Fact-checking
Le jeûne intermittent prévient-il vraiment le diabète?

En ce 14 novembre, Journée mondiale du diabète, penchons-nous sur la mode du jeûne intermittent, associée à de nombreux bénéfices, dont la prévention du diabète de type 2. Mais cette méthode est-elle si bénéfique que cela?
S'il apporte un cadre et lutte contre les fringales, le jeûne intermittent strict n'est pas indiqué pour tout le monde.
Photo: Shutterstock
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Ellen De MeesterJournaliste Blick

Voilà plusieurs années que le jeûne intermittent rassemble des nombres croissants de partisans. Et c'est totalement compréhensible: on lui attribue tous les bénéfices imaginables, de la perte de poids au gain d'énergie, en passant par un meilleur sommeil. Même l'Institut Pasteur abonde: «Plusieurs études ont montré que des pauses plus longues entre les repas réduisent le risque de crise cardiaque, d'accident vasculaire cérébral et de cancer», détaille le site officiel, qui évoque également un «nettoyage cellulaire». 

Pour rappel, la méthode la plus populaire, le 16-8, consiste à concentrer toutes ses prises alimentaires sur une fenêtre de huit heures, avant de passer les 16 heures restantes (incluant la nuit) sans manger, afin de réduire le grignotage et de laisser à l'organisme le temps de brûler ce qu'il a emmagasiné pendant la journée. 

En outre, plusieurs études ont suggéré que ce type de jeûne présente un impact positif sur le contrôle de la glycémie et peut ainsi s'avérer avantageux pour les personnes concernées par le diabète de type 2. Or, une récente recherche parue début 2025 dans la revue «Diabetes Epidemiology and Management» souligne plutôt que les effets ne sont pas si différents que ceux de l'alimentation généralement conseillée aux personnes diabétiques. Le jeûne intermittent ne serait donc pas une solution miracle, même si des bénéfices ont pu être clairement prouvés. 

Pas tout le monde ne devrait s'y mettre

Alors, que doit retenir la population générale, soucieuse de prévenir le diabète de type 2? Pour le Dr Christophe Kosinski, médecin adjoint au Service d’endocrinologie, diabétologie et métabolisme des HUG, le jeûne intermittent peut être intéressant pour certaines personnes, au niveau du diabète et de la perte de poids, tant qu’il est accompagné par une équipe soignante avec un diététicien et un médecin. 

«Mais ce régime n’est pas indiqué pour tout le monde, tempère-t-il. Au fond, l’habitude de concentrer tous ses repas sur huit heures, pour ne rien manger les seize heures restantes, revient un peu au rythme préconisé depuis longtemps, qui consiste à manger ses repas les plus consistants le matin et le midi, pour rester plus léger le soir. En effet, on n’a pas besoin de grandes sources d’énergie avant la nuit, car on ne va pas les brûler.» 

L'alternative: un rythme 12-12

Même son de cloche du côté d'Isabelle Zanella-Ayer, BsC en nutrition et diététique, responsable team thérapies chez EndoDia Centre: «Parmi les modes qui vont et viennent en diététique, celle du jeûne intermittent ne nous dérange pas tant que cela, observe-t-elle. L’idée principale est de laisser le corps digérer la majorité des aliments durant la journée plutôt que la nuit, d’éviter les grignotages et de cesser de manger après une certaine heure, le soir. En soi, c’est plutôt bien!»

En revanche, un véritable rythme 16-8, qui implique de concentrer tous ses repas dans une fenêtre de huit heures, peut être difficile à tenir: «Selon nos horaires et nos besoins, on peut se sentir mal ou manquer de temps pour manger correctement, remarque notre intervenante. Je propose donc un rythme 12-12, qui fonctionne aussi très bien et laisse plus de flexibilité pour s’assurer de pouvoir couvrir tous nos besoins.» 

Raison de plus d'en discuter au préalable avec un professionnel. «Il faut toujours réfléchir, avant d’appliquer aveuglément une méthode, souligne Isabelle Zanella-Ayer. Et dès que cela devient un business, qu’un influenceur essaie de vendre des livres ou des pastilles, il convient de faire preuve de méfiance.»

Un cadre bénéfique pour le corps

L'avantage principal du jeûne intermittent, si l'on décide de l'appliquer? Celui d'une structure quotidienne, au niveau de la prise des repas. 

«Celle-ci ne doit évidemment pas être trop rigide, mais l’idée d’un rythme clair dans les repas de la journée peut s’avérer bénéfique pour l’organisme, se réjouit Isabelle Zanella-Ayer. Par exemple, dans le but de calmer un peu la fringale sucrée de fin de journée, on peut décider qu’on ne mangera plus rien après le souper de 19h ou 20h, et directement aller se laver les dents, pour retrouver un terrain neutre sur le palais et couper les envies de sucré.»


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