Il y a des fautes qui passent, et il y a celles qui réveillent instantanément un réflexe patriotique romand. Dans une publicité diffusée notamment sur YouTube, Migros a réussi à déclencher une mini bronca pour un mot: le terrible «soixante-dix».
En France, rien à signaler. En Suisse romande, c’est presque un aveu d’étrangeté. Ici, on dit «septante». Et certains internautes n’ont pas manqué de le rappeler au géant orange. «On ne dit pas soixante-dix. Quelle honte», grince un commentaire. «En Suisse on dit pas soixante-dix. Ça c’est en France. C’est honteux grrrr», renchérit un autre, visiblement piqué au vif.
Une vraie sensibilité
Le sujet peut faire sourire, surtout à Genève, après un week-end marqué par une grosse manifestation anti-G7, une nasse policière très contestée et moult questions sur la gestion sécuritaire du sommet d’Evian. Mais il touche à une sensibilité bien réelle: celle du français de Suisse romande, régulièrement raboté par des traductions pensées pour un public hexagonal. Dans les commentaires,l’agacement domine: «Oui mais non... c’est fou quand même en provenant de Migros.»
Migros n’est évidemment pas une marque étrangère qui aurait maladroitement posé un pied sur le marché suisse, c’est une institution nationale. Le distributeur met régulièrement en avant son ancrage local, son engagement social, ses initiatives suisses et même la diversité du pays à travers ses projets culturels et participatifs. Alors forcément, quand une publicité francophone oublie l’un des marqueurs linguistiques les plus évidents de la Suisse romande, ça fait tache.