Forfaits ophtalmologiques
La directrice de l’OFSP se récuse dans un dossier lié à son mari

Grâce à un nouveau modèle de rémunération, les ophtalmologues pourraient bientôt voir leurs revenus augmenter considérablement. Mais le mari de la directrice de l'OFSP, dont l'aval est attendu, est… ophtalmologue.
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Anne Lévy, directrice de l'OFSP «n'est en aucun cas impliquée», précise l'office.
Photo: Philippe Rossier
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Reza Rafi

La bataille fait rage entre l'industrie pharmaceutique et les ophtalmologues. Depuis 2026, de nouveaux forfaits pour les soins ambulatoire sont en vigueur, y compris pour le traitement d'une maladie oculaire appelée «dégénérescence maculaire humide». En Suisse, plus de 60'000 personnes sont touchées par cette maladie.

Ces forfaits couvrent tout, des soins au matériel en passant par les médicaments, ce qui crée des incitations controversées: les médecins qui prescrivent un médicament innovant et plus coûteux, ne demandant que quatre injections par an – ce qui profite au patient –, perçoivent une part moindre du forfait. S'ils optent plutôt pour un générique moins cher nécessitant jusqu’à dix injections par an, ils en tirent un double avantage: une marge plus importante et des forfaits plus élevés. Et c’est l’assuré qui en fait les frais.

Roche a envoyé une lettre d’avertissement au secteur

Le géant pharmaceutique Roche, dont le médicament le plus récent est particulièrement concerné, conteste ces forfaits par voie judiciaire et politique – sans succès jusqu’à présent. Le 10 avril, le groupe s’est adressé par courrier à toutes les principales associations du secteur de la santé – FMH, H+ et Prio.Swiss – pour tirer la sonnette d’alarme.

«Nous estimons qu'il est urgent d'agir en ce qui concerne les tarifs en ophtalmologie», peut-on lire dans la lettre dont Blick a pris connaissance. Roche demande que les médicaments soient exclus des forfaits ophtalmologiques. Selon une simulation réalisée par le cabinet d’études de marché IQVIA, jointe à la lettre par Roche, les incitations inappropriées du système actuel pourraient entraîner, sur deux ans, des coûts supplémentaires pouvant atteindre 69 millions de francs pour l’ensemble du système de santé.

S'en est suivie une polémique au sein de la profession médicale. L’organisation de référence en matière de forfaits médicaux, l’OAAT, a finalement demandé que les médicaments soient maintenus dans les forfaits. Selon les informations de Blick, plusieurs cliniques privées suisses avaient déjà fait pression sur l’OAAT en faveur de cette décision.

La balle est désormais dans le camp de l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) et du Conseil fédéral, qui se prononcera prochainement. Selon les observateurs, l’adoption de la recommandation de l’OAAT par l’OFSP ne devrait être qu’une formalité – pour le plus grand bonheur des ophtalmologues privés.

La directrice de l'OFSP «n’est en aucune façon impliquée»

Ce qui rend toute cette affaire si explosive, c’est un détail très personnel: le mari de la directrice de l’OFSP, Anne Lévy, est un ophtalmologue de renom. David Goldblum occupe le poste de Chief Medical Officer (CMO), c'est-à-dire de médecin en chef, au sein du groupe hospitalier privé Pallas. Le chiffre d’affaires annuel de la plus grande clinique ophtalmologique suisse est estimé à 100 millions de francs. L’entreprise bénéficierait directement des nouveaux forfaits. Selon certaines sources, Pallas aurait pris part à cette action de lobbying. 

L’«ordonnance sur l’intégrité et la transparence dans le domaine des produits thérapeutiques» prévoit des mesures strictes en cas de conflits d’intérêts de ce type. Interrogé à ce sujet, l’OFSP précise que la directrice «se récuse depuis son entrée en fonction pour toutes les questions et décisions relatives à l’ophtalmologie».

Elle ne serait donc «en aucune manière impliquée dans les processus décisionnels concernant l’ophtalmologie». Pour ce type de dossiers, c’est l’adjoint d'Anne Lévy qui est compétent au sein de l’autorité, ce qui est d'ailleurs stipulé dans les accords de récusation. Et la ministre de la Santé, Elisabeth Baume-Schneider, est au courant. «La responsable du département concerné a été informée.»

En d’autres termes: si l’adjoint de Lévy se rangeait du côté des détracteurs de la réforme, il s’opposerait frontalement à sa supérieure hiérarchique et à son mari.

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