Adolf Ogi réagit au drame de Crans-Montana
«Je trouve inapproprié de critiquer le canton du Valais, de le clouer au pilori»

La tragédie survenue à Crans-Montana a profondément bouleversé l’ancien conseiller fédéral Adolf Ogi. Rapidement, sans formalités bureaucratiques, avec générosité: c’est ainsi que la Suisse doit venir en aide aux victimes.
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«Nous devons donner de l'espoir aux jeunes»: Adolf Ogi au «Ruedihus» à Kandersteg.
Photo: Kurt Reichenbach
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Monique Ryser

En tant que père ayant perdu un fils et connaissant parfaitement la profondeur d’un tel désespoir, l'incendie de Crans-Montana a profondément ébranlé Adolf Ogi. Mais aussi en tant qu'ancien conseiller fédéral, qui a vu l’image de son pays ternie et a été confronté à des critiques sur le plan international. Et en tant que montagnard et ami du Valais, qui aime profondément sa région et ses habitants. «Mes pensées et celles de ma femme Katrin vont constamment aux victimes, à leurs proches et aux secouristes. C’est une tragédie.».

«C’est incroyable le drame qui s’est déroulé»

Le matin du 1er janvier, l’ancien conseiller fédéral avait dormi un peu plus longtemps que d’habitude et n’avait donc pas vu les messages de sa fille Caroline, qui lui avaient été envoyés dès cinq heures du matin.

Caroline et son mari Sylvain tiennent le restaurant Casy à Crans-Montana. Après le déclenchement de l’incendie, un couple de clients leur ont dit que leurs deux enfants fêtaient la nouvelle année au bar «Le Constellation». Sylvain s’est immédiatement rendu sur les lieux de la catastrophe, a aidé à retrouver les deux enfants du couple et les a emmenés à l’hôpital de Sion. «C’est incroyable le drame qui s’est déroulé», affirme Adolf Ogi en secouant la tête.

Le lendemain, lui et sa femme se sont précipités à Crans-Montana pour apporter leur soutien à leur fille et leur gendre. «Tout le village est traumatisé, tout le monde a été touché par la catastrophe, a perdu quelqu’un, a aidé ou connaît des gens dont la vie a été bouleversée à jamais.» Pour lui, le plus important est désormais de soutenir les personnes touchées. «Nous devons les accompagner dans leur deuil.»

Mais comment faire, comment apporter du réconfort lorsqu’un enfant est mort ou a été gravement blessé? «Parler, être présent, écouter, partager des souvenirs», répond Adolf Ogi, père de Mathias, décédé d’un cancer en 2009 à l’âge de 35 ans seulement. «Le désespoir des parents est incommensurable», explique-t-il les yeux humides. Au cours de son processus de deuil, il est lui-même devenu sceptique, a cherché des réponses, s’est posé de nombreuses questions. «Mais on n’obtient aucune réponse. C’est la dure réalité.»

La Constitution fédérale montre la voie

Selon Adolf Ogi, il faut maintenant apporter une aide d’urgence immédiate aux victimes et aux blessés. «Le fait que le canton du Valais se fasse envoyer toutes les factures de secours et d’hospitalisation est une mesure extrêmement importante. » Affirme-t-il avant d’ajouter: «A situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles!»

«Nous avons une responsabilité», dit Adolf Ogi, 83 ans. C'est dans son village natal de Kandersteg qu'il trouve le calme et la force.
Photo: Kurt Reichenbach

«C’est dans de telles circonstances que l’on voit qui l’on est vraiment.» Adolf Ogi cite le préambule de la Constitution fédérale: «C’est pourquoi, au nom de Dieu Tout-Puissant, le peuple suisse et les cantons conviennent que la force du peuple se mesure au bien-être des plus faibles.» C’est précisément ce qu’il faut faire maintenant, selon le politicien.

«Nous avons l’obligation morale d’apporter une aide financière rapide et sans formalités administratives. » L’ancien conseiller fédéral propose la création d’un fonds alimenté par la Confédération, le canton du Valais et la commune de Crans-Montana, à l’instar de celui mis en place après l’attentat de Louxor qui a coûté la vie à 38 citoyens suisses. Environ 200 millions de francs sont nécessaires et cette somme doit être réunie. L’argent seul ne suffit pas, mais il aide les personnes concernées à ne pas avoir à se soucier de leurs finances. Il ajoute cependant: «Cela doit s’accompagner d’une prise de responsabilité et d’excuses, quelles que soient les conséquences juridiques. Nous le devons aux victimes et nous le devons à nous-mêmes.»

Adolf Ogi exige également une enquête judiciaire complète, impartiale et approfondie. «Je trouve inapproprié de critiquer le canton du Valais, de le clouer au pilori. Nous devons laisser la justice faire son travail.» Il qualifie d’arrogantes les affirmations telles que «cela ne se serait pas produit chez nous». De plus, il soutient que ceux qui font leurs «diagnostics» à distance oublient à quel point la chaîne de sauvetage a fonctionné de manière professionnelle. L’enquête doit désormais être menée avec le même professionnalisme.

La véritable force, c’est la communauté

Pour Adolf Ogi, une chose est claire: «La catastrophe a ébranlé le pays tout entier. Nous avons touché le fond.» Mais il y puise aussi un nouvel espoir: «La solidarité que j’ai vue et vécue lors de la journée de deuil national m’a profondément touché.»

«Cela ne s’était jamais produit au cours des dernières années. La compassion de la population témoigne de la véritable force de notre pays.» Il espère que les gens se rapprocheront à nouveau, qu’ils renoueront avec la communauté. C’est ce qui fait la cohésion du pays. «Et c’est ce qui soutient tous ceux qui ne pourront jamais faire le deuil de leur perte, mais qui veulent et doivent malgré tout continuer à vivre.»

Article de la «Schweizer Illustrierte»

Cet article a été initialement publié dans «Schweizer Illustrierte». Vous trouverez d’autres articles passionnants sur www.schweizer-illustrierte.ch.

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