Une vidéo montre le départ du feu dans le bar
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Drame à Crans-Montana:Une vidéo montre le départ du feu dans le bar

Mousse, pyrotechnie, sorties de secours…
Des experts relèvent le non-respect de plusieurs normes dans le bar

L'incendie dévastateur de Crans-Montana secoue la Suisse. Selon des experts, la mousse au plafond n'étaient pas aux normes, tout comme le nombre de sorties de secours.
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Cette photo d'une femme avec deux bougies festives circule sur les réseaux. L'authenticité de la photo ne peut pas être vérifiée de manière indépendante.
Photo: Screenshot X
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Lucie Fehlbaum et Janine Enderli

Comment cela a-t-il pu se produire? C'est la question qui est sur toutes les lèvres, au lendemain de l'incendie tragique de Crans-Montana. Les témoins ont décrit un chaos total. Quarante personnes sont décédées, 115 sont blessées – un bilan qui est pour l'heure provisoire. En Valais, l'enquête est en cours.

L'expert en pyrotechnie Erich Frey est sous le choc. Il a visionné très attentivement les vidéos de la nuit de l'incendie. Le spécialiste de 66 ans en est certain: les engins pyrotechniques visibles sur la vidéo n'étaient pas des feux de Bengale. «Ce sont des bougies-fontaines, ou cierges magiques. Les flammes ne montent que dans une seule direction: vers le haut.» La procureure générale du Valais, Béatrice Pilloud, a évoqué le 2 janvier ces bougies festives comme principale hypothèse pour expliquer le drame.

«Une négligence absolue»

De plus, un jet de flamme de dix centimètres de long jaillissait de ces bougies. «Elles doivent toujours se trouver à au moins un mètre des surfaces. Ce n'était manifestement pas le cas ici», souligne Erich Frey. L'expert en feux d'artifice souligne que lorsqu'un matériau inflammable se trouve à proximité, une vaste surface peut prendre feu très rapidement. «Si le matériau est vieux ou cassant, il s'enflamme très vite, assure Erich Frey. Il faut être extrêmement prudent.» Pour l'expert en feux d'artifice, une chose est claire: «L'utilisation de fontaines pyrotechniques et de matériaux inflammables était d'une négligence absolue.»

C'est exactement le scénario dramatique qui a condamné les victimes du Constellation. Au plafond, une mousse insonorisante s'est immédiatement embrasée au contact de ces cierges magiques. Selon Erich Frey, l'embrasement du plafond du «Constellation» pourrait être à l'origine de l'incendie.

Aucune chance laissée aux victimes

Une analyse partagée par un expert en investigation incendie, qui a déjà analysé, pour Blick, la notion de déflagration entendue après l'incendie. «Cette mousse n'avait rien à faire là. L’emballement thermique est extrêmement rapide. Il est possible que la pièce ait été amenée à son point de flashover», développe-t-il. 

Un phénomène qui ne laisse aucune chance aux victimes. «On arrive très vite à une puissance énorme, à 2 ou 3 mégawatts dans la pièce. Comme si 1000 sèche-cheveux s'allumaient d'un coup, illustre l'expert. Les fumées chaudes s'accumulent au plafond. Lorsque celui-ci atteint les 600, 650 degrés, la pièce arrive en inflammation totale. Tous les éléments combustibles prennent feu: c'est le flashover. Un embrasement généralisé. La littérature indique qu'on n'y survit pas.» Outre les flammes, les gaz brûlants, portés à 900 degrés lors de l'embrasement généralisé, brûlent les poumons de ceux qui les respirent. «Vous tombez par terre et si vous restez dans cet environnement, c'est terminé. C'est bien pour ça qu'il y a des normes!», tonne le spécialiste du feu.

Mousse visiblement «pas aux normes»

L'inflammabilité extrême de cette mousse est donc centrale. Or, ce matériau aurait dû être ignifuge. Pour être très précis, il existe quatre groupes de réaction au feu, de RF1 (pas de contribution au feu, comme le verre, le béton ou le plâtre) à RF4 (contribution inadmissible au feu, comme le carton ou les copeaux de bois). Pour être ainsi fixée au plafond, cette mousse aurait dû être en catégorie RF3. «Pas besoin d'être un expert pour voir qu'elle a contribué de manière inadmissible au feu et ne répondait pas à la norme.»

Ces mousses ne sont pas forcément normées, donc pas ignifugées, au moment de l'achat. Des questions essentielles se posent désormais. «Qui l'a posée? Celui qui l'a posée se fichait-il de savoir si elle était aux normes? A-t-il été berné par le fabricant? Est-ce que la commune était au courant qu’il y avait cette pose de matériau? La mousse a-t-elle été achetée à l’étranger? Posée par un professionnel? Va-t-on retrouver les papiers qui certifient ce matériau?», liste l'expert en investigation incendie.

Une seule sortie = maximum 50 personnes

Il rappelle par ailleurs que dans un sous-sol avec une seule voie d'évacuation, la capacité maximale, selon les normes suisses, aurait dû être limitée à 50 personnes. Or, le lourd bilan démontre qu'il y avait bien plus de personnes dans ce sous-sol, largement plus vaste que la partie «bar» du rez-de-chaussée. «Je ne pensais pas voir ça dans notre pays», se désole le spécialiste du feu.

Un ancien DJ du «Constellation», Cédric B., a contacté Blick au sujet de l'escalier, unique issue d'évacuation pour les clients du bar qui se trouvaient au sous-sol. «J'y ai travaillé il y a dix-huit ans, mais j'y suis retourné il y a deux ans pour rencontrer un ami. Ça avait beaucoup changé, assure ce trentenaire, originaire de Crans-Montana. Ce qui m'a marqué c'est que les escaliers avaient été vachement réduits. Ils sont moitié moins larges qu'à mon époque, sûrement pour gagner quelques places en haut. J'avais plaisanté en disant que ça faisait un peu cage.»

Le président de Crans-Montana Tourisme remonté

Erich Frey rappelle la responsabilité des exploitants. «En Suisse, les entreprises doivent s'assurer qu'aucun matériau inflammable ne se trouve à proximité. En tant qu'entrepreneur, on a aussi une certaine responsabilité, explique de son côté Erich Frey. De plus, des extincteurs doivent être facilement accessibles en permanence.» Il souligne également que les cierges magiques ne peuvent pas être manipulés par des personnes mineures. La plupart des victimes avaient entre 15 et 20 ans.

A l'émission «Forum» de la RTS, le 2 janvier, Jean-Daniel Clivaz, président de Crans-Montana Tourisme et Hôtelier, était remonté. «S'il vous plait, faites appel à des entreprises quand vous faites des travaux», a-t-il imploré.

Les propriétaires ont été auditionnés en leur qualité de «personnes appelées à donner des renseignements», a rapporté Béatrice Pilloud. Aucune responsabilité pénale n'a été encore établie à leur encontre. Blick a tenté de joindre la propriétaire vendredi, sans succès. Son mari et co-propriétaire, Jacques M. a brièvement répondu à «24 heures», assurant que son bar était aux normes et que le lieu avait été contrôlé «trois fois en dix ans». Il n'en dira pas plus, expliquant n'être «pas bien» après la tragédie.

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