10 permis retirés en un mois
Cette route vaudoise mythique devient un circuit de course mortel

Dotée d'une vue époustouflante, la route de la Corniche, entre Cully et Chexbres (VD), inquiète la Police Lavaux. Face au comportement risqué des nombreux motards qui s'y ruent, la sécurité des cyclistes et le confort des riverains sont compromis.
Depuis le début du mois de mars 2026, Police Lavaux a déjà retiré dix permis et réalisé des centaines de dénonciations, sur la route de la Corniche (VD).
Photo: A Swiss With A Pulse
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Ellen De MeesterJournaliste Blick

Amoureux de vélo, vous l'avez sans doute déjà arpentée, émerveillés: la route de la Corniche, entre Cully et Chexbres, avec sa vue époustouflante sur le lac et les vignes du Lavaux, cristallise tout ce que la région offre de plus spectaculaire. Hélas, la beauté de ce bijou vaudois devient littéralement fatale, en attirant une flopée de motards fougueux: bon nombre de ces derniers présentent un comportement si risqué que Police Lavaux (APOL) a procédé à plusieurs centaines de dénonciations depuis le début du mois de mars 2026.

Dans le cadre d'une campagne de prévention intitulée «La Corniche, une vue trop mortelle», diffusée sur les réseaux sociaux, l'APOL précise également qu'une dizaine de permis a déjà été retirée sur le tronçon, ce printemps, alors que la belle saison débute à peine. 

D'après une porte-parole, les comportements routiers dénoncés concernent presque exclusivement des motards et consistent surtout en des dépassements de vitesse et des «wheelings» (la circulation d'une moto sur une seule roue). «De manière plus sporadique, ont également été dénoncés des franchissements de ligne de sécurité, des circuits inutiles (soit des allers-retours sans motif sur un même tronçon) ou des accélérations intempestives», ajoute-t-elle. 

«J'étais face à 3 motards en plein dépassement»

Le problème est bien connu des cyclistes, qui évitent parfois ce tronçon, par peur de se mettre en danger: «Cette route emblématique évoque parfois un circuit, déplore Mathias Noel, conseiller communal vert à Bourg-en-Lavaux et amateur de vélo. Il arrive aussi qu’il y ait des altercations verbales, ou qu’un vélo soit frôlé par une moto. C’est rare, mais certains comportements peuvent réellement nous mettre en danger, si bien que nous évitons parfois la Corniche.» 

Même son de cloche pour Loris Vuille, cofondateur du club de cyclisme lausannois La Patrouille: «Durant les beaux jours de février et de mars, on avait déjà l’impression d’être en plein mois de juillet, tant la route était bondée, se souvient-il. Cela n’augure rien de bon pour ces prochains mois, lorsqu’on sera au coeur de l’été. Personnellement, je peux vivre avec le fait de n’engager que ma propre sécurité, en prenant certains risques durant une activité sportive. Par contre, lorsqu'il s'agit d'être mis en danger par d'autres utilisateurs de la route qui ne respectent pas les règles, ça ne me convient plus. De plus, lorsqu’il s’agira de rouler en groupe avec le club sur ce tronçon, je me sentirai encore moins serein.»

Surtout que le Romand a vécu des situations effrayantes, alors qu'il pédalait le long de la Corniche: «J’ai déjà été confronté plusieurs fois à des vitesses excessives ou des motards qui réalisaient des demi-tours brusques ou s'engageant sur la route sans faire attention aux autres usagers, dans le but de parcourir la Corniche en boucle, raconte-t-il. Ayant fait de la moto, je ne comprends pas vraiment quel plaisir ces personnes trouvent à parcourir 800 mètres en ligne droite, sachant qu'il existe de magnifique route de montagne dans notre pays… Il m’est également arrivé de me retrouver face à trois motards en 'wheeling' en train de dépasser une voiture.»

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Une méfiance entre cyclistes et motards

Loris Vuille constate par ailleurs que la situation s'est intensifiée au fil du temps, modifiant sensiblement les rapports entre les usagers du tronçon: «Je roule depuis environ six ans, et j’ai l’impression que les motards gênent à la fois les cyclistes et les voitures. Auparavant, il était surtout question de la gêne que les vélos occasionnaient aux voitures et vice-versa. Le 'combat' a un peu changé.» 

Mathias Noel constate également une «vraie méfiance entre les cyclistes et les motards», dans la mesure ou chacun entretient de grands à-prioris sur l'autre. Sans oublier le bruit occasionné par cet afflux de véhicules et leurs folles accélérations, qui incommodent fortement les habitants des bourgs voisins: «Nous sommes confrontés à un double problème avec, d’un côté, l’excès de trafic habituel, et de l’autre, les comportements risqués des motards, explique Jean Christophe Schwaab, Conseiller municipal à Bourg-en-Lavaux, en charge des affaires sociales, des travaux et des infrastructures. Les conséquences sont toutefois les mêmes: beaucoup de bruit et des situations dangereuses.»

Ainsi que l'affirme le socialiste, la problématique des motards relève avant tout de pures mesures de prévention: «La police est présente, réalise des contrôles radars fréquents et mène actuellement des discussions avec le canton, auquel appartient le tronçon», note-t-il. De leur côté, Mathias Noel et Loris Vuille constatent effectivement que la police a conscience du problème et déploie des efforts pour l'atténuer. 

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La vitesse n'est pas le seul problème

«Des actions de prévention ont été menées, et continueront à être menées, en parallèle aux actions répressives, confirme l'APOL. Citons en particulier la présence visible très fréquente des policiers et assistants de sécurité publique sur la route de la Corniche en soirée et les week-end par beau temps.» Des échanges réguliers ont aussi lieu avec les motards qui empruntent le tronçon concerné. 

Mais est-ce suffisant? Non, estiment nos intervenants. «L’été 2025 était catastrophique et les riverains ont beaucoup souffert du bruit, affirme Mathias Noel. La police est souvent présente et a bien conscience de la situation, mais j’estime que le coeur du problème est ailleurs: des améliorations resteront difficiles à concrétiser tant que les propositions visant à encadrer plus strictement l’utilisation de cette route, ainsi que de celles traversant les bourgs voisins, ne pourront pas être examinées conjointement par la commune et le Canton».

Pour Loris Vuille, la vitesse doit être mieux réglementée et contrôlée. Quelques initiatives vont effectivement dans ce sens: en août 2025, des aménagements pilote avaient été obtenus, entre les villages d'Aran, de Grandvaux et le carrefour du «Nez», avec des limitations de vitesse à 60km/h et des marquages au sol colorés. «Mais la vitesse n’est pas la seule clé du succès, pointe Jean Christophe Schwaab. Car ces villages sont suffisamment étroits pour contraindre les véhicules à rouler lentement. On travaille sur un projet d’aménagement des bourgs, afin de rendre la rue aux riverains et d’augmenter la sécirité en décourageant le trafic de transit. Ces projets seront bientôt mis à l’enquête.

«Look pro, go slow»

L'APOL confirme par ailleurs qu'une analyse impliquant l’ensemble des autorités compétentes, dont les services cantonaux, intercommunaux et communaux, est actuellement en cours pour identifier d’autres réponses pertinentes à ce défi sécuritaire. «Je pense qu’à l’avenir, des radars anti-bruit pourraient aussi s’avérer efficaces, même s’il n’existe pas encore de base légale fédérale», suggère Jean Christophe Schwaab. 

En attendant des solutions concrètes, Mathias Noel de conclure: «Nous avons un slogan, au sein de notre club de vélo: ‘Look pro, go slow’ (ayez l'air pro, roulez lentement). Je pense que certains usager de la Corniche devraient s’en inspirer aussi.» 

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