L'ancienne conseillère fédérale Micheline Calmy-Rey a grandi à Sion, dans le canton du Valais, mais est originaire de Crans-Montana. Elle y possède un chalet avec ses sœurs, où elle se trouvait la nuit du tragique incendie qui a frappé bar «Le Constellation». Plusieurs jours après la Saint-Sylvestre, elle se trouve toujours sur place et évoque à Blick le deuil collectif et la nécessité d'une enquête approfondie.
Madame Calmy-Rey, vous avez passé la nuit de la Saint-Sylvestre à Crans-Montana. Comment avez-vous vécu ces dernières journées?
J'ai honte. Vraiment. Beaucoup de choses ont mal tourné. Les autorités et les propriétaires du bar sont responsables de ce qui s'est passé. C'est tout simplement horrible. Les gens pleurent, on ressent cette peine partout. Pour moi, il y a clairement un avant et un après Crans-Montana. Rien ne sera plus comme avant.
Qu'est-ce qui vous bouleverse le plus?
Ma pensée va aux personnes qui ont péri dans l'incendie. Et à leurs parents. Je suis infiniment désolée pour ces familles dont les enfants auraient encore eu toute la vie devant eux. Cette douleur est difficilement supportable.
A quel point cette tragédie touche-t-elle les gens ici?
Elle les touche de très près. Presque tout le monde connaît quelqu'un qui est impacté. On entend chaque jour parler de nouveaux destins brisés. Récemment, j'ai appris que le neveu d'une connaissance était décédé. Crans-Montana est une communauté très soudée, c'est aussi pour cela que nous sommes si profondément affectés.
Cela s'est également manifesté à travers le nombre important de participants à la messe commémorative du dimanche suivant la tragédie.
Nous avons ressenti le besoin de nous réunir, de pleurer ensemble. Ce rassemblement nous a fait du bien, il nous a apporté un peu de réconfort.
Cette catastrophe a-t-elle changé durablement la station?
Oui. Crans-Montana ne peut plus être un lieu où l'on rit simplement sans souci. On se croirait dans un cimetière. La station n'est plus la même.
Beaucoup parlent d'un échec. Partagez-vous cette opinion?
Des erreurs ont été commises, il faut le dire clairement. Les enquêtes doivent maintenant être menées avec soin et rigueur. La Suisse est un Etat de droit. Le moment est venu de présenter des excuses, mais les excuses seules ne suffisent pas.
Quel est le rôle des médias et de la justice dans cette phase?
Les comptes rendus critiques de la presse sont importants. Il est également juste que les avocats des familles fassent pression. Cela oblige les autorités valaisannes à faire ce qu'il faut. Cette pression est nécessaire.
A votre avis, que devrait-il se passer maintenant?
Il faut en finir avec les petits arrangements, les liens entre la politique et les intérêts personnels. Ce népotisme doit cesser, même si l'on se connaît. Et en même temps, nous devons rester solidaires en tant que communauté. Ce sera très difficile. Mais la vérité doit être révélée.
Pourquoi est-il si important de faire la lumière sur cette affaire?
Parce que nous le devons aux familles. Et parce qu'il en va de l'honneur de Crans-Montana, de l'honneur du Valais, et même de l'honneur de la Suisse. Nous devons comprendre comment cela a pu se produire et veiller à ce que cela ne se reproduise jamais. Plus jamais.