La pression sur Jacques Moretti et sa femme Jessica continue de s’intensifier. Vendredi, on a appris que le drame de Crans-Montana pourrait aurait pu être en partie causé par des choix financiers du couple. Des e-mails récemment dévoilés laisseraient entendre que Jacques Moretti aurait jugé l'installation de mousses ignifuges trop coûteuse. Plusieurs médias italiens ont relayé ces informations. C’est cette mousse qui serait à l’origine de l’incendie du «Constellation», déclenché par des bougies attachées à des bouteilles de champagne.
La nouvelle risque de heurter les proches des victimes, déjà profondément bouleversés. Si l’on y ajoute les événements de jeudi, lorsque certains membres des familles ont confronté les Moretti, les époux ont-ils désormais besoin d’une protection personnelle?
Avant une nouvelle audition de Jessica Moretti, la tension est montée devant la Haute école spécialisée de Suisse occidentale (HES-SO) à Sion, où le Ministère public tient actuellement les auditions, faute de place.Au point que la situation a failli dégénérer. La scène a tourné au chaos alors que presque aucun policier n’était mobilisé.
La panique sur son visage
Peu avant 9 heures, Jacques et Jessica Moretti, accompagnés de leurs avocats, se sont avancés vers l’entrée principale du bâtiment. Ils ont rapidement été repérés, avant d'être encerclés par les journalistes et les familles qui patientaient. Un avocat des victimes, souhaitant rester anonyme, a déclaré le soir même: «C’est une honte, cela ne doit pas arriver en Suisse!»
Les proches ont pris à partie les Moretti, les ont empêchés d’accéder à l’entrée et les ont insultés. Les deux policiers présents semblaient dépassés par la situation. Le visage de Jessica Moretti trahissait la panique. Lorsqu’elle et son mari ont finalement réussi à pénétrer dans le bâtiment, elle s’est effondrée.
Pas de protection policière
La scène a suscité des critiques de la part des avocats des Moretti. Ils ont dénoncé le nombre insuffisant de policiers sur place. «C’était une agression. Vous l’avez vu, il y a eu un débordement à mains nues», a affirmé l’un d’eux, selon l’agence de presse italienne Ansa. Par ailleurs, le lendemain, les bâtonniers des cantons du Valais, Vaud et Genève ont condamné les attaques à l'encontre des avocats du couple Moretti.
Une question s’impose: pourquoi les Moretti n’étaient-ils pas davantage protégés? Selon nos informations, la police cantonale valaisanne n’avait reçu aucune instruction en ce sens. Ses effectifs devaient prioritairement garantir la sécurité publique.
Ce cas n’a rien d’exceptionnel. En Suisse, les corps de police n’assurent en principe pas la protection de personnes privées, mais celle de responsables politiques exposés ou d’individus particulièrement menacés dans l’exercice d’une fonction publique lors d’une apparition officielle.
En d’autres termes, les Moretti auraient probablement dû organiser leur sécurité à titre privé. Une option aurait été de faire appel au Groupe Securitas. Sa porte-parole, Sabine Brechbühl, indique à Blick: «Nous employons des spécialistes pour ce type de protection contre les risques. Elle reste toutefois confidentielle: la discrétion est essentielle, notamment pour protéger les personnes concernées. C’est pourquoi nous ne commentons généralement pas publiquement les mandats dans ce domaine.»
Quelle est l'ampleur de la menace?
Il n’est cependant pas exclu que les autorités valaisannes assurent à l’avenir la protection des Moretti. «Empêcher que la justice ne soit rendue par des particuliers fait aussi partie des missions de la justice et de la police», explique à Blick le psychiatre légiste Thomas Knecht. Et d'ajouter: «A ma connaissance, dans des situations manifestes, des mesures de protection étatiques peuvent être envisagées non seulement pour les témoins, mais aussi pour les auteurs présumés.»
Mais s’agit-il d’un «cas manifeste» concernant les Moretti? Jérôme Endrass, psychologue légiste, précise: «Chaque situation doit être évaluée individuellement. En cas de menaces verbales, on examine le risque potentiel.» Dans les cantons germanophones, la gestion policière des menaces constitue déjà un standard. «En Suisse romande et dans les petits cantons, le niveau n’est pas encore partout identique, mais les pratiques évoluent également», poursuit-il.
Jeudi à Sion, aucune menace directe de violence n’aurait été proférée. La situation demeure néanmoins sensible. «L’être humain possède un sens inné de la justice, souvent lié à un réflexe de vengeance, analyse le psychiatre médico-légal Thomas Knecht. Un sentiment d’injustice suscite l’indignation, d’autant plus intense que l’injustice perçue est grande.»