Les trois avocats du couple Moretti ont pris la parole sur le dossier Crans-Montana cette semaine, pour la deuxième fois depuis les événements. Les défenseurs ont évoqué avec Le Nouvelliste leur «combat pour la vérité», tout en s'affranchissant d'une éventuelle instrumentalisation de la procédure.
Près de deux mois après les faits, «on assiste à une sorte de dérive», constate Yaël Hayat. «L’émotion est légitime mais elle ne peut pas devenir le centre de gravité de cette affaire au détriment de la raison.»
Le problème des fuites
Elle et ses confrères genevois ont contacté le média valaisan pour organiser l'interview, qui aura duré une heure et demie. Objectif: «rétablir nombre de contre-vérités» et ce «sans dévoiler le contenu du dossier», avance Nicola Meier.
«Des éléments de l’instruction fuitent de manière partielle et partiale et ça pose un problème. Ils contribuent à alimenter le sentiment selon lequel les Moretti souhaitent dissimuler certaines choses, ce qui est totalement faux», s'aligne Patrick Michod. Les trois défenseurs affirment n'avoir jamais communiqué un seul élément de l'instruction. Et cela malgré le fait qu'ils en auraient «plein à livrer» qui seraient «favorables aux Moretti».
Trop de «fausses informations»
Principale vérité à rétablir, selon les termes des avocats: le drame du Nouvel An est un accident. «Et quand on dit accident, ça veut dire que personne n’a voulu cette tragédie (...). Ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas de responsabilité à établir, mais ça veut dire que ce drame est involontaire», avance l'avocate genevoise.
Certains avocats ont demandé, après le drame, que les époux Moretti soient poursuivis pour meurtre par dol éventuel. Pour l'avocate genevoise, «la série de fausses informations» circulant dans la presse depuis le début du drame «irriguent» cette «déroute». En guise d'exemple, Yaël Hayat avance le récit selon lequel Jessica Moretti se serait enfuie avec la caisse sous le bras, sans porter secours aux blessés. «Les projecteurs sont braqués aujourd’hui sur les époux Moretti, on ne demande pas de les éteindre», assure Nicole Meier. «Juste d’en allumer d’autres pour éclairer d’autres responsables potentiels».
Pour les défenseurs, la divulgation de fausses informations explique en partie «le lynchage» de leurs clients vécu lors des auditions d'il y a quinze jours. Les époux Moretti ont été interviewés les 11 et 12 février dernier sur le campus d'Energypolis à Sion. Les scènes qui ont en découlé ont marqué les esprits.
Auditions et «lynchage»
Les trois avocats n'auraient-ils pas dû se douter que la scène allait déraper? Déjà dans le bâtiment, Jacques et Jessica Moretti sont ressortis accompagnés de leurs défenseurs, et se sont retrouvés au milieu d'une foule de médias, mais aussi de proches de victimes et de défunts.
«Vis-à-vis de ces familles, endeuillées et en souffrance, emprunter une porte dérobée aurait pu être perçu comme une sorte de mépris, ce que nous ne souhaitions pas», explique Patrick Michod. Et ses confrères d'affirmer que les Moretti n'ont jamais eu l'intention de se dérober depuis le début de l'affaire. La «dérive» ou «vindicte» qui s'est produite n'aurait pas pu être anticipée, s'accordent les trois avocats.
Il s'agit désormais d'en tirer des leçons pour la suite. «Il y a sûrement une prise de conscience qu’on a été trop loin à l’encontre des époux Moretti en les traitant d’assassins», remarque Nicola Meier. Malgré les événements, le couple reste ouvert à rencontrer et à échanger avec les familles à l'abri des regards, affirment les défenseurs.
Une procédure «d'au moins cinq ans»
«Ce que les familles attendent – et c’est légitime – ce sont des réponses claires sur ce qui s’est passé. La justice ne pourra jamais effacer leur douleur, mais elle peut au moins leur dire la vérité», relève Patrick Michod. «Or, chaque fausse information distillée dans la presse mine cette possibilité: elle oriente inutilement les suspicions sur l’attitude de Jacques et Jessica Moretti, qui sont parfaitement collaborant avec l’enquête, continue-t-il. Et à chaque fois qu’une fausse information est infirmée, elle détruit la confiance dans l’instruction elle-même. C’est précisément pour ça qu’on intervient aujourd’hui», résume-t-il.
Pour les trois défenseurs, l'heure est aux actes. Après un temps de silence, il y a désormais «le combat pour que la vérité émerge.» La procédure, elle, pourrait durer «au moins cinq ans, même si elle est menée pour l’instant à un rythme élevé, estime Patrick Michod. Mais avec autant de parties concernées, il sera difficile de faire plus court.»
Pour mémoire, les trois avocats avaient déjà pris la parole une première fois le 18 janvier. Ils avaient, là aussi, dénoncé les «mensonges» et les «fuites» liées à l'enquête en cours et appelé le Ministère public valaisan à résister à la pression.