Fact-checking
Les pics de glycémie sont-ils aussi dangereux que le prétendent les réseaux sociaux?

Certains influenceurs, dont la célèbre Glucose Goddess, affirment que les pics de glycémie doivent être évités à tout prix. En cette Journée mondiale du diabète, vérifions cela avec des spécialistes.
D'après certains influenceurs, les pics de glycémie doivent être évités à tout prix. Qu'en disent les experts?
Photo: Shutterstock
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Ellen De MeesterJournaliste Blick

Si vous connaissez Jessie Inchauspé, alias Glucose Goddess, vous savez probablement que cette jeune influenceuse et autrice française a dédié sa carrière à la lutte contre les pics de glycémie. A coups de graphiques alarmants et de «recettes miracle» (comme le vinaigre de cidre qui, au passage, endommage les dents quand il est bu directement), elle propose une flopée de méthodes destinées à aplatir la courbe, soit à minimiser les pics. 

Comment s'y prend-elle? Grâce à un capteur de la glycémie, qu'elle porte toute la journée pour en partager les résultats sur Instagram, accusant certains aliments et applaudissant les effets des habitudes précises qu'elle détaille dans ses livres comme sur les réseaux sociaux. En cette Journée mondiale du diabète, qui tombe le 14 novembre de chaque année, nous avons demandé à des spécialistes d'éclairer cette notion. 

Ces patchs ne sont pas comme des montres connectées

Ainsi que l'explique le Dr, Christophe Kosinski, médecin adjoint au Service d’endocrinologie, diabétologie et métabolisme des HUG, le grand public a récemment commencé à s’intéresser à l’importance des pics glycémiques, grâce à ces fameux patchs capables de mesurer en direct les taux de glycémie.

«Initialement développés pour les personnes atteintes de diabète insulino-requérant, dans le but de mieux adapter leurs traitements d’insuline, ces outils commencent à être utilisés de manière dérivée par des personnes non-diabétique qui souhaitent surveiller leur santé», observe-t-il. Ce matériel est effectivement accessible à la vente sans ordonnance, via des boutiques en ligne. «Or, ceci doit être considéré avec précaution, car ce type d’usage n’a pas été validé scientifiquement chez des personnes sans diabète, prévient le spécialiste. Il ne s’agit pas d’un simple tracker, comme l’est par exemple une montre connectée, mais d’un outil thérapeutique et médical, dont les résultats requièrent une interprétation personnalisée par un médecin.»

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Isabelle Zanella-Ayer, BsC en nutrition et diététique, responsable team thérapies chez EndoDia Centre, propose parfois à ses patients d'essayer un patch le temps d'une journée, afin d'en tirer des informations qu'elle analysera ensuite avec eux: «Une personne non-diabétique intéressée par l’utilisation d’un de ces capteurs pourra mieux comprendre son corps et l’impact de ses habitudes alimentaires, précise-t-elle. Mais il s’agit de le faire une seule fois, juste par curiosité, et d’en discuter avec un professionnel.»

Les pics de glycémie sont normaux

En effet, les variations affichées par les patchs peuvent être impressionnantes ou alarmantes, lorsqu'on ne possède pas l'expertise nécessaire à les interpréter correctement: 

«Les aliments du quotidien contenant des glucides vont occasionner un certain pic glycémique, que le capteur affichera, détaille le Dr. Kosinski. Celui-ci peut être plus ou moins important selon la teneur en sucre, naturel ou ajouté, des aliments. C'est une réaction normale du corps à un aliment standard. Les pics glycémiques trop élevés et trop fréquents sont néfastes à long terme, c’est vrai, mais ceci dépend de la hauteur de ce pic. Pour une personne non-diabétique, il n'est donc pas nécessaire de s’alarmer à chaque variation relevée par le capteur: voilà pourquoi un accompagnement est indispensable.» 

Ainsi, notre expert conseille de prendre ces graphiques avec des pincettes, car tout dépend de l’index glycémique de chaque aliment, c’est-à-dire sa capacité à faire monter la glycémie en comparaison au sucre blanc. «Le but est d’éviter les aliments provoquant des variations très importantes, afin de minimiser la charge glycémique sur les cellules produisant l’insuline et empêcher leur épuisement précoce.»

Comment éviter les pics très hauts?

Pour se prémunir de ces fortes variations, le Dr. Kosinski recommande de privilégier une alimentation équilibrée, contenant beaucoup de fibres, avec des glucides complexes tels que les pâtes, le riz complet ou le pain complet, ainsi que des légumineuses. Les fibres, en effet, diminuent le pic glycémique tout en renforçant la sensation de satiété, ce qui évite fringales et grignotages. Une activité physique suffisante est également essentielle pour la prévention du diabète de type 2, qui se développe la plupart du temps dans les situations de surcharge pondérale et de sédentarité, selon les HUG. 

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Qu'en est-il, alors, des conseils très précis de Jessie Inchauspé et d'autres influenceurs santé? Ceux-ci recommandent notamment de manger tous les légumes dans l'assiette avant de passer au reste, toujours afin d'endiguer les pics glycémiques. 

«L’idée n’est pas incorrecte en soi, mais ce type de consigne peut être délétère pour les personnes sujettes aux TCA, prévient le Dr. Kosinski. Et il n’est pas nécessaire de s’infliger des règles ‘de niche’. Le plus important, sachant qu'une partie de la population générale ne mange pas assez de légumes, est de mieux axer les messages de prévention sur une consommation équilibrée, avec des légumes et des fruits variés.»

Et Isabelle Zanella-Ayer de confirmer: «L'essentiel est de consommer suffisamment de fibres, soit 30 grammes par jour, en visant les fameuses 5 portions quotidiennes de légumes et de fruits». Pour inviter davantage de végétaux dans son quotidien, la diététicienne suggère de commencer sa liste de course par les légumes, avant même de réfléchir au reste. A tester. 

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