Le canton de Fribourg a remis lundi officiellement les installations de la pisciculture d'Estavayer-le-Lac à ses exploitants. L'infrastructure connaît un deuxième démarrage, après la débâcle à plusieurs millions subie à la suite de sa première inauguration en 2016.
Les travaux de remise en état de la pisciculture sise au bord du lac de Neuchâtel sont donc terminés. Pour marquer le coup, les conseillers d’Etat fribourgeois Jean‐François Steiert, directeur des infrastructures, et Didier Castella, directeur de l'agriculture, ont remis lundi l’ouvrage rénové lors d'une cérémonie officielle.
«L’histoire de l'infrastructure n’a pas suivi une ligne droite», a relevé devant la presse Jean-François Steiert, en évoquant les difficultés rencontrées depuis dix ans. Il a simultanément salué «la persévérance des personnes qui ont continué à chercher des solutions» au fil du temps. Le chantier a démarré en 2024.
Multiples actions
Les travaux ont porté sur la correction des défauts de conception, le renouvellement des installations techniques, la réorganisation des espaces, la création d’un nouveau système d’alimentation en eau du lac ainsi que la mise en place d’équipements de production adaptés aux exigences de l’aquaculture moderne.
Le site repose sur «une gouvernance renforcée, des standards modernes, et une conception centrée sur la robustesse, la biosécurité et les besoins des utilisateurs», a dit Didier Castella. La montée en puissance de la production surviendra progressivement jusqu’en 2027, avec des phases de test selon les différentes espèces.
A terme, la pisciculture pourra produire jusqu’à 25 millions d’alevins de palées, 10 millions de bondelles, 200'000 brochets et 200'000 truites lacustres par année. La production effective dépendra toutefois de la disponibilité des œufs et de la coordination avec les partenaires intercantonaux.
Budgétisation
«La nouvelle infrastructure dispose d'installations modernes, une meilleure sécurité d’approvisionnement et une complémentarité avec d’autres sites», a constaté de son côté Thomas Jansses, directeur d’Aquaforum à la Haute école spécialisée (HES) bernoise, et expert dans le domaine de l’aquaculture ayant accompagné le projet.
Thomas Janssens a cependant rappelé que, «malgré des objectifs de production ambitieux, la pisciculture dépend des populations naturelles et ne peut pas compenser à elle seule les défis environnementaux affectant les poissons». Elle constitue un «levier parmi d’autres», a souligné le spécialiste.
«J'ai commencé au Conseil d'Etat (ndlr: début 2017) et, après deux mois, on m'a dit qu'il fallait fermer la pisciculture», a encore confié à Keystone-ATS Jean-François Steiert. Au-delà, le projet a permis d'améliorer les processus en matière de budgétisation. «Les réflexions ont déjà porté leurs fruits», s'est-il réjoui.
Long feuilleton
«Il faut ne pas donner des budgets trop bas, et dont on sait qu'ils vont être dépassés», a insisté Jean-François Steiert à propos du feuilleton de la pisciculture. «Les conditions ne sont pas toutes simples, avec la température de l'eau qui monte», a ajouté le ministre à propos de l'exploitation proprement dite.
Les députés avaient accepté en juin 2024 un crédit de 3,56 millions de francs pour la réhabilitation de l'installation, après un très vif débat. De quoi rappeler celui de 2020 qui avait conduit à l'instauration d'une commission d'enquête parlementaire pour faire la lumière sur une pisciculture inaugurée en 2016 pour 2,4 millions.
Ensuite, le Grand Conseil avait accepté en novembre 2021 la remise en état par 87 voix contre 10 et 9 abstentions, donnant un mandat «clair» au Conseil d'Etat de rendre la pisciculture fonctionnelle. Il a fallu constituer un comité de pilotage, avec la reprise complète des études pour un ouvrage décrit comme «très particulier».