L’émotion ne faiblit pas à Lutry et dans son club de foot local. La commune vaudoise, et plus généralement l’Est lausannois, sont particulièrement touchés par la tragédie de Crans-Montana. «Le FC Lutry pleure aujourd’hui sept jeunes qui faisaient partie de notre famille, qu’ils aient été encore actifs, anciens joueurs, entraîneurs ou proches de nos membres», écrit le club sur ses réseaux sociaux ce lundi 5 janvier.
A ceux-ci s’ajoutent «cinq jeunes blessés, qui luttent aujourd’hui pour leur vie» qui sont hospitalisés «en Suisse et à l’étranger», indique à Blick Stéphane Bise, président de l’association sportive. Parmi ces 12 juniors A et B, réunis pour faire la fête, beaucoup ont fréquenté la même école: la plupart sont nés en 2007, deux sont de 2008 et un de 2009. «Ils ont porté nos couleurs, partagé des vestiaires, des rires, des efforts et des rêves, continue le FC Lutry. Leur présence a marqué le club et restera à jamais dans nos mémoires.»
Contacté, le syndic de Lutry ajoute «sous réserve de confirmation et d’évolution» que cinq de ses concitoyens ont péri et que cinq ont été blessés à la suite de l’incendie du «Constellation» lors de la soirée de Nouvel An. «La plupart de ces jeunes étaient malheureusement au même endroit au même moment. Leur dénominateur commun, en plus de l’amitié qui les lie, c’est le ballon rond», observe Charles Monod (PLR), qui a passé plusieurs coups de téléphone aux conseillers d’Etat et au président du FC Lutry.
Accompagner ceux qui restent
Avec le club de football, qui compte 22 équipes et presque 400 membres, c’est non seulement la plus grosse association locale, mais surtout une communauté de presque 800 personnes que cette tragédie heurte. «On dit souvent que Lutry est devenue une ville, mais c’est resté, avant tout, un gros village, observe Stéphane Bise. Tout le monde se connaît, en particulier tous les jeunes et les parents du club ainsi que leurs proches.»
Un des défunts et un des blessés sont les enfants de membres du comité du FC Lutry, constitué «de miliciens et de bénévoles». Une autre jeune décédée était la petite amie d’un footballeur. Pour le président, «la seule chose à faire, désormais, c’est d’utiliser le foot, avec toutes ses valeurs, pour essayer d’adoucir le deuil des personnes les plus touchées».
Mais comment faire pour se relever après une telle tragédie? «On essaie aussi de gérer pour ceux qui restent, répond le Lutryen. Sur le plan sportif et humain, on fait tout pour remettre la machine en marche.»
Le canton dépêche deux psychiatres
La reprise des entraînements aura lieu le 19 janvier prochain, les matchs amicaux à la fin du mois et le championnat en mars. Pour accompagner le moment où des joueurs manqueront à l’appel, le club a pu compter sur la «réaction immédiate» du Canton de Vaud. «Dès que les autorités ont su que cette tragédie touchait durement le FC Lutry, elles ont mis à notre disposition deux psychiatres, en prenant en charge le coût de cette aide psychologique», dévoile Stéphane Bise.
L’objectif est d’ouvrir une permanence d’écoute à l’intention de tous. L’Association cantonale vaudoise de football (ACVF) se joint aux soutiens cantonaux adressés au FC Lutry et à tous les clubs touchés. «On attend de leurs nouvelles et on communiquera à ce sujet dans les jours qui viennent», précise Gilbert Carrard, président de l’ACVF. Et de continuer: «Ces jeunes avaient toute leur vie devant eux. Ils étaient à l’aube de leur premier virage d’adulte.»
Ce lundi 12 janvier, une réunion est prévue entre la psychiatre en charge et les entraîneurs du club, pour certains encore jeunes, afin de les préparer. «On sera présents auprès de toutes les équipes le jour de la reprise», précise Stéphane Bise. L'un des jeunes décédés, prénommé Arthur, 16 ans, était l'un de ces jeunes coaches. Sa maman, Laetitia Brodard-Sitre, par ailleurs responsable des féminines, a annoncé son décès après l'avoir recherché en vain.
Avancer malgré la «génération décimée»
Le premier jour de 2026, le juriste de profession se trouvait en famille aux Diablerets, en compagnie d’amis et d’un petit groupe de juniors B du club. «Au réveil, j’ai reçu le message d’une maman nous informant de l’incendie, raconte Stéphane Bise. Elle nous a demandé d’être prudents, car le drame était potentiellement terrible. Heureusement, les jeunes étaient avec nous. Nous avons pu prendre ensemble la mesure de ce qui était arrivé à certains de leurs amis.»
Lui-même papa d’un jeune footballeur, il partage sa «tristesse immense de voir une génération être ainsi décimée». Il ne pensait «pas avoir à vivre une telle épreuve» comme président de club de foot: «On n’est jamais préparés à ça. Heureusement, j’ai une équipe formidable, tout le monde se tient les coudes.»
Malgré les questions de responsabilités qui se posent dans toute la Suisse, l’heure n’est pas encore à la colère envers les autorités. «Pour l’instant, on se concentre sur les cérémonies, sur la reprise et sur le fait d’entourer nos jeunes», recadre calmement Stéphane Bise.
Un temple rempli comme jamais
Dans l’attente de la journée de deuil national de ce vendredi, tout Lutry s’est réuni au Temple samedi dernier. Dans une ambiance très fraternelle, aussi lourde que lumineuse, au moins 2000 personnes se sont réunies pour un hommage aux jeunes disparus, en présence de bon nombre de footballeurs. «J’ai passé toute ma vie dans la région et je n’ai jamais vu un temple aussi plein, souligne le syndic du haut de ses 60 ans. Ce moment extrêmement émouvant et nécessaire s’est déroulé dans un calme incroyable.»
Le Municipal estime que «le comité de crise du FC Lutry a mis tout en œuvre pour que la reprise de l’entraînement se passe au mieux» et ne doute pas qu’ils vont «se remettre de cette catastrophe». Le président du club est «persuadé qu’après le temps de la tragédie, de très belles choses vont émerger». Il est vrai que le foot local a ce pouvoir de rassembler, même dans des moments difficiles.
Après la cérémonie au Temple de Lutry, les membres du club se sont réunis sur le terrain de foot. «Ce moment fort a permis de prendre conscience du drame, avance Stéphane Bise. On a dit aux jeunes qu’il était normal d’avoir une réaction hors norme face à une situation hors norme.»
Le président du FC Lutry conclut en mettant l’accent sur la «force formidable» de tous les parents ayant perdu un enfant. «L’élan de solidarité et les messages de soutien ont été impressionnants. Nous, encadrants du FC Lutry, ne sommes pas au centre du jeu.» La maison de paroisse de Lutry accueille désormais une cellule d’accueil, ouverte à tous ceux et toutes celles que la tragédie a touchés. Dans la même région, le FC Jorat-Mézières a également eu la douleur de perdre un junior B.