Drame de Crans-Montana
Les époux Moretti ont subi dix heures de face-à-face à Sion

Jacques et Jessica Moretti ont été entendus vendredi à Sion par le Ministère public valaisan dans l'affaire de l'incendie du «Constellation». De nouvelles charges, notamment pour faux dans les titres, ont été retenues contre Jessica Moretti.
Les propriétaires du bar de Crans-Montana ont été entendus ensemble ce vendredi.
Photo: keystone-sda.ch
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ATS Agence télégraphique suisse

Jacques et Jessica Moretti ont été entendus vendredi par le Ministère public valaisan sur le mode dit de la «confrontation» dans l'affaire de l'incendie du «Constellation» à Crans-Montana. Particularité du jour: de nouvelles charges ont été retenues par les procureures contre Jessica Moretti.

Les époux Moretti sont arrivés dans une même voiture aux alentours de 8h00 du matin, sans faire de déclaration. Débutée environ une demi-heure plus tard, l'audition s'est terminée peu avant 19h00. Il s'agissait de la première fois que les co-propriétaires du bar étaient entendus conjointement par le pool de procureures en charge de l'affaire depuis l'ouverture de l'enquête le 1er janvier.

Les échanges, qui auront duré un peu moins de dix heures, ont été impactés par la notification d'un nouveau chef d'accusation à l'encontre de la gérante du «Constellation». Elle est désormais aussi prévenue de faux dans les titres. Cette nouvelle inculpation est en lien avec une facture qui concerne l'achat des mousses datant de 2015, date des travaux de transformation de l'établissement.

«Cette nouvelle mise en prévention, c'est un non-événement, a déclaré Nicola Meier, l'un des deux avocats de Jessica Moretti à l'issue de l'audience. On est en train de parler d'une problématique de facture et de la manière dont elle aurait été comptabilisée il y a plus de dix ans. Cela n'a strictement aucun lien avec la tragédie de Crans-Montana.» Et pour sa consoeur Yaël Hayat d'insister sur le fait que le couple a répondu à l'ensemble des questions posées dans le cadre de l'enquête.

Dizaines d'avocats présents

Cette audition s'est, à l'image des précédentes, déroulée en présence de dizaines d'avocats de parties civiles. Ces derniers ont pu poser quelques questions «à la volée». A leur arrivée à Sion, certains avaient fait part de leurs inquiétudes quant aux risques de collusion, cinq mois s'étant déroulés depuis le drame et le couple faisant ménage commun. «lls ont bien pu préparer leurs auditions, il faut être réaliste», avait abondé dans ce sens l'avocat vaudois Didier Elsig.

A la sortie, l'avocat valaisan Sébastien Fanti a qualifié les échanges de «fructueux», même si cet avis n'était pas partagé par l'ensemble de ses confrères présents à Sion vendredi. «On a l’impression que le Ministère public tisse sa toile, a déclaré l’avocat Pierre-François Vuillemin. Mais on n'a jamais tissé une toile d’araignée très vite.»

Besoin de «réponses» et de «vérité»

«On peut dire que la vérité avance lentement dans cette enquête, mais ce n'est pas du fait des Moretti, et c'est ça qui est malheureux, a, quant à lui, déploré l'avocat Christophe de Galembert. C'est du fait de leurs contradictions. Ce qui est clair, c'est qu'on avancerait beaucoup plus vite s'ils collaboraient activement, c'est-à-dire s’ils essayaient d'expliquer leur comportement, les choses qu'on leur présente.»

Lors de leurs différentes prises de paroles auprès des médias, plusieurs avocats ont évoqué le crucial besoin de «vérité» des familles et des proches de victimes. Présente à l'audition du jour, une maman d'un jeune décédé lors de l'incendie a pris la parole, visiblement émue: «aujourd'hui, je suis là pour lui, mais aussi pour son frère parce qu'il vit avec les conséquences de ce drame. Chaque jour, on vit avec ces conséquences, en tant que parent, frère, soeur, grand-parent, tante.» Et d'ajouter que tous ont besoin de «réponses».

Sur place, le dispositif de sécurité a été renforcé: des barrières et bannières de la police cantonale valaisanne encerclaient l'entrée du bâtiment universitaire. Plus d'une dizaine de policiers ont également été aperçus à proximité du bâtiment. Toujours sur le site, une dizaine de caméras, dont celles de médias français et italiens, sont restées à l'affût.

Moretti entendus plusieurs fois

Les gérants du «Constellation» ont chacun été entendus deux fois par les procureures depuis le début de l'enquête. Jacques Moretti aurait, lui, dû être interrogé pour la troisième fois en tant que prévenu en avril, mais son audition avait été reportée pour raison médicale.

Le couple avait été auditionné pour la première fois en qualité de prévenu le 9 janvier, à la suite de quoi Jacques Moretti avait été placé en détention provisoire, avant d'être libéré sur caution le 23 janvier. Les deux gérants avaient ensuite été questionnés tour à tour les 11 et 12 février.

Ce dernier rendez-vous avait généré d'importants remous. Le couple avait été pris à partie par des proches des victimes, bousculé et encerclé à son arrivée au campus Energypolis. A la suite de cet épisode, la police cantonale avait annoncé renforcer son dispositif de sécurité.

Quatorze prévenus

Les Moretti, comme l'ensemble des prévenus dans l'affaire (14 en tout), doivent répondre d'homicide par négligence, lésions corporelles par négligence et incendie par négligence à la suite du drame qui a fait 41 morts et 115 blessés durant la nuit du Nouvel an. A cela s'ajoute le nouveau chef d'accusation à l'encontre de Jessica Moretti.

Mercredi, un ancien municipal en charge des constructions de la commune de Chermignon, en fonction entre 2013 et 2016, a lui aussi été entendu par le Ministère public. Un nouveau round d'auditions devrait avoir lieu en juillet, sans que le calendrier n'ait encore été précisé par les procureures.

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