Kacey Mottet Klein
«Je veux passer le concours d’entrée à l’école de police»

Personnage clé d’«Uniformes», la nouvelle série sur RTS 1, Kacey Mottet Klein à la riche carrière souhaite devenir flic d’ici à trois ans. Il s’ouvre sur ce désir nourri depuis l’enfance et la peur, aussi, de lâcher son métier. Rencontre à la croisée des chemins.
Kacey Mottet Klein souhaite faire un break et compte devenir flic, un désir qu’il exprimait enfant.
Photo: Jay Louvion
Didier Dana
Didier Dana
L'Illustré

La nouvelle série de la RTS, «Uniformes», réalisée par Romain Graf, débute par une intervention de police secours qui tourne mal. Lewis (Kacey Mottet Klein), touché par un tir, est conduit aux HUG dans un état critique. Son sort va planer sur l’entier de la saison, six épisodes de 45 minutes, reflétant la vie professionnelle et personnelle des flics genevois. Dans ce contexte réaliste – le cinéaste a bénéficié de six mois d’immersion avec différentes polices romandes et des connaissances d’Olivier Schneeberger, commissaire genevois, consultant indépendant, depuis la phase d’écriture jusqu’au tournage –, chacun des sept personnages est confronté à ses failles.

Derrière le costume, les protagonistes encaissent différemment le stress engendré par un métier oscillant entre routine et urgence absolue. «Je n’imaginais pas tout le travail social qu’effectue la police, souligne Romain Graf. Ils sont sous pression en permanence. On leur demande d’être irréprochables, mais c’est impossible. Je n’ai pas voulu faire une série pro- ou anti-police, mais une série nuancée.»

A l’arrivée, c’est une jolie réussite. Dans la vraie vie, Kacey Mottet Klein, 27 ans, repéré à 7 ans pour Home (2008), souhaite réellement enfiler l’uniforme. «Dans le préau de l’école, j’étais toujours dans le camp des policiers. J’ai désormais besoin de stabilité et j’ai envie d’être utile aux autres», nous confie-t-il avec passion. Mais, entre flic et comédien, son cœur balance. Interview-interrogatoire.

Le public l’a découvert à 8 ans, dans «Home» d’Ursula Meier, aux côtés d’Isabelle Huppert. Depuis, il a arrêté l’école, mais jamais le cinéma.
Photo: Julie De Tribolet

Comment avez-vous été choisi pour jouer dans la série Uniformes?
Le réalisateur m’a appelé pour passer une audition. J’étais aux anges car, bien avant de devenir comédien, je rêvais d’être flic. Je me suis toujours documenté sur la police. Dans les extraits filmés du casting de Home, mon tout premier film sorti en 2008, j’exprime à 8 ans mon envie de devenir policier. Cette fois, je suis arrivé bien mieux préparé qu’à mon habitude et très au fait de ce qu’est police secours, le 117.

Qu’est-ce qui vous plaît tant dans la police?
L’action, d’abord. Plus tard, j’ai pris conscience de tout le travail social qu’elle effectue. Même si, à l’adolescence, j’ai connu des déboires avec les flics, j’ai toujours aimé l’ordre, le respect de l’autorité et de la loi. C’est une existence cadrée, aux antipodes de ma vie d’acteur, instable et chaotique.

Comment vous êtes-vous imaginé dans la peau de ce flic?
J’ai demandé à Vincent Veillon et à Vincent Kucholl, de 52 minutes, de me prêter un uniforme qu’ils utilisent pour leurs sketchs. A la base, j’étais censé être auditionné pour le rôle de Sancho (joué par l’acteur genevois Jeremy Lewin, ndlr), un policier gauche et un peu lunaire qui boulotte des chocolats. Moi, je voulais démontrer que j’étais flic dans l’âme. Et ça n’a pas manqué: on m’a proposé d’incarner Lewis. Le don juan du groupe, le liant aussi. Un gars apprécié de tous et qui connaît une relation charnelle avec Maddie, plus âgée que lui, avec laquelle il patrouille.

Ces caractères, le vôtre et les autres, existent-ils vraiment?
Le commissaire genevois Olivier Schneeberger, qui a aidé à façonner Uniformes, s’est librement inspiré de situations et de profils véritables. Le 117, ce sont les premiers à intervenir. C’est le couteau suisse de la police. Ils sont appelés pour des violences conjugales, une levée de corps, l’arrestation d’un forcené... tout ce que montre la série et bien d’autres choses encore. La pression psychologique qu’ils subissent et que l’on voit à l’écran existe bel et bien. Le feuilleton n’élude pas le thème de l’alcoolisme, par exemple. Certains personnages, on le voit, ont de la peine à assumer leurs fragilités. Pendant longtemps, la police ne disposait d’aucune cellule psychologique. Dans la série, les protagonistes se questionnent, ils ont honte d’être vulnérables, en burn-out ou dépressifs. Les flics ont tous connu, en cours de carrière, des collègues qui ont utilisé leur arme de service pour mettre fin à leurs jours. Au-delà de ça, la préparation immersive dont j’ai profité – à Genève et à Lausanne – m’a permis d’être au plus proche de leur travail. Cela a confirmé mon désir de faire, d’ici à trois ans, le concours d’entrée dans la police. Le premier soir, j’ai passé une nuit avec David, un SMO ou sergent-major opérationnel, dans une voiture banalisée. J’étais seul avec lui, en civil, avec un gilet pare-balles et un brassard de police.

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Le policier genevois Lewis Anderson (Kacey Mottet Klein) intervient dans le cadre d’un féminicide. Va-t-il s’en sortir?
Photo: RTS/Capture d'écran

Qu’avez-vous observé et vécu afin de pouvoir coller à votre personnage?
Nous nous sommes, par exemple, retrouvés à la frontière française afin d’effectuer une patrouille mixte avec la BAC (brigade anti-criminalité, ndlr) d’Annnemasse. Ils recherchaient des individus pour vol. La gestion de l’émotion était très intéressante. A un moment, David s’est focalisé sur l’appel radio. On s’est tus et, d’un coup, il a enclenché les bleus (les gyrophares, ndlr) en fonçant à 80 km/h. Là, j’ai pu voir la maîtrise du stress d’un flic professionnel. Il arrivait à être à la fois sur la route et à l’écoute de la centrale. J’ai alors commencé à visualiser mille détails que j’allais être amené à intégrer afin de les reproduire dans la série. Tout ce qu’on voit dans Uniformes est techniquement exact. La façon d’intervenir, de porter une arme, d’entrer dans une zone à risques...

C’est un métier méconnu selon vous?
Oui. Il y a, entre autres, beaucoup de travail d’observation. Ils analysent à 360°. Chaque policier est différent, chacun a son caractère. Un soir, j’ai participé à une levée de corps. Je venais à peine d’arriver et le 117 était mobilisé pour «une odeur très forte provenant de l’appartement d’une dame âgée». On a fini par annuler notre intervention, les premiers sur place avaient constaté que son chien était décédé, mais pas elle. Elle était inconsciente après une chute et l’animal avait dû mourir de faim au domicile. Ma première vraie levée de corps s’est faite à Lausanne. Nous venions de ramener quelqu’un au CHUV quand on a reçu un appel: «Levée de corps au centre-ville.» La jeune policière désignée m’a subjugué. Nous sommes montés à pied, tous les deux. J’appréhendais un peu à cause de l’odeur. Elle m’a remis un masque de chirurgien et m’a rassuré: «C’est récent, il n’y a pas de risque de décomposition.» Et, comme dans un thriller, nous avons pénétré dans l’appartement, sans connaître les lieux. Un homme, mort sur son lit, gisait la bouche ouverte... De façon très méthodique, la jeune coéquipière a commencé à prendre des photos et à faire son boulot.

Le poste de police de la série semble très réaliste. Est-ce le cas?
Il s’inspire de celui des Pâquis, quartier qui connaît beaucoup de criminalité, de prostitution et de deal. Cet environnement criminogène implique de nombreuses interventions. Le lieu est un open space dans lequel chacun possède son bureau et son ordinateur. Je me souviens des vestes, des gilets pare-balles alignés, une sorte de «chaos organisé» auquel j’étais confronté pour la première fois. Il y avait quatre violons ou cellules dans un couloir. Juste après se trouvait le réfectoire où les policiers prennent leur pause. J’ai dîné avec eux. C’était un peu surréaliste: on entendait gueuler depuis les cellules et, l’espace d’une demi-heure, les flics s’échappaient d’un quotidien parfois très violent. C’était important, pour moi, d’observer ce corps de police extrêmement soudé et de le voir quitter momentanément la dure réalité du métier autour d’un burger. On retrouve ça aussi dans la série.

On vous sent passionné. Le métier de comédien ne vous satisfait plus?
L’industrie du cinéma change. La démocratisation des plateformes engendre une perte de qualité et le cinéma d’auteur souffre d’un manque d’argent. Il est très fragilisé. Je gagnais plus à 7 ans sur Home que sur certains films aujourd’hui. Parfois, on voit arriver des influenceurs et leur horde de followers prendre la place des acteurs. Le paysage culturel et cinématographique ne me séduit plus autant qu’avant. Je n’ai jamais rien connu d’autre que le cinéma; j’ai arrêté l’école pour jouer. Pour moi, devenir policier, c’est aussi revenir à ce désir premier. Aujourd’hui, je veux pouvoir choisir de faire ce dont j’ai envie. Car, même si j’ai dit oui au cinéma, ça n’a pas été mon choix.

«
J’ai besoin d’un quotidien plus cadré, ma vie d’acteur est instable et chaotique
»

A 27 ans, vous n’êtes pas trop âgé pour entrer dans la police?
Non, à Genève, on peut jusqu’à 35 ans. Dans l’idéal, je souhaite intégrer l’école de police d’ici à trois ans. Une année de préparation, deux ans d’école, à l’horizon 2028-2029. J’aimerais me prouver que je suis capable d’obtenir un diplôme et faire autre chose que du cinéma, quitte à y revenir un jour. Je n’ai pas envie de passer ma vie à attendre que le téléphone sonne. Je ne sais jamais de quoi demain sera fait.

N’est-ce pas le lot de tous les acteurs?
J’ai 27 ans, dont plus de 20 ans de carrière. Je ressens comme une espèce de fatigue du métier. J’ai besoin d’une coupure, d’un cadre plus solide. J’ai eu beaucoup de difficulté à grandir dans ce milieu et à me singulariser, à façonner mon identité à travers ce métier. Cela me rassurerait en quelque sorte. Aujourd’hui, si j’ai des objectifs liés à ma carrière, je n’ai pas de réel objectif de vie. J’ai tout construit autour du cinéma. Je n’ai jamais eu l’occasion d’exaucer un vrai rêve. Celui-ci en est un.

Vu de l’extérieur, vous faites le métier dont tout le monde a rêvé un jour.
C’est marrant, car le tournage a été un lieu de rencontre entre le monde de la police et celui du cinéma. Chaque acteur avait un policier référent. Les flics étaient fascinés par notre métier. Moi, j’étais le seul comédien à être fasciné par la police. Ils me disaient: «T’es taré, on rêverait de devenir acteur!» Je leur répondais: «Moi, je rêverais de faire ce que vous faites.» Je suis acteur par hasard. Mon moteur, c’est l’amour du jeu.

Si votre carrière n’était que le fruit du hasard, vous n’auriez pas fait une trentaine de films avec des réalisateurs et des acteurs prestigieux.
J’en suis conscient et rompre avec cette chance me fait peur. On en parlait avec Corentin Fila, mon meilleur ami, avec lequel j’ai tourné Quand on a 17 ans d’André Téchiné (2016). Je lui faisais part de ma volonté de devenir policier et, en même temps, de la chance que nous avions d’être là où nous sommes. En France, il y a entre 15 000 et 30 000 comédiens, mais combien décrochent des premiers rôles dans des films d’auteur? Une très infime minorité...

Vous étiez à la Fashion Week, invité par Lanvin, le 2 mars dernier à Paris. Remplir des bulletins administratifs à la police genevoise, c’est un peu moins glamour.
Je ne suis pas fasciné par les paillettes. C’est une part du contrat pour mettre du beurre dans les épinards. Mais merci le cinéma, grâce auquel j’ai des accès privilégiés! C’est cool d’être en loge au LHC, de dormir dans un cinq-étoiles à Cannes et d’enfiler des vêtements de marque. Mais mon moteur reste le jeu. Ce «talent», je l’utilise sur un tournage et il me fait du bien. C’est vital pour moi. Cela me permet, en les exprimant, d’évacuer mes émotions. Si je deviens policier, il faudra que je trouve un moyen de les extérioriser autrement.

«Uniformes», réalisée par Romain Graf, s’inspire du quotidien professionnel et intime de la police genevoise.
Photo: Archive personnelle Kacey Mottet Klein

Flic, c’est tout sauf du cinéma.
Je suis partagé entre le besoin de jouer et celui d’être confronté à une réalité dans laquelle il y a une hiérarchie et une forme de routine. Ce serait extraordinaire de pouvoir exercer deux métiers à la fois.

On peut être un peu comédien, mais on ne peut pas être un peu policier.
Je conçois que l’idée de me retrouver à l’école de police semble absurde au regard de mon passé et de mon parcours. Et, si ça se trouve, la police ne m’acceptera pas. Il est possible qu’elle me refuse l’entrée à l’école. Je veux passer ce concours et en être fier. Ce serait un soulagement psychologique. Etre refusé pour un rôle m’ébranle.

Pourquoi?
Parce que je me questionne en permanence: «Est-ce que je suis encore capable? Suis-je bon acteur? Est-ce qu’on va m’appeler?» On passe par des phases de dépression, de doute, une remise en question de tout notre être. Si on est choisi, c’est pour nos compétences, mais aussi pour la personne que nous sommes. Les castings passent notre identité au crible. Si on n’est pas retenu, on se dit: «Est-ce que je suis une merde?» C’est très violent.

Cela vous trouble.
Ça ne vient pas seulement nier notre talent, mais notre être profond. Le comédien vit cette schizophrénie – une sorte de trouble identitaire – qui l’empêche d’être réellement stable. Certains, comme Sandrine Kiberlain ou Kad Merad, sont des acteurs que l’on prend pour leur identité affirmée. On la retrouve dans chacun de leurs personnages. Moi, j’ai un profil plus caméléon. J’ai fait beaucoup de films d’auteur dramatiques, j’ai joué des adolescents en colère. Je peux interpréter un handicapé mental comme un mec normal. J’ai une palette un peu plus large que j’aimerais infinie. J’aime surtout jouer des choses qui ne me ressemblent pas. J’adore le cinéma américain pour ça. On vient déformer les acteurs, on les salit.

A l'affiche de la nouvelle série de la RTS

«Uniformes», série créée par Romain Graf et Chloé Devicq, avec Kacey Mottet Klein, Léonie Simaga, Anna Pieri Zuercher, Luàna Bajrami, Thibaut Evrard, Frédéric Pierrot, Younès Boucif et Jeremy Lewin, 6 épisodes de 45 minutes, à voir en intégralité dès le 23 avril sur Play RTS et à partir du 26 avril sur RTS 1.

«Uniformes», série créée par Romain Graf et Chloé Devicq, avec Kacey Mottet Klein, Léonie Simaga, Anna Pieri Zuercher, Luàna Bajrami, Thibaut Evrard, Frédéric Pierrot, Younès Boucif et Jeremy Lewin, 6 épisodes de 45 minutes, à voir en intégralité dès le 23 avril sur Play RTS et à partir du 26 avril sur RTS 1.

Au fond, vous vous projetez plutôt en vieux flic ou en vieil acteur?
Très bonne question. (Il prend son temps, vapote.) Je dirais, pour les économies de ma future retraite, en vieil acteur. (Sourire.) J’ai toujours rêvé de jouer vieux, aussi.

Nous sommes le 18 mars 2026. Combien de tournages vous attendent?
Mon carnet de commandes s’étale jusqu’à la fin de l’année. Dans deux semaines, je démarre une comédie dramatique d’Hadrien Bichet avec Bastien Bouillon et Souheila Yacoub. Ensuite, je tourne «Les Sentinelles», la saison 2 de la série de Canal+.

C’est pas mal, non?
Oui, mais on se compare beaucoup en tant qu’acteur. En plus, en raison de coupes budgétaires, beaucoup de projets pour lesquels je devais être engagé ont été annulés. En France, il y a aussi ce qu’on appelle une «A-list»: Adèle Exarchopoulos, Pierre Niney, François Civil en font partie. Eux, ils ont constamment du travail. Ce sont souvent les mêmes qu’on prend et qui jouent souvent la même chose. Aux Etats-Unis, il y a un renouveau constant. Alors, dans ce contexte-là, j’ai vraiment besoin d’autre chose. 

Un article de «L'illustré» n°13

Cet article a été publié initialement dans le n°13 de «L'illustré», paru en kiosque le 26 mars 2026.

Cet article a été publié initialement dans le n°13 de «L'illustré», paru en kiosque le 26 mars 2026.

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