Jacques Moretti, gérant du bar «Le Constellation» à Crans-Montana, a de nouveau été interrogé mardi par le Ministère public valaisan. Le restaurateur, toujours en détention préventive, devait fournir des précisions sur ce qui s’est passé dans son établissement aux premières heures du 1er janvier. Son audition s’est étendue sur toute la journée.
Il sera intéressant de voir dans quelle mesure les déclarations de Jacques Moretti concordent avec les conclusions de l'Institut médico-légal de Zurich (FOR). Les spécialistes zurichois sont arrivés à Crans-Montana quelques heures seulement après la catastrophe. Ils ont découvert une scène d’horreur, comme en atteste le rapport d’enquête.
Des images insoutenables
Le rapport, que Blick a pu consulter, retrace le travail des experts et donne un aperçu précis de ce qui a pu se dérouler entre les murs du «Constellation». Les autorités valaisannes ont rapidement compris qu’elles allaient avoir besoin du soutien de Zurich pour faire face au drame. Dès le jeudi 1er janvier, à 3h, soit une heure et demie après le déclenchement de l’incendie, le FOR a été alerté.
A 6h50, les spécialistes zurichois sont arrivés à Crans-Montana et ont été informés de la situation par la police cantonale valaisanne. Dix minutes plus tard, les experts de la police scientifique ont pénétré dans le bar. Ils y ont effectué un tour de douze minutes, durant lequel des vidéos ont été réalisées.
Le rapport d’enquête souligne la violence des images recueillies. On y distingue trois corps dans un environnement entièrement calciné. L’un est étendu sur une table, les deux autres gisent au sol. Des images à peine supportables.
Beaucoup de pyrotechnie
Un plan d’ensemble figurant dans le rapport du FOR montre ce que les spécialistes ont découvert, ainsi que l’emplacement exact des éléments retrouvés. Les zones du sous-sol où des corps ont été découverts sont signalées en rose.
On observe notamment d’importantes traces de peinture rose autour des escaliers. Pour accéder à certaines pièces, les experts ont dû enjamber plusieurs personnes décédées.
Le plan d’ensemble indique également les emplacements de la pyrotechnie dans «Le Constellation», signalés en jaune. Le rapport indique que les médecins légistes ont saisi 17 bougies incandescentes brûlées avant midi et avant le retrait des corps. Mais ce n’est pas tout. Un véritable arsenal de fontaines pyrotechniques était stocké à l’intérieur du bar.
Engins pyrotechniques interdits
Vers vendredi midi, la police scientifique a découvert d’autres produits pyrotechniques. Dans un local à matériel situé à l'arrière de l'espace salon, les experts ont découvert 100 fontaines inutilisées, encore emballées dans un carton fermé.
Peu après, une autre découverte interpelle: six tubes pyrotechniques et huit pétards «au sol» ont été retrouvés dans un sac à bandoulière bleu, qui se trouvait dans un sac en plastique sur le sol devant un canapé. Ces pétards provenant d'Italie sont interdits en Suisse, selon le rapport. La raison? Ils sont considérés comme dangereux à manipuler. Le sac à bandoulière bleu est également visible sur la photo aux côtés de trois corps. La personne à qui il appartenait reste indéterminée.
A la suite de cette découverte, les spécialistes ont encore retrouvé huit autres fontaines brûlées, disséminées dans l’ensemble de la pièce – un indice supplémentaire de la quantité de pyrotechnie utilisée lors de la nuit du Nouvel An au «Constellation».
Jessica Moretti auditionnée mercredi
Jessica Moretti devrait, elle aussi, être interrogée sur l’usage des engins pyrotechniques, ainsi que sur la présence des feux d’artifice interdits retrouvés dans le sac bleu. Son interrogatoire est prévu ce mercredi.
Les questions adressées à la propriétaire du bar s’annoncent délicates. Le rapport d’enquête indique en effet que Jessica Moretti aurait donné les instructions pour le spectacle pyrotechnique fatal, qui a coûté la vie à 40 personnes et blessé 116 autres, parfois très grièvement.