service de son parti» peut être interprétée comme un signal de disponibilité pour une nouvelle candidature.
Mais c'est le 2 septembre prochain que la véritable décision sera prise. En effet, c'est l'assemblée générale des membres du Centre Vaud qui décidera de l'investir ou non comme candidate. Si elle obtient l'aval de l'AG, plus rien ne pourra s'opposer à sa candidature. Si en revanche elle est désavouée, d'autres candidatures pourront alors se manifester, dès le 16 septembre, pour les élections cantonales de 2027. Jusque-là, le parti se retrouve paralysé dans l'attente de la décision de Valérie Dittli, alors que les autres partis ont déjà présenté leurs candidat(e)s.
Alliances directement menacées
Mais le véritable risque, pour le parti du Centre Vaud, est de voir ses alliances voler en éclats si Valérie Dittli est investie. Le parti se verra privé de toute perspective de collaboration avec les autres partis centristes avec lesquels il oeuvre depuis des années à bâtir une alliance stratégique. En effet, les Libres et le PEV (Parti évangélique vaudois) ont été clairs: pour eux, toute collaboration future, à n’importe quel échelon, exclut une participation de Valérie Dittli.
Si la ministre se représente, le Centre ne pourrait plus compter sur le soutien de ces partis au niveau cantonal, mais aussi fédéral. Des dégâts collatéraux seraient ainsi potentiellement occasionnés pour la conseillère nationale du Centre, Isabelle Chappuis, dont le siège serait affaibli en cas de fin de l'alliance.
«Investir Valérie Dittli et perdre ces partis, c'est lâcher la proie pour l'ombre, résume une de nos sources. Car un nouveau siège Dittli au Conseil d'Etat a de faibles chances, tandis que le siège Chappuis est promis à un très bon score, qui pourrait même pratiquement rapprocher le Centre d'un deuxième siège au National».
Des alliés préférés au PLR et à l'UDC
Sacrifier l'entente avec les Libres et le PEV pour maintenir sa ministre constitue dès lors un vrai risque pour le Centre Vaud. Le parti avait conclu un accord stratégique avec les Libres pour unir les 2 principales forces centristes vaudoises et collaborer de manière poussée pour créer un groupe parlementaire cantonal et garantir une représentation au fédéral. A terme, il s'agissait aussi de rallier le PVL (Parti Vert'libéral vaudois) pour briguer 20-30 sièges au parlement et se présenter au Conseil d'Etat avec un(e) candidat(e) unique.
Cette solution était préférée à l'Alliance vaudoise avec le PLR et l'UDC, nettement moins consensuelle au sein du Centre Vaud, et perçue avant tout comme une alliance de circonstance, voire un dispositif électoral. Valérie Dittli va-t-elle rempiler au risque de faire sauter la toile patiemment tissée par le Centre Vaud? Réponse demain soir.