En bref
- La chanteuse franco-comorienne Imany, 47 ans, se produit le 14 juin 2026 à Festi'neuch à Neuchâtel. À cette date symbolique de la grève féministe suisse, elle interprète les titres de son album «Women deserve Rage», un manifeste en faveur de l'émancipation féminine.
- Imany, ancienne athlète et mannequin, est connue pour sa voix profonde et ses succès internationaux comme «Don't Be So Shy». Elle milite également pour la santé des femmes et la sensibilisation à l'endométriose.
- Avec 3,4 millions d'écoutes mensuelles sur Spotify, Imany est une habituée des festivals suisses, ayant performé au Montreux Jazz Festival (2011), au Paléo Festival (2023) et à Neuchâtel (2018).
- Nous vous avions proposé sur Instagram de nous soumettre vos questions pour Imany. Nous les lui avons posé par téléphone. L'artiste évoque sa colère, sa pensée sur l'IA dans la musique, son parcours artistique et sa technique imparable pour se remonter le moral.
La possibilité de s'entretenir (lorsque les étoiles s'alignent) avec des artistes célèbres figure sans doute parmi les tâches journalistiques les plus jalousées. Et, au fond, ce n'est vraiment pas juste que nous gardions tout ce privilège rien que pour nous! En cette saison de festivals 2026, nous avons donc décidé de vous confier le micro: tout au long de l'été, via les réseaux sociaux de Blick, vous aurez la possibilité de nous envoyer des questions pour les musiciennes et musiciens que nous aurons la chance d'interviewer. Notre mission, à nous, sera simplement de les leur poser. On vous tient au courant sur Instagram!
Imany, étoile franco-comorienne de 47 ans, a choisi un timing stellaire, en débarquant sur la scène de Festi'neuch, le dimanche 14 juin. Car avec ce concert, Nadia Mladjao (de son vrai nom) honore indirectement la date symbolique de la grève féministe suisse, en interprétant les titres de son dernier album «Women deserve Rage», décrit comme un manifeste d'émancipation, un cri de rage qui agit comme un tremplin vers la liberté. Engagée pour la santé des femmes et particulièrement active dans les efforts de sensibilisation à l'endométriose, la chanteuse, maman de deux enfants, a souvent évoqué sa lutte contre cette maladie.
Elle possède également l'une de ces voix qu'on reconnait dès la première octave. Grave, vertigineuse et envoûtante, elle marque le tympan comme un rayon de soleil éblouit la rétine. Son univers créatif est tellement fascinant que plusieurs de ses titres n'ont pas manqué de se transformer en remix de renommée internationale, qu'il est impossible de se sortir de la tête une fois qu'on les a entendus, même une seule fois. En 2016, par exemple, la chanson «Don't Be So Shy», reprise par Filativ & Karas, a été couronnée d'un fulgurant succès, propulsant la carrière d'Imany, dont le premier album «The Shape of a Broken Heart», s'était déjà hissé au rang des disques platine, en 2011. Avec 3,4 millions d'écoutes mensuelles sur Spotify, Imany est une habituée des festivals suisses, après un passage à Montreux (2011), à Paléo (2023) et à Neuchâtel (2018), qu'elle retrouve aujourd'hui.
Athlète et mannequin… puis chanteuse
Comme elle embrase les scènes avec un naturel désinvolte, on oublie facilement que le chemin d'Imany aurait pu la guider vers un tout autre destin. Après une enfance passée dans un pensionnat militaire, cette férue de saut en hauteur devient mannequin à New York, (dans l'agence d'un certain Donald Trump, révèle le magazine «Elle»), avant de découvrir le chant comme une âme soeur qu'elle ne quittera plus. Son style unique, fusion de blues, de soul et de pop, émeut, encourage et interroge, tout cela en même temps, écho d'un parcours unique et de véritables histoires à raconter en musique.
Des questions pour Imany, vous en aviez. Nous les lui avons posées, comme promis, quelques heures avant son concert à Festi'neuch. Par téléphone, en l'espace d'une dizaine de minutes, l'artiste s'est révélée avec générosité. Après l'entretien, on avait un peu l'impression de la connaître. On espère que vous aurez le même sentiment, en lisant cet article.
Vos questions pour la chanteuse Imany
Imany, pensez-vous qu'il est plus difficile d'être artiste aujourd'hui qu'à vos débuts?
Je trouve que oui. A l'époque de mes débuts, on devait lutter pour exister, on chantait dans la rue, on battait le pavé avec nos flyers, on enchaînait les petites scènes, mais la compétition se limitait aux autres artistes qui nous entouraient. Aujourd'hui, on doit constamment se mesurer... au monde entier! Tout le monde choisit la même stratégie, en passant par les réseaux sociaux pour être entendu et le nombre de likes semble plus important que le potentiel artistique d'une création musicale. C'est donc plus difficile de commencer aujourd'hui. Or, même un musicien accompli doit continuer de faire ses preuves, sans cesse, à chaque album. Rien n'est jaqmais acquis, il faut s'efforcer de rester visible.
Votre concert à Festi'neuch tombe le 14 juin, date de la grande grève féministe, en Suisse. Et c'est un timing pertinent, puisque votre dernier album s'intitule justement «Women deserve rage». D'où vient cette colère et qu'est-ce qui vous met en rage aujourd'hui?Tellement de choses me mettent en colère. L'injustice me rend dingue. La manière dont sont traités les enfants et les femmes me tue. Cet album a pris racine dans une séparation, quand j'ai compris pourquoi je devais quitter cette relation. J'ai réalisé qu'il existe souvent une immense arnaque, au sein des couples hétéros. Et c'est toujours la femme qui se fait arnaquer. Cette grève dont vous me parlez me semble être une excellente idée!
Comment souhaitez-vous que les femmes se sentent, en écoutant votre musique?
Je voudrais qu'elles comprennent qu'elles ne sont pas seules. Qu'elles se sentent entourées, aimées, tout en sachant qu'elles ne sont pas vraiment enfermées. Oui, elles sont dans une cage, mais la clé qu'elles recherchent a toujours été en elles.
Que faites-vous, quand vous avez besoin de vous remonter le moral?
Je danse. A mon avis, 80% des problèmes se règlent en dansant. Que ce soit toute seule ou avec les autres, peu importe, tant que je danse.
Seriez-vous prête à utiliser l'IA comme outil de création? Selon vous, faut-il célébrer ou craindre l'utilisation de l'IA dans la musique?
J'avoue que je ressens un conflit interne, en ce qui concerne l'IA. Car je suis bien contente de pouvoir l'utiliser pour des tâches administratives, par exemple. Cet outil peut s'avérer très utile, lorsqu'on cherche des réponses rapidement. En revanche, dans le domaine de la musique, il me pose problème. Car en tant qu'artiste, lorsque je crée une mélodie, je la puise dans mon vécu, à l'intérieur de moi-même. Elle prend sa source dans l'intelligence organique de la vie, cette conscience plus grande que moi. Je suis la somme vivante des musiques que j'ai entendues, des rencontres que j'ai faites, des tableaux que j'ai admirés ou des livres que j'ai lus. Alors que l'IA, au fond, n'est que la somme artificielle de ce qui existe déjà. On sent que ce n'est pas vivant, même si certaines compositions fonctionnent parfaitement et sonnent très bien. Mais ces productions-là sont mécaniques, elles ne contiennent pas le moindre «glitch», pas d'accidents créatifs ou de heureux hasards qui naissent toujours de la composition humaine et qui donnent sa véritable identité à un morceau. L'IA est lisse et efficace, comme un yaourt nature. Mais nous, ce qu'on veut, c'est une crème brûlée.
Votre parcours vous a emmenée dans le domaine du sport, du mannequinat, puis de la musique. Quel apprentissage avez-vous tiré de ces différentes expériences?
Le plus gros apprentissage que j'ai reçu, entre le sport, le mannequinat et la chanson, c'est l'abilité d'accepter le refus des autres. C'est le fait d'accepter que l'échec fait partie de la vie et que c'est précisément la somme de tous les échecs qu'on a accumulés qui nous permettra, au final, d'atteindre notre objectif.
Au fil de toutes ces vies différentes, votre mindset est-il resté le même?
Ce qui m'a toujours suivie, c'est la philosophie «I go with what I know». C'est difficile à traduire, mais en bref, je construis mon parcours un pas à la fois, en me laissant guider par ce que je sais. J'ai commencé la musique complètement persuadée d'être incapable d'en faire. Je ne me faisais pas confiance. La preuve: l'une de mes premiers morceaux s'intitulait «I lost my keys», pour souligner à quel point je me sentais perdue. Mais quand je ne sais pas où aller, je commence par où j'en suis. Je ne feins pas de savoir, quand je ne sais pas. Je prends une marche à la fois et j'avance comme ça.