L'enquête sur l'incendie meurtrier du bar «Le Constellation» à Crans-Montana met un coup de projecteur sur le couple de propriétaires français soupçonnés de «négligence» par les autorités judiciaires. Jacques et Jessica Moretti possédent également deux autres établissements à Crans-Montana et dans le village avoisinant de Lens.
Le couple avait été entendu comme «personnes appelées à donner des renseignements» au début de l'enquête. Mais samedi, le ministère public a annoncé l'ouverture d'une instruction pénale pour «homicide par négligence, de lésions corporelles par négligence et d'incendie par négligence» contre les gérants.
Avant de savoir s'il y aura un procès, l'enquête devra établir la responsabilité du couple dans le drame vraisemblablement provoqué par des bougies incandescentes. Selon les premiers éléments, elles auraient été fixées sur des bouteilles de champagne placées trop près du plafond du sous-sol de l'établissement.
Ancien gérant d'un bar à Bonifacio
D'après Corse-Matin, Jacques Moretti est originaire de Ghisonaccia, en Haute-Corse, et son épouse Jessica de la Côte d'Azur, selon Nice-Matin. Avant la Suisse, Jacques Moretti a dirigé un bar-lounge sur le port de Bonifacio, ville balnéaire prisée en Corse, selon des sources locales corses et des documents administratifs consultés par l'AFP.
Les documents font aussi état d'activités dans le secteur immobilier au début des années 2000 dans la station de ski des Alpes françaises de La Clusaz, en Haute-Savoie. Jean-Charles Orsucci, maire de Bonifacio depuis 2008, confirme à l'AFP que Jacques Moretti avait eu un commerce sur le port à la fin des années 2000. Et il précise avoir toujours eu «de bonnes relations» avec ce commerçant.
Installés à Crans-Montana depuis 2015
C'est en 2015 que le couple s'est installé à Crans-Montana en achetant «Le Constellation», selon les registres du commerce. L'ouverture de deux autres commerces y est mentionnée: le café-restaurant Le Senso, enregistré en 2020 à Crans-Montana, et l'auberge corse Le Vieux Chalet, enregistré en 2023 à Lens.
«C'est un ami, il s'est installé ici, c'est son premier bar, après il en a eu deux autres. C'est un travailleur, c'est un ami de la station», a témoigné auprès de l'AFP Charles-André Bagnoud, notaire de Crans-Montana. «Il faisait son travail très sérieusement, et puis on le voyait tous les jours, il était toujours là, toujours là, toujours engagé», poursuit-il.
Examen de la légalité du sous-sol
L'enquête qui vise les Moretti doit notamment porter sur les travaux effectués dans le sous-sol du bar en 2015, les matériaux utilisés, les autorisations d'exploiter et les mesures de sécurité.
Les enquêteurs devront se pencher sur plusieurs éléments, notamment la nature de la mousse recouvrant le plafond, qui semble s'être rapidement embrasée, ou le respect des normes en matière d'accès et d'issues de secours au sous-sol.
De nombreux témoignages ont rapporté des scènes de bousculade, entre autres dans l'escalier menant au sous-sol, alors que la réglementation suisse exige des portes à ouvrir dans le sens de la fuite, des voies de circulation dégagées et bien signalées, avec des largeurs minimales.
Jacques Moretti se défend
Interrogé samedi par des journalistes dont l'AFP devant son domicile de la commune voisine de Lens, Jacques Moretti a lancé: «Laissez-nous tranquilles, nous aussi nous sommes en deuil.» Vendredi, il avait assuré au quotidien La Tribune de Genève que son bar avait été contrôlé «trois fois en dix ans» et que «tout s'(était) fait dans les normes». L'expert en prévention des incendies Hugo Cina estime toutefois qu'il aurait dû être controlé chaque année.
«Le dossier (de l'établissement) a été demandé à la commune, il a été obtenu. Pour l'instant, il est en cours d'analyse», a déclaré samedi à la presse la procureure générale du canton du Valais, Béatrice Pilloud. Cette enquête «a été ouvert(e) parce que nous avons des soupçons, mais tant qu'il n'y a pas une condamnation, il y a une présomption d'innocence qui prévaut», a-t-elle également tenu à préciser.
Au terme de l'instruction ouverte, le ministère public décidera de classer l'affaire ou d'émettre un acte d'accusation qui pourrait conduire à un procès. En attendant, les intéressés n'ont fait l'objet d'aucune mesure de détention provisoire ni d'assignation à résidence, a confirmé à l'AFP un porte-parole de la police cantonale samedi.