A la fin du mois de mars, les CFF introduisaient le fameux ruban tournesol (ou «Sunflower lanyard») dans tous leurs centres de voyage, s'attirant des salves d'applaudissements. Depuis, vous avez probablement aperçu des personnes arborant ce collier en tissu coloré, dans les différentes rames sillonnant le pays. Peut-être même l'avez-vous utilisé vous-même, afin de signaler un handicap invisible, comme les troubles du spectre de l'autisme (TSA), les déficiences auditives, les troubles anxieux, le TDAH, la maladie de Parkinson ou encore certaines formes de démence.
L'idée est simple: en voyant ce symbole, le personnel des CFF est supposé comprendre que la personne portant le cordon peut avoir besoin d'aide ou qu'elle requiert davantage de temps lors du contrôle des billets.
L'entreprise ferroviaire emboîte donc le pas des aéroports de Zurich et de Genève, ainsi que celui de Gatwick, au Royaume-Uni, qui avait imaginé le concept en 2016. Fin avril, l'entreprise de transports BLS (Berne-Lötschberg-Simplon) a également décidé de suivre le mouvement, ainsi que plusieurs centres culturels suisses.
Les CFF ont donc largement contribué à faire connaître ce dispositif en Suisse. Dans plusieurs pays, dont la Belgique, les Etats-Unis ou les Emirats arabes unis, le ruban tournesol a été introduit au niveau national, comme l'indique le site officiel «Hidden Sunflower». Le Royaume-Uni, par exemple, a largement développé le concept, le déployant dans tous les transports publics, les universités et certains hôpitaux. La Suisse, en revanche, ne figure pas (encore?) dans la liste des pays représentés... Alors que même l'entreprise Lego a créé des personnages miniatures portant le ruban tournesol, en 2024!
«Je sors tous les jours avec mon badge tournesol»
«Ce ruban est une initiative formidable, se réjouit Isabelle Steffen, coprésidente de l'association Autisme Suisse romande, auprès de Blick. Lorsque les collaborateurs des institutions sont au courant, l’idée fonctionne très bien. Une maman me racontait récemment que le personnel de l'aéroport lui avait proposé de couper une longue file d’attente, avec son enfant qui portait le ruban tournesol.»
Une autre personne concernée, contactée par Autisme suisse, raconte sortir tous les jours avec son badge: «Pour moi, c’est un soutien important au quotidien, car cela me rassure et permet à mon entourage de comprendre, dans une certaine mesure, que je suis confrontée à des difficultés invisibles, raconte-t-elle. J'ai vécu de nombreuses expériences positives grâce à ce ruban. J’en suis très heureuse, mais j’aimerais que davantage de personnes en Suisse connaissent sa signification.»
Des lacunes importantes, en Suisse
Isabelle Steffen remarque en effet deux problèmes spécifiques: «Tout d’abord, certaines entreprises ayant décidé de le reconnaître n’ont pas suffisamment communiqué au sein de leurs institutions, puisqu’une partie des employés n’ont pas été formés à la signification du ruban, observe-t-elle. Ensuite, les grandes institutions ont encore des progrès à faire, à ce niveau. Je pense notamment au domaine de la santé, à la réception des hôpitaux ou aux urgences, par exemple.»
Même son de cloche du côté de l'organisation Inclusion Handicap, qui souligne également l'importance d'une utilisation plus large, au-delà des transports publics: «Le cordon pourrait également s’avérer utile pour faire ses courses, participer à des activités culturelles ou se rendre dans des administrations», ajoute Jonas Gerber, porte-parole.
Aucun projet du côté de la Confédération
Et qu'en pensent-elles, justement, ces grandes institutions? Le projet d'élargir le concept à tous les transports suisses est-il discuté? Certaines consignes ont-elles été données au personnel actif dans le domaine public et susceptible de rencontrer le ruban tournesol durant sa journée?
Nous avons commencé par poser la question au Département fédéral de l’environnement, des transports, de l’énergie et de la communication (DETEC), qui salue l'initiative des CFF. L'idée d'une introduction nationale, au niveau de la Confédération, n'est toutefois pas d'actualité: «L’adoption d’une telle mesure est typiquement une décision relevant de la responsabilité entrepreneuriale des entreprises de transports publics, indique une porte-parole. L’Office fédéral des transports n’est pas impliqué à ce niveau.»
Idem pour le domaine de la santé, où le concept ne semble pas être discuté plus largement: l'OFSP indique effectivement ne pas avoir d'information à ce sujet et nous propose de nous tourner plutôt vers l'Office fédéral des assurances sociales (OFAS). Contacté, celui-ci nous redirige, à nouveau, vers l'OFSP. Nous déduisons de ce «ping-pong» que l'idée n'a pas été discutée.
La police vaudoise réfléchit à des solutions
La police cantonale vaudoise, de son côté, assure prendre en compte l'utilisation de ce cordon tournesol par une partie de la population. Ainsi que l'explique Alexandre Bisenz, chargé de communication, l'intention est de «réfléchir à la meilleure façon de sensibiliser les gendarmes et policiers du canton, dans le but qu’ils et elles reconnaissent ce symbole et adaptent leur prise en charge en fonction».
Aussi souligne-t-il que la police cantonale souhaite renforcer la prise en charge des personnes en situation de handicap: «Ce travail est en cours depuis un certain temps, et regroupe plusieurs axes, notamment les enjeux liés à l'accessibilité à l’urgence et aux infrastructures de police», ajoute notre interlocuteur. La police a également participé à plusieurs initiatives, dont une table ronde organisée dans le cadre de la Semaine de l’accessibilité, ainsi qu'un projet d’exposition cantonale mettant en scène fonctionnaires de l’Etat et personnes en situation de handicap.
Certaines personnes ne veulent pas porter le ruban
Reste que le ruban tournesol ne constituera jamais un «indicateur général» d'un handicap invisible, dans la mesure où certaines personnes concernées ne souhaitent simplement pas le porter: «Cet outil leur donne l’impression d’être discriminées, explique Isabelle Steffen. Libre à elles, bien sûr, il s’agit d’un choix personnel!»
La coprésidente d'Autisme Suisse romande insiste toutefois sur l'importance du dispositif pour les personnes ayant besoin de signaler leur handicap: «En effet, dans l’immense majorité des cas, lorsqu’une interaction dans le domaine public se passe mal, c’est parce que l’interlocuteur n’avait pas conscience du handicap de l’autre, observe-t-elle. Dès qu’on en prend conscience, tout s’améliore. Je pense que ce petit bandeau éviterait bien des écueils à toutes les personnes ayant un handicap invisible.»